‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 212 sur 240 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

elles les administrent à la dose ordinaire, laquelle excède toujours les bornes du vrai besoin de la nature.

Les anciens se sont évidemment fourvoyés en s’attachant à cette règle des contraires, et la raison en est bien simple , elle se remarque seulement dans la collision des corps inorganiques et non pas dans la cure des maladies. En effet, l’on arrête le mouvement d’un corps par le choc d’un autre corps lancé dans une direction opposée, tandis que, pour arrêter le cours d’une maladie et l’amener à guérison, la nature nous prescrit d’employer les remèdes d’une action semblable et non pas qui lui est contraire. Telle est la marche qu’il faut suivre et que la nature suit elle-même toutes les fois qu’elle veut guérir. « Nonfingendum aut exco - » gitandum, disait l’illustre Bacon de Vérulam ,

» sed inveniendum quid natura fciciat cint ferat. » Nous devons chercher à imiter la nature au lieu de céder aux écarts de l’esprit. Voyons ce que l’on fait dans les pays froids lorsqu’il s’agit de guérir toute partie du corps engourdie par la rigueur de l’hiver : on frotte la partie lésée avec de la neige, mais on se çarde bien d’avoir recours aux remèdes contraires à l’engourdissement; on sait fort bien, que les bains chauds, les frictions de liqueurs spiritueuses, qui seraient des remèdes contraires, ravagent l’organisme des parties engourdies au lieu de les guérir. Il en est de même des vernisseurs, des cuisiniers et de beaucoup d’autres états

qui sont également exposés aux accidents du leu , ils appliquent sur leurs brûlures des liqueurs distillées chaudes , ou bien, ils approchent du feu les parties attaquées , au lieu de recourir à Implication de beau froide ou de la neigne qui seraient des remèdes contraires aux brûlures. Ces faits et beaucoup d’autres non moins positifs que nous avons rapportés dans le cours de cet ouvrage, tout en indiquant les moyens propres de la nature, démontrent en même temps l’exactitude et l’importance de la loi des semblables , et la nullité absolue de la règle des contraires, sur laquelle est fondée la pratique de la médecine ordinaire.

On aurait tort de nier une vérité digne d’attention,, c’est que si les disciples de la vieille école ont suivi jusqu’ici la règle des contraires dans leur pratique, ils ont cru bien faire en respectant d’une part une règle qui leur a été enseignée par les premiers maîtres de l’art , de l’autre ils ignoraient la loi des semblables , ou, pour mieux dire, ils n’étaient pas encore parfaitement couvaincus de sa justesse. Il n’en est pas de même aujourd’hui que l’on a sous les yeux les preuves les plus convaincantes, les plus lumineuses de la supériorité de la nouvelle sur l’ancienne médecine : toute répugnance, tout entêtement à renoncer à la pratique de la dernière , serait un signe de mauvaise foi blâmable, répréhensible sous tous les rapports. Quelle conviction plus complète demanderait-on, de fait , en voyant chaque jour les maladies chro-

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