CHAPITRE XXL
essentiellement nécessaires pour guérir radicalement un cas particulier embrassent tout le domaine médical , sont liées les unes aux autres par des relations intimes qu’il est impossible au praticien spécial d’observer, d’approfondir. Tout médecin dont les connaissances sont limitées à une seule partie ou fonction du corps se condamne luimême à la nullité , puisqu’il ne peut se rendre un compte exact et complet de ce qui se passe sous ses yeux , ni invoquer les ressources des parties voisines ou intéressées, ni profiter des moyens que celles-ci sont susceptibles de lui offrir. Il est possible que l’habitude lui donne de la dextérité, une certaine expérience, mais il lui manquera toujours ce tact fin , ce raisonnement profond que grandit l’ensemble d’une doctrine sage, éclairée par l’ensemble des phénomènes observés. Comme on le voit, la spécialité de telle ou telle autre maladie est en contradiction ouverte avec l’état actuel de la science, avec la marche progressive de l’esprit humain.
Avant l’époque présente , on pouvait tolérer la pratique spéciale de telle ou telle autre affection morbifique , en ce que les différentes branches de l’art de guérir n’avaient point de règles certaines; la médecine n’ayant point encore acquis toute la puissance que lui donnent l’expérience de tous les siècles et la dignité de ses nobles fonctions, il était possible de se restreindre à la cure d’une seule sorte de maladie, on pouvait bien y acquérir l’ha-
bileté que donne la pratique de tous les jours ; mais avec l’absence de principes vrais, quelques efforts qu’on pût faire, on ne peut se dissimuler qu’on était limité dans un cercle étroit, vicieux, incapable de fournir les moyens de guérir radicalement. De nos jours , il n’est plus permis de naviguer sur une mer isolée , remplie d’écueils et sujette à toutes les misères des tempêtes ; il faut voguer à pleines voiles sur le vaste Océan, surmonter toutes les difficultés et rentrer au port avec les dépouilles de l’erreur et de la déraison. Ils sont loin de nous les mauvais exemples des prêtres égyptiens qui se partageaient entre eux en sections l’art de guérir, et agissaient isolément sans se rendre compte les uns les autres des moyens qu’ils mettaient en usage. La nouvelle médecine pratique, appuyée comme elle l’est aujourd’hui sur l’expérience et les règles stables puisées au lit des malades, guérit toutes les infirmités du corps humain encore capables de curation , en leur appliquant des remèdes bien entendus, dirigés dans le sens des maladies elles-mêmes. Il faut donc secouer définitivement le joug des méthodes spéciales préconisées jusqu’ici; elles sont toutes également stériles, égoïstes et lancées sur une route fausse , opposée aux lumières que nous fournit l’expérience. Il est utile de dire ici que les vrais flambeaux de l’art de guérir ne se sont jamais enfermés dans le cadre étroit des méthodes spéciales ; partout ils se sont montrés grands ,
v. CHAPITRE XXI.
parce que d’un coup d’œil juste et profond ils embrassaient tout l’ensemble de leur science, dont les diverses parties éclairées l’une par l’autre, forment un tout complet. Il serait donc de la dignité de notre époque de renoncer aux vieilles routines , œuvres ocultes du moyen âge , qui marcha dans une route différente de celle que nous trace la nature , et d’embrasser étroitement l’unité de pratique que prescrit le progrès réel du siècle, malgré les difficultés qu’oppose l’ignorance et qu’augmente l’entêtement.
Après avoir, ce nous semble, démasqué la turpitude des récalcitrants , examinons maintenant les règles ordinairement suivies pour la mesure des doses médicamenteuses: si nous convenons que l’influence des tempéraments, des climats, du sexe et de l’âge, doit se considérer dan s l’application des remèdes, nous ne croyons cependant pas qu’elle a été jamais considérée d’après le type de la nature. Il est certain, par exemple, que la dose d'un remède quelconque doit être adaptée à la force ou bien à la faiblesse du tempérament ; mais cette règle ne peut pas être fidèlement observée en s’appuyant sur les errements de la vieille doctrine des tempéraments , car il n’existe réellement pas de relation directe entre le degré plus ou moins élevé de la sensibilité du malade et la dose médicamenteuse qu’exige le tempérament mélancolique, colérique, flegmatique ou sanguin : telle est, du moins, la classification des tempéraments la plus
généralement suivie dans le monde médical, mais que nous n’admettons point, parce que , ainsi que nous le dirons dans le chapitre suivant, elle ne nous est point montrée par la nature, et parce qu’elle est même contraire à ses lois éternelles. Il n’y a pas exactitude à dire que la dose des médicaments veut être calculée d’après la diversité des climats , par la raison que la division des climats admise n’est point au niveau des connaissances actuelles, et comme elle est trop générale, elle peut entraîner et entraîne nécessairement en de graves erreurs tout médecin qui l’adopte aveuglément et sans examen préalable. Quelques écrivains avancent avec un peu trop de légèreté que la dose des remèdes appartient à la prudence, à la sagacité du médecin, comme si cette double qualité fût absolue et la même chez tous, comme si la sage expérience et le savoir se trouvassent réunis dans le même individu, ce qui malheureusement ne se rencontre que très-rarement à un même degré. On prend souvent pour de la prudence ce qui souvent n’est que le fruit d’une idée surgie sans réflexion, ou de connaissances superficielles.
Ce que nous venons de dire de la fausseté des deux méthodes s’applique de même à la manie de déterminer la dose des médicaments sur le type du sexe et de lage. Ainsi que nous l’expliquerons en son temps et lieu, le degré de sensibilité du malade 11e répond pas toujours à son sexe ni h son