CHAPITRE XXIV
sciences naturelles a singulièrement contribué à la découverte et au perfectionnement de l’homœpathie. D’abord, la chimie philosophique lui ouvrit la voie pour arriver au point d’administrer une seule médecine à la fois après en avoir extrait la quintessence médicinale. Nous allons le prouver en traçant le plus rapidement possible l’histoire de la matière médicale et de la pharmacopée. Du moment que la chimie philosophique fut créée, on commença à se fatiguer des longues formules, fort composées, qui fourmillaient, pour ainsi dire, à l’époque de Galien, d’Aétius, de Rhasès, d’Avicenne , d’Averrhoës , d’Avenzoar et de tous les autres médecins qui malheureusement adoptèrent lapoly-pharmacie des Arabes. A l’aide de l’analyse et de la synthèse, la chimie philosophique a misa nu les composants des corps inorganiques, dont la médecine pratique de toutes les écoles tire les remèdes que l’on indique pour la cure des maladies: c’est par le même moyen que la chimie a découvert l’insuffisance des propriétés prodigieuses que l’on attribua si longtemps aux nids d’ Alcyon, aux yeux d’écrevisses, auxbézoards, à Fusil ée, à la jade et à un grand nombre d’autres substances entièrement dépourvues de principes médicinaux. Fourcroy vint alors et fit entendre ces paroles remarquables : « Le mélange et la confu- » sion des médicaments est un des plus grands » obstacles que la médecine ait à surmonter pour » son avancement : tant que l’on fera usage des
j> remèdes composés de la pharmacopée galénii> que, on ne pourra jamais rien savoir sur leurs » véritables propriétés. Si l’on ne renonce à ce » luxe dangereux, la science restera dans l’état où » elle est : accablée de prétendues richesses, elle » ne pourra en faire aucun usage ; et puis, ajou- » tait-il, l’état comme stationnaire de l’art de gué- 3> rir est dû en partie à la poly-pharmacie. On est » toujours dans l’habitude de prescrire plusieurs » substances à la fois dans les moindres formules, » et lorsqu’un médicament composé a produit un » bon effet , il est impossible de décider à quelle » substance, parmi celles qui entrent dans sa eom- » position, est dû cet effet. Il est donc nécessaire » de n’employer qu’une substance à la fois (1). »
Pelletier, Caventou, Henry et autres célèbres chimistes et successeurs de Fourcroy, en concourant de plus en plus aux progrès de leur science favorite, sont parvenus à séparer le véritable principe médicinal des composants inutiles des drogues les plus accrédités, et par cet expédient, non moins important qu’efficace, ils ont anobli la matière médicale et la pharmacopée. Mais le point essentiel n’était point là : pour atteindre le but de la nature, il fallait appliquer le résultat des découvertes chimiques aux progrès de la science médicale, et non pas à l’ancienne médecine pra-
(1) Fourcroy, de l’Art de connaître et d’employer les Médicaments, tom. I , pag. 446.