CHAPITRE XXII
ticulière aux individus classés dans le premier, le second, dans le troisième ou le quatrième ordre. D’après cette première considération, qui peut être plus ou moins rigoureusement exacte , il est possible de déterminer approximativement le degré de sensibilité et d’irritabilité, son mode d’existence et par suite le caractère du tempérament qui en est l’expression. Tous les médecins disent bien que le tempérament de la femme diffère de celui de l’homme, mais ils ne disent pas que toute la différence se réduit à une seule circonstance, la seule essentielle , celle que le corps de la femme , toutes choses égales , est plus sensible , plus irritable que le corps de l’homme. C’est donc toujours d’après le plus ou le moins d’élévation du degré de sensibilité et d’irritabilité que l’on doit prononcer sur la qualité du tempérament, et non pas, comme on l’a cru jusqu’ici , de la quantité prédominante du sang, du flegme, de la bile , de l’atrabile ou de toute autre humeur.
Pour confirmer la justesse des bases sur lesquelles nous fondons la réforme de la doctrine des tempéraments , citons l’autorité de plusieurs médecins célèbres du siècle passé (le xvme).Fouquet, entre autres , en parlant des tempéraments , avance ce qui suit : « Les tempéraments ne sont » fondés que sur le plus ou le moins d’action ou » de sensibilité qu’ont certains organes (1). » Le
(1) Essai sur le Pouls . elc. , pag. 68.
grand Haller dérivait également les divers tempéraments du degré plus ou moins élevé d’irritabilité du cœur. Boerhaave disait aussi bien avant eux que les tempéraments varient selon le plus ou moins de force et d’irritabilité de solides. D’après ces hautes autorités et les suffrages de divers autres médecins illustres qui les ont suivis , comme
aussi d’après l’état actuel de la science, il faut donc reconnaître que les tempéraments résultent des propriétés vitales, telles que la sensibilité et l’irritabilité , et non pas de la quantité prédominante du sang, de la bile , de l’atrabile, ou bien de l’humeur flegmatique , colérique ou mélancolique , expressions usées , sans valeur et vides de sens.
Après avoir dépouillé les humeurs du droit usurpé de servir de siège aux tempéraments que la nature a bien voulu départir à l’organisme , il nous importe de faire remarquer que Fouquet, Haller, Boerhaave et autres doctes praticiens dérivaient , ainsi que nous venons de le dire , la diversité des tempéraments du degré plus ou moins élevé de sensibilité de certains organes , d’irritabilité du cœur ou bien de la force et de l’irritabilité des solides; tandis que nous en trouvons la source et toute la puissance dans le degré plus ou moins élevé de la sensibilité et de l’irritabilité de l’entier système physique et moral de l’homme. Il est impossible que ce soit autrement , car la sensibilité réside dans tout l’organisme , chaque organe en est doué de la dose nécessaire à son ca-