CHAPITRE XIX
L’unité de la pratique médicale est dans l’ordre de la nature.
Avancés, comme nous le sommes en ce modeste ouvrage, il ne nous sera point impossible de justifier l’acte libre, peut-être même hardi de notre amour pour les hommes et pour les progrès de la science, en abordant pour la première fois l’argument le plus délicat, le plus épineux qui ait jamais été considéré ou traité ex-professo en médecine par nos prédécesseurs ; nous voulons dire le projet de décider les médecins du xixe siècle à l’unité de pratique, quoique son adoption, contraire aux idées reçues, éprouve de leur part plus de contradictions que de raisonnements, et qu’elle renverse toutes méthodes médicales vantées et observées
depuis de longs siècles. Lorsqu’on réfléchit que l’abus et la pluralité de ces méthodes tiennent aux plus vieilles routines, à des préjugés visiblement incohérents, on est porté à croire qu’il n’est pas impossible de les déraciner et de démontrer, jusqu’à la dernière évidence , que la diversité des méthodes est toute dans l’incertitude , dans l’instabilité des règles sur lesquelles elles ont été fondées et adoptées successivement par les médecins de tous les siècles. Mais aujourd’hui que la nouvelle médecine pratique prouve aux esprits clairvoyants qu’elle repose sur des bases vraies, stables à jamais et uniformes ; qu’elle guérit positivement les maladies susceptibles de l’être ; que le sort lui sourit, ayant l’appui de l’expérience, et qu’elle possède déjà une forme scientifique et pratique, la faute ne pourrait plus s’attribuer à l’art, mais bien à ceux qui l’exercent d’après les errements de méthodes vieillies et incapables d’offrir des guérisons certaines.
D’abord on ne peut point nier le principe, établi par les philosophes et les médecins les plus éclairés de tous les temps, que la nature ne multiplie jamais ses actes ou ses œuvres sans nécessité, et certes elle n’avait aucun besoin de créer deux, trois ou plusieurs sciences médicales, une seule suffit à son but essentiel , qui est , ainsi que nous l’avons déjà dit et vu, la guérison sûre, prompte et radicale des maladies. Gomme il n’y a qu’une science médicale, il ne peut donc y avoir qu’une