CHAPITRE III
cœur, par la raison que ces affections organiques sont accompagnées de symptômes absolument semblables, symptômes qui ne varient pas non plus dans l’épaisseur ou ossification de l’un ou de l’autre ventricule, de l’une ou de l’autre oreillette du cœur, et même d’un tronc artériel. Toutes ces différentes affections offrent également un pouls inégal ou intermittent, une respiration plus ou moins pénible , l’altération des traits du visage , un sentiment d’oppression , de vagues évanouissements, et enfin les autres caractères d’une difficile et fatigante circulation du sang. En de semblables circonstances, il serait étrange de prétendre assigner avec certitude le véritable siège du mal , dont la connaissance influe directement sur son traitement régulier.
La diversité toujours trompeuse des symptômes le devient bien plus encore dans les maladies compliquées, où il y a à considérer les symptômes des affections locales, souvent de formes différentes de celles des maladies générales. Et quand, à ce concours de symptômes désordonnés se joignent les symptômes dus à l’action des remèdes, appliqués bien ou mal, qui trouble l’organisme et tout le système des nerfs sympathiques , comment espérer de percevoir, au milieu de ce chaos inextricable de symptômes, la véritable marche à suivre pour soulager le malade ? Ne sait-on pas que les symptômes nés du mouvement sympathique des nerfs s’étendent sur beaucoup d’autres par-
ties du corps, quoique ces mêmes parties (lorsqu’on en excepte leurs relations anatomiques) n’aient aucune autre correspondance directe ni avec le siège spécial ni avec les habitudes ordinaires de ces maladies ? Ce cas est bien plus obscur et plus embarrassant, quand les maladies compliquées font invasion sur des individus dont la constitution physique , éminemment nerveuse , acquiert encore plus de sensibilité !
Ainsi, lorsque l’on considère l’observation que plusieurs maladies d e caractère opposé sont accompagnées de symptômes semblables ; qu’il est difficile de distinguer les symptômes propres des maladies de ceux qui procèdent de causes étrangères à ces mêmes maladies , ou bien qu’on fasse attention à la variabilité des symptômes eux-mêmes dans le cours des maladies, tandis que celles-ci ne changent pas de caractère ; lorsque l’on considère, dis-je, ces observations , on peut bien en conclure qu’il n’est plus permis, de notre temps , de parler avec emphase de la médecine symptomatique , de continuer à suivre ses voies tortueuses et impraticables , et de s’arrêter à ses vaines théories : quand toutes les parties des sciences progressent , c’est un devoir de marcher franchement avec elles.
Des professeurs illustres , des écrivains de mérite, de savants praticiens, comme Stoll , Pinel et autres , voulant arracher la médecine symptomatique à ses nombreuses incertitudes, tentèrent de