CHAPITRE IL
ont tenté pour la combattre , si la cause primitive n’existait pas tout entière dans la fausse route adoptée jusqu’ici , si l’on n’était pas en droit de l’attribuer aux théories erronées, préconisées par nos premiers maîtres et que nous suivons toujours aveuglément? Ils ont cru, quelques-uns de nos maîtres les plus illustres , que la goutte consiste dans un certain malaise de certains tissus organiques associé à une altération correspondante des humeurs lymphatiques ; les autres l’attribuent à la disproportion de divers fluides animaux, à l’atonie des extrêmes articulations du corps , enfin à une affection locale phlogistique de ces mêmes parties. Erreurs, cent fois erreurs! Comment s’étonner dès lors que la goutte, demeurée indomptable , résiste aux efforts de l’art et triomphe à la fin des nombreux spécifiques plus ou moins vantés qu’on lui oppose? C’est au contraire une conséquence nécessaire des étranges théories sur lesquelles on s’appuie, et que, à mon profond regret , je vois encore adoptées , soutenues par les meilleurs praticiens.
J’en dis tout autant de la cause prochaine que l’on attribue au diabète, dont tantôt j’entends démêler la cause dans les désordres de l’estomac et du système chylificateur, tantôt dans un épaississement morbifique du sang produit par le trouble des fonctions assimilatrices. On prétend aussi en reconnaitre le germe dans le mouvement rétrograde des vaisseaux chylifères, dans la con-
dition morbifique des reins , et dans toute autre semblable hypothèse ou abstraction métaphysique. Où Terreur préside les remèdes auxquels on a recours, n’ont aucune efficacité ; loin d’agir utilement , ils sont non-seulement insuffisants , mal indiqués, encore plus mal appliqués, mais ils sont, de plus , contraires et très-nuisibles. Il est , en effet , impossible de nier un fait acquis par l’expérience , celui que les personnes affectées de cette maladie, à raison de la continuelle et exorbitante quantité d’urines qu’elles sécrètent (ce qui est la partie visible de la maladie), amaigrissent chaque jour de plus en plus , leurs pieds gonflent , la prostration des forces se dénonce à tout instant par la fréquence et la petitesse du pouls ; une sorte de fièvre lente se déclare et s’enflamme davantage ; son action dévorante , d’une part , et l’évacuation toujours croissante des urines de l’autre , épuisent les sources de la vitalité et finissent par éteindre le flambeau de l’existence. Qui croirait cependant que, malgré cette observation pratique , malheureûsement trop commune, la médecine s’entête à demeurer stationnaire dans le chaos des plus anciennes, des plus ridicules méthodes consacrées , pour chercher, pour établir la cause directe du diabète et pour arriver à sa cure prétendue? Ajoutons, de plus, qu’elle ne fait rien, absolument rien , afin d’en sortir et apporter un soulagement prompt , efficace et vraiment raisonné aux longues et pénibles douleurs de ceux