CHAPITRE XVI
gaire ignore-t-il que la frayeur fait aussitôt cesser le hoquet? La frayeur, cependant, ne serait pas le remède propre au hoquet , si lui et les autres maladies n’étaient point dynamiques, susceptibles, par conséquent, d’obéir à l’action des remèdes homœopathiques, dont la dose, quoique infinitésimale, pèse néanmoins plus que toutes les sensations humaines unies ou déterminées pur la frayeur.
Mais laissons de côté les sensations pour parler des corps ou des substances matérielles, qui produisent de si grands effets sur l’économie animale, quoique leur action soit imperceptible comme celle des remèdes homœopathiques. Qui oserait nier, par exemple, les effets, tantôt utiles et tantôt nuisibles, produits sur le système de l’homme par la lumière , le calorique , les fluides galvanique , magnétique ou électrique? et pourtant tous ces puissants agents ne sont pas même pondérables ou susceptibles d’être pesés, tant sont minimes et infiniment subtiles les particules qui en émanent. De même, il n’y a aucune proportion entre l’imperceptible action des miasmes spécifiques qui produisent la petite vérole, la rougeole , la scarlatine, etc., et les symptômes désastreux de ces mêmes affections. Leur disproportion n’autorise cependant point à nier l’existence du fait. S’il n’y a pas lieu de s’étonner de l’énergique puissance des effluves ou miasmes , qui donnent lieu aux maladies contagieuses, ou épidémiques, telles que le eholéra-morbus, la peste, la fièvre jau-
ne, etc. , pourquoi donc les médecins de la vieille école révoquent-ils en doute l’efficacité des remèdes homœopathiques à cause seulement de la ténuité de leur dose? Qu’y a-t-il donc de si surprenant à voir mettre un terme aux apoplexies , aux inflammations et aux autres maladies graves, par l’action imperceptible des remèdes homœopathiques, quand il est évident que des maladies dangereuses , je devrais dire éminemment funestes, sont dues à des miasmes dont les éléments ténus et l’action échappent à nos sens? Il faut être justes et conséquents avec les faits acquis. Le seul exemple des effets palpables du musc aurait dû retenir les médecins de la vieille école d’élever le moindre doute sur l’efficacité des doses infinitésimales
des remèdes homœopathiques ; tout le monde sait qu’un seul atome de cette substance animale, demie-fluide, est capable par l’odeur forte, extrêmement expansible qu’elle exhale, de causer des convulsions hystériques à des centaines, à des milliers de femmes, comme d’en guérir un trèsgrand nombre d’autres de maladies nerveuses. Personne n’ignore également qu’un grain de musc, tenu pendant vingt ans dans une chambre que l’on ouvrait tous les jours, et soumis au repesage après cet espace de temps, prouva qu’il n’avait rien perdu de son poids. De plus , l’expérience nous apprend qu’une partie minime du musc est susceptible de communiquer son odeur à plus de trois mille parties de poudre inerte.