CHAPITRE III
D’une autre part , on sait que la nature est invariable et toujours semblable à elle-même : ainsi, quelle que soit la doctrine médicale embrassée ou le système médical prédominent, on ne peut enlever au pouls le mérite d’indiquer, dans tous les cas, ses actes et ses opérations. La science du pouls demeure donc inaltérable, comme la nature ellemême , quelle que révolution que puisse éprouver l’art de guérir actuellement ou dans l’avenir.
Dans le même temps que le médecin interroge les mouvemens du pouls , il lui arrive souvent d’avoir en main une montre sur laquelle il fixe une partie de son attention pour en calculer la marche et se rendre un compte fidèle de celle du pouls. Cette double action est contraire aux règles de l’art, en ce qu’elle divise et affaiblit la pensée de l’observateur. A quoi sert de savoir uniquement combien de fois l’artère bat durant l’espace d’une ou de plusieurs minutes, particulièrement pendant la présence des affections locales , dont le diagnostique peut généralement se déduire de certains caractères manifestés par le diamètre de l’artère, et non pas, comme on a coutume de le croire , de la fréquence ou de la lenteur de ses battements ? La célérité du pouls peut être accidentelle en santé comme dans les maladies ; elle peut résulter, en ce dernier cas, de l’agitation de Fesprit , delà présence du médecin , d’un mouvement de colère ou de toute autre cause morale. En somme, prétendre établir une bonne distinc-
tion dans l’habitude des maladies , en se tenant à la seule eonnaissance de la célérité ou de la lenteur du pouls, calculée sur l’action d’une montre, c’est s’enfermer dans un cercle vicieux, c’est se livrer à l’absurde (1).
Nous estimons avoir complètement démontré , dans le peu de lignes qu’on vient de lire, toute l’insuffisance des lumières qu’on attend ordinairement de la médecine symptomatique; les plus grands praticiens l’avaient fait bien avant nous dans des termes plus généraux et à des époques plus ou moins reculées, en recourant aux différents auxiliaires propres à dissiper Terreur ; mais, malheureusement, leurs efforts n’ont donné aucun résultat , puisqu’ils n’ont pu parvenir à fixer une base , de faire distinguer par eux les caractères particuliers aux maladies de nature opposée , ni ceux qui doivent conduire à une médication appropriée à leurs phases diverses. Et en admettant, comme nous venons de le dire , que les méthodes d’investigation par eux indiquées ont une tendance quelconque à éclairer le diagnostique des affections organiques de la poitrine et de l’abdomen , on est toujours autorisé à leur demander quels sont les procédés utiles qu’ils ont établis pour arriver à une guérison positive avec la médecine symptomatique.
Le plus grave reproche que nous puissions
(1) Voyez l’ouvrage cité , tome i , page xxx\ et xxxvij.