CHAPITRE XIX
chronique? c’est que les sangsues agissent contre les effets et non pas contre le principe morbifique des inflammations. D’ailleurs, leur visible insuffisance est démontrée par l’emploi homœopathique de la bryone blanche, lequel a déterminé la guérison rapide et parfaite de Mme Savina.
Le vice-consul de France à Londres n’a plus eu de menaces d’apoplexie, du moment qu’il adopta les remèdes homœopathiques et qu’il cessât l’usage inconvenant des saignées ordinaires , qui peuvent bien suspendre pendant un certain temps la fréquence et la durée des apoplexies en vertu de la masse du sang perdue, mais qui ne détruisent jamais le principe dynamique ou désordre primitif, origine de cette implacable maladie.
Quel est , d’un autre côté, le praticien de bonne foi qui n’a pas acquis la certitude de la nullité des secours demandés, attendus des soustractions sanguines ordinaires dans les cas graves de gastroentérites, d’hépatites, d’ophtalmies, etc., etc.? Toutes ces inflammations, ainsi traitées, passent aussitôt de l’état aigu à celui chronique et continuent sous cette forme , non-seulement des mois, mais encore des années entières ; et ce qu’il y a de pire, c’est que leur séjour prolongé dans les parties affectées détermine, ça et là, des maladies organiques. Si donc les saignées que l’on pratique en pareils cas en étaient le remède direct et positif, comme on le dit, comme on le soutient ordinairement, ou si elles n’en prolongeaient pas la funeste
action en les poussant à l’état chronique (état qui, à notre avis, ne dépend nullement de leurs caractères, mais est plutôt le résultat de l’insuffisance des moyens curatifs auxquels on a recours), pourquoi les verrait-on céder sans efforts comme sans douleurs aux remèdes homœopathiques? pourquoi n’ont-elles ni le temps ni la tendance à passer à l’état chronique , ni même de donner lieu aux affections organiques , qui , ainsi que nous l’avons vu tout à l’heure, résultent du long séjour des inflammations chroniques dans les parties affectées?
Il est donc parfaitement démontré que les médecins de la vieille école ne veulent point se donner la peine de s’assurer par la voie de l’expérience de l’efficacité des remèdes directs contre les inflammations ; ils refusent de se convaincre que la masse du sang, quelle qu’elle soit, n’a rien à faire avec le principe dynamique des inflammations, puisque ces affections attaquent indifféremment aussi bien les individus pléthoriques que les autres personnes chez lesquelles on 11e découvre aucun signe de pléthore. La conséquence la plus juste à tirer de ce que nous venons de dire , c’est que le besoin de recourir aux saignées ordinaires dans les inflammations n’est qu’un besoin artificiel, routinier, sans utilité d’aucune sorte.
Ainsi qu’il est facile de le voir, tout concourt à prouver la justesse de l’unité de la médecine pratique recommandée par l’ordre même de la nature.