CHAPITRE XXVI
propres à exiger un traitement quelconque, lebon sens seul suffirait pour démentir le faux ou prétendu besoin des saignées et des purgatifs dans la pratique de la médecine.
Nous demandons si , lorsque l’air humide et froid cause, par exemple, le rhumatisme, on administre les remèdes contre cet air ou bien contre l’affection qu’il a déterminé? Nous demandons encore si l’on doit traiter le sang ou les humeurs blanches que l’un et les autres ont produit maladie, ou bien la maladie produite par le sang et les humeurs blanches? Le sang et les humeurs blanches et la maladie sont deux choses très-distinctes l’une de l’autre ; si la masse du sang est égale à elle-même, aussi bien avant qu 'après l’invasion, quel besoin a-t-on de la diminuer? Et si le flux ou l’affluence du sang qui se porte vers un organe l’affecte, ou s’il produit alors une maladie, est-il permis de croire que la diminution de cette masse sanguine peut ou doit guérir régulièrement la maladie, ou bien le remède direct qui met l’organisme en état de distribuer uniformément la masse du sang dans tout le système des vaisseaux sanguins? S’il n’en était pas ainsi, Fhomœopathie pourrait-elle triompher des maladies aiguës sans recourir aux saignées, aux antiphlogistiques et aux autre moyens indirects recommandés en pareil cas par la médecine ordinaire ? Non, elle ne pourrait point le faire si, pour obtenir la guérison régulière des maladies aiguës, il lui fallait diminuer la masse
du sang ou des humeurs blanches. Enfin, si, par une maladie quelconque, le cours du sang est augmenté, il faut diriger le remède contre la maladie elle-même et non pas contre la marche accélérée du sang qui en est l’effet .
Disons-le donc hautement, le besoin des saignées et celui des purgatifs sont positivement factices , ils ont été créés et propagés par les médecins de l’antiquité, et non le résultat d’une îoi de la nature ou de l’expérience, qui, au contraire, les rejette comme inutiles alors qu’ils ne sont pas nuisibles. L’histoire de la médecine nous apprend à ce sujet qu’Hippocrate avait désigné le sang, labile, l’atrabile, etc., comme les principes constituant le corps humain : de cette théorie est venue celle du tempérament sanguin , colérique , mélancolique et flegmatique. Ces idées abstraites ont amené à celle du prétendu besoin de diminuer la masse du sang et des autres humeurs, qui jouaient le premier rôle dans les maladies, selon le dire des anciens médecins. Si nos premiers maîtres eussent pu prévoir que le tempérament proprement dit exprime le caractère spécifique de l’organisme de chaque individu, ils n’eussent jamais pensé introduire dans l’art de guérir et de pratiquer la saignée et les purgatifs qu’ils estimaient nécessaires pour diminuer la masse du sang ou des autres humeurs lorsqu’elles excédaient par la quantité. A toutes ces idées abstraites, il faut rapporter la vieille opinion, qui do-