CHAPITRE XXII
Par suite de la loi des contraires , l’homme naturellement maigre abonde en sang à raison de la quantité de gras qui lui manque ; ses nerfs , plus gros à proportion des autres parties du corps, n’étant point gênés par la pression d’un tissu cellulaire fort mince, jouissent de la plénitude du pouvoir de sentir, ce qui chez lui élève la sphère de la sensibilité et de l’irritabilité ; ses organes exercent nécessairement leurs fonctions avec énergie ; ses passions sont vives et même exaltées ; le pouls, qui répond à sa manière de vivre et de sentir, est convenablement développé , énergique , fréquent ou véloce et un tant soit peu dur.
Voilà donc deux ordres de tempéraments bien distincts l’un de l’autre , celui des individus gras et celui des personnes maigres. La ligne de démarcation qui les sépare est trop visible pour qu’on puisse la nier ou seulement la méconnaître.
Suivant toujours la même recherche dans la conformation externe du corps, nous voyons clairement que l’homme, doué d’une constitution physique vraiment vigoureuse , donne lieu à une troisième catégorie de tempéraments. Les individus de cette classe , ni peu ni trop sensibles , offrent la moyenne proportionnelle entre le degré de sensibilité et d’irritabilité des personnes grasses et celui des personnes maigres ; ils ont plus de force physique et moins d’énergie que les dernières; leur pouls est plein , flexible , égal , modérément énergique ; leurs passions ne s’emportent pas
aussi promptement que chez les personnes maigres. Tout ce concours de circonstances fait aisément distinguer le tempérament des hommes vigoureux de ceux compris dans les deux ordres précédents.
Un quatrième type nous apprend à connaître le quatrième ordre des tempéraments, c’est celui des individus qui ont reçu de la nature une constitution physique grêle ou cachectique. Ils ont peu de sang, presque point de force et une mince dose d’énergie ; la fragilité du tissu de leurs organes les empêche de supporter l’action trop puissante des agents extérieurs et moins encore celle des stimulants doués d’une grande force , ou des médicaments moins énergiques administrés à des distances plus ou moins rapprochées. Leurs forces vitales ne résistent pas longtemps ni à l’exercice de l’esprit ni au travail du corps ; leur pouls est plus ou moins faible, petit, mou, lent ou rare. En un mot, leur tempérament ne ressemble en rien à ceux du premier, du second, et moins encore à ceux du troisième ordre. Ce n’est donc pas sans raison que nous considérons la conformation externe comme une glace sur laquelle se peint le caractère physique et moral de l’homme.
Il y a encore dans la nature beaucoup d’autres tempéraments, que nous nommerons intermédiaires. La difficulté pour les bien caractériser réside dans l’art de voir si la conformation extérieure du malade se rapproche ou s’éloigne de celle par-