‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 198 sur 240 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

montre, sans posséder une connaissance parfaite des différentes pièces qui la composent, ainsi que des ressorts d’où résulte le mécanisme de son mouvement régulier, de même on ne peut raisonnablement admettre qu’un médecin, soit homoeopathe, soit allopathe, jouisse du pouvoir de traiter convenablement une maladie quelconque sans avoir d’avance fait une étude approfondie de la situation, de la forme, de la structure, du jeu, du nombre des différents organes du corps humain, ainsi que des fonctions qu’ils ont à remplir dans l’économie animale et des lois qui les régissent. C’est la connaissance de l’état normal de l’homme qui nous amène à celle de l’état réel de la maladie. En admettant même que l’état de maladie fût palpable à l’œil et au toucher, on aurait toujours à vaincre la difficulté d’en bien distinguer les symptômes premiers des secondaires : il faut donc avoir l’habitude des relations anatomiques et physiologiques qui donnent lieu aux sympathies, d’où résultent les phénomènes nerveux ou les symptômes secondaires. De quelque manière donc que l’on envisage notre argument, il démontre avec évidence que l’étude de la chimie, de l’anatomie, de la physiologie et des autres sciences naturelles est essentiellement nécessaire à la complète éducation du médecin homœopathe. Penser ou agir autrement , c’est nuire à la science , c’est l’encombrer d’entraves continuelles , c’est , en un mot, manquer au but des applications les plus

utiles, en mettant de côté la sentence latine : Oportet studuisse et studere , qui répond au besoin de suivre pas à pas le progrès de l’art de guérir.

Après avoir exposé quelles sont les relations intimes qui enchaînent l’homoeopathie aux autres branches de l’arbre des sciences médicales, qu’il nous soit permis de faire ici mention d’une double erreur populaire ( qui malheureusement s’est fait jour dans la pratique de la médecine), c’est de voir l’homceopathie exercée par des mains dépourvues de toute éducation médicale, et publier des ouvrages qu’on dit être à la portée de tout le monde, comme si le monde entier n’était peuplé que par des médecins ! L’exemple de Guillaume Buchan a séduit tous les faiseurs de médecine; son Traité de la médecine domestique a donné le jour à mille autres livres détestables, plus propres à nuire à la santé, à multiplier le nombre déjà si grand des charlatans qu’à rendre le plus léger service même en des mains capables de les feuilleter. Les maladies sont individuelles , elles diffèrent toutes les unes des autres : comment les ouvrages de médecine domestique peuvent-ils prétendre les distinguer, leur apporter les remèdes convenables? comment peuvent-ils apprendre à faire autant que l’œil exercé du praticien? comment peuvent-ils raisonner juste quand ils ne distinguent ni le plus ou moins de ressemblance d’une affection et d’une autre, ni la position actuelle du malade, laquelle varie à l’infini d’un in-

Page 1