CHAPITRE XXIII
la ville où ils sont appelés à pratiquer leur art et d'en faire une utile application au profit de la science médicale. Du reste, nous estimons que , pour remplir le but que nous nous sommes proposé , il suffit de considérer l’influence des divers climats sous le simple rapport de leur température, et sous ce point de vue il n’y a que trois ordres de climats , celui des pays chauds , celui des pays froids et celui des pays tempérés. En adoptant cette classification il ne nous sera pas entièrement impossible de déterminer l’influence que les climats exercent sur la sensibilité et l’irritabilité, dont, nous le répétons, le degré plus ou moins élevé fixe la mesure de la dose des médicaments à donner dans la pratique de la médecine.
L’action des climats chauds exalte la sphère de la sensibilité et de l’irritabilité des habitants : c’est l’effet direct de la haute température du pays où ils vivent. L’élévation du degré des propriétés vitales excite l’énergie des contractions des ventricules du cœur et des parois artérielles, d’où résulte nécessairement la célérité des battements du pouls et l’activité de tous les autres mouvements vitaux. Ce concours de circonstances donne une grande vivacité aux passions des peuples méridionaux, et abrège conséquemment le cours de leur vie ; plus on expose la flamme vitale à l’impétuosité des passions , plus on en use les ressorts , plus vite elle s’éteint. Dans cet état de choses il est naturel que , dans les maladies qui
frappent les habitants de ces contrées, les remèdes à leur administrer soient à très-petite dose , leur action étant en raison directe du degré très-élevé de sensibilité et d’irritabilité dont jouissent en général tous les indigènes des pays chauds.
La même dose de médicaments serait insuffisante pour combattre les mêmes espèces de maladies, quoique d’intensité égale, chez les habitants des climats froids. Ces individus venant d’hommes communément robustes et recevant une éducation physique conforme au besoin de résister à la rigueur du climat, acquièrent eux-mêmes successivement tous les degrés nécessaires de robusticité ; ils sont , en effet , plus généralement vigoureux , et conséquemment peu sensibles et peu irritables. C’est précisément la cause de la lenteur et de la force de leurs mouvements vitaux et tout à la fois la raison du cours régulier et lent de la circulation du sang, comme le manifestent les battements de leur pouls, qui est en générai rare ou lent , égal et fort ; leurs passions , difficiles à s’exalter, s’éteignent avec lenteur. Ce mode d’être de la vie organique des peuples du Nord contribue à la longueur de leur vie et dicte au médecin attentif à leur administrer les remèdes à forte dose dans l’état de maladie.
La température de l’atmosphère, modérée dans les climats tempérés, maintient en équilibre les forces organiques de leurs habitants. Ces peuples jouissent de l’avantage de n’être ni aussi sensi-