CHAPITRE XVII
De la véritable cause du désaccord des médecins de tous les
temps.
On se demande chaque jour pourquoi les médecins , appelés par leur propre intérêt à guérir les malades et à suivre par leur traitement la véritable direction que leur indique la science médicale , sont-ils presque habituellement en contradiction les uns avec les autres , et pour ainsi dire disposés à critiquer sans cesse la doctrine, la méthode ou pratique adoptée par leurs confrères? Rarement on les voit d’intelligence au lit des malades , et , ce qu’il y a de plus triste et de plus fâcheux, c’est que les remèdes prescrits par les uns comme héroïques sont rejetés par les autres comme nuisibles , quoique destinés pour le même malade! Ce désaccord a nécessairement amené le doute et détruit la confiance que mérite et réclame l’art utile de guérir; il a déversé une sorte de mépris ou de ridicule sur ceux qui l’exercent honorablement, et porté atteinte à la juste récompense qui leur est due. Les honoraires des mé-
ciecins sont mesquins , nullement proportionnés aux études qu’ils sont obligés de faire, aux veilles qu’ils leur consacrent , aux soins qu’ils donnent sans cesse aux malades au détriment de leur santé et des besoins de leurs familles. De là le plus grand nombre négligent de marcher avec le progrès de f art ou de s’appliquer à de nouvelles recherches pour lui imprimer une nouvelle impulsion, et vont sejeter dans les écarts d’une méthode spéciale qui les éloigne de plus en plus de la voie des découvertes utiles. On devient routinier, empirique , exclusif ; on néglige la grand e affaire de la science et de l’humanité, pour se renfermer dans le cercle étroit et vicieux de Fégoïsme.
Ces erreurs de l’esprit humain , de meme que les nombreuses aberrations de l’ancienne médecine, sont le résultat de l’incertitude et du manque de fixité des bases fondamentales, du caractère abstrait ou équivoque des méthodes suivies par les praticiens et des changements sans but réel apportés incessamment dans la manière de voir et de juger sainement le patient qui souffre et demande à grands cris soulagement et guérison. Ceci s’applique à tous les âges et à tous les peuples. En effet , la médecine pratique a été empirique sous Esculape, dogmatique sous le patronage d’Hippocrate , humorale dans Fécole de Galien : le premier la fonda sur la superstition et la magie ; le second lui substitua ses dogmes et la chaleur innée , le troisième prit pour bases les altérations