CHAPITRE II
remèdes qu’on lui oppose. Ce qu’il importe de remarquer à son sujet, c’est de voir les médecins confesser ingénuement qu’ils ignorent s’il est une espèce d’inflammation de la trachée-artère , une maladie épidémique , ou bien un désordre sui generisy ou même une simple affection nerveuse, et cependant ce sont ces circonstances plus qu’incertaines qui les dirigent dans la cure ! Et vous estimez cela le résultat d’un art philosophique , et vous vous flattez d’obtenir par cette voie tortueuse d’utiles enseignements ! Erreur , je le répète et le redirai sans cesse. Examinons le mal sur le plus grand nombre des enfants attaqués par le croup , nous les voyons sans cesse soumis à son indocilité , même après l’emploi des dégoûtants dérivatifs , tels que vésicatoires , synapismes , sangsues , vomitifs , purgatifs , et bien d’autres moyens inutiles auxquels on a eu recours durant la prétendue médication. Cette triste et pénible certitude acquise au lit des patients n’est-elle point assez forte , n’est-elle donc point assez déchirante pour dissuader les médecins et les amener à rompre en visière contre le système absurde à priori ?
Si je m’arrête un instant sur Fhydrophobie , sur cette atroce maladie qui résiste avec tant de violence à tous les movens de la vieille médecine, l’âme sensible et philanthropique ne peut qu’être étonnée de l’entêtement apporté dans le mode de l’attaquer. Au lieu de fixer ses regards sur le désordre vraiment extraordinaire , j’allais dire ef-
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frayant, que ce mal détermine dans le système physique et moral de l’homme ; au lieu de recourir aux lumières que fournit l’expérience pure et de lui demander le remède efficace pour combattre et détruire ce principe dévastateur, la masse des médecins demeure oisive : stupide spectatrice , quoique intérieurement, du moins je le crois, déchirée de son insuffisance, elle attend la fin horrible de cette scène tragique. Elle ne sait pas même éveiller la plus légère étincelle d’espoir chez son patient , en lui présentant , avec une sorte d’assurance , les remèdes si souvent annoncés pompeusement dans les feuilles périodiques et au sein même des académies de médecine; c’est qu’en effet ces spécifiques n’ont aucune valeur réelle , c’est qu’ils n’offrent même pas un palliatif de quelques instants, parce qu’ils ont été conçus sous l’influence d’une théorie mensongère , toute spéculative , étrangère à l’étude approfondie , qui nè s’acquiert qu’au lit des malades et non dans le silence du cabinet.
Que conclure de tout ce qui précède ? Du moment que vous avez pour but réel et constant la conservation du plus précieux de tous les trésors, je veux dire la vie , chef-d’œuvre de la création , c’est pour vous un devoir, en même temps un besoin sacré de bannir du domaine de l’art de guérir la vieille méthode de Y à priori , comme étant la source première, comme étant la source essentielle des lamentables pertes causées dans les