CHAPITRE XVI
D’un autre côté, l’on doit considérer la grande impulsion donnée par la chimie à la médecine pratique. Quel est, en effet, le praticien habile qui peut ignorer que, avant la découverte du sulfate, ou acétate de quinine (alcali végétal extrait de l’écorce péruvienne), on était dans l’usage d’administrer le quinquina en poudre à la dose ordinaire d’une à deux onces, et que le patient devait prendre dans l’espace de quelques heures ; tandis que, aujourd’hui, pour obtenir le même résultat, il suffît de prescrire quelques grains seulement de sulfate ou d’acétate de quinine? Que l’on juge, d’après ce fait, à quel minime degré l’on a réduit la dose ordinaire du quinquina en isolant le principe médicinal de cette écorce des parties oisives ou même étrangères qui en augmentaient la masse sans aucun profit. Ce que la chimie a enseigné dans cette circonstance, l’auteur delà science homœopathique l’a poussé plus loin ; il a trouvé le moyen de concentrer artistement et par un procédé nouveau, ainsi que nous le verrons plus bas (chapitre xvm ) , la force de chaque substance médicinale.
Lorsqu’on considère les trois particularités de la nouvelle médecine pratique, je veux dire, d’une part, la concentration de force des remèdes homœopathiques, et, de l’autre part, le caractère dynamique des maladies, unis à la loi de la nature, qui exige d’augmenter jusqu’à un certain point le degré d’intensité de ces dernières, il n’est plus im-
possible de se rendre raison de l’efficacité des doses infinitésimale des remèdes que l’homeeopathie emploie pour la cure des maladies.
N’est-ce pas une particule presque imperceptible , celle de la liqueur puriforme du vaccin, qui prévient le développement, toute l’impétuosité et la force de la petite vérole? Mais à quoi servent ces rapprochements, quand on voit les médecins contraires à l’homœopathie s’y refuser, repousser même la simple indication? Aies entendre, ils voudraient , sans en connaître les moyens, entrer dans l’esprit de la loi même de la nature, afin de comprendre, plus distinctement qu’on ne le peut, le mode qui régit les petites doses des remèdes pour détourner les apoplexies, réprimer la violence des inflammations les plus intenses, etc. Sans aller trop en avant dans une matière de cette haute portée, nous demandons, à notre tour, s’il est permis de douter de la vertu du quinquina pour couper la fièvre tierce, parcequ’on ignore jusqu’ici la raison positive de sa puissance antifébrile? Ce serait également tomber dans l’absurde de nier le flux et le reflux de l’Océan, les lois de l’attraction, de la gravité , de l’ordre cosmologique, ou les autres phénomènes de la création , parcequ’on n’en connaît pas précisément le sublime mécanisme. Au lieu de s’abandonner au vague d’une imagination qui veut tout expliquer, même ce qu’elle ne comprend point, il est plus rationnel d’étudier les faits, de les comparer entre eux , de les soumettre