‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 30 sur 240 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

lame pour avoir jeté l’anathème, dans son précieux Novum orgcinum scientiarum , sur l’engouement pour les systèmes ; il les déclare les plus redoutables ennemis de la raison , la source de toutes les erreurs , le fléau toxique qui s’oppose à la marche régulière , à l’extension des conquêtes de la civilisation et de l’intelligence.

Suivre pas à pas le progrès de la science à partir d’Hippocrate jusqu’aux médecins les plus renommés de notre temps, dans la vue de scruter les œuvres utiles sorties de leur docte plume, fruits de leurs veilles et de leurs méditations , est, sans aucun doute, un bon système; mais non de s’abandonner aveuglément à la pratique résultant de l’application d’un principe abstrait , fils de l’intellect ou du syllogisme ; car avec le syllogisme il n’est point possible d’établir des lois pour aucune des branches de l’arbre des connaissances humaines, parce que dans l’argument la pensée descend des principes généraux aux faits particuliers ; tandis que, par la voie de l’induction , celle de la vraie science , l’esprit procède , au contraire , de l’étude des faits isolés pour arriver, degrés par degrés, jusqu’aux lois éternelles, aux lois cosmologiques qui régissent le monde physique. Je viens, en ce peu de lignes, de caractériser la doctrine systématique, produit de l’invention ou du syllogisme , elle pousse ses partisans dans une voie opposée à celle de la nature. Se trouvent dans cette même catégorie le strictum laxum et mix -

tum des médecins méthodiques , l’humorisme de Galien , l’archée ou principe de vie de Van-Helmont, le système psycologique de Stahl , la doctrine de Cullen, fondée sur le spasme ou sur la force nerveuse , l’excitabilisme de Brown, qui reconnaît pour cause intime des maladies l’excitation excessive ou défective.

Que l’un ou l’autre système médical fasse partie du domaine de la science générale , on en comprend aisément la raison , à moins que d’autres ne veulent supposer que toutes les connaissances qu’il renferme soient fausses, ce que l’on ne doit point présumer; mais prétendre en former un corps de maximes positives reposant sur des vérités incontestables, manifestes, reconnues; mais vouloir les imposer aux praticiens comme le moyen unique de fixer toute certitude , comme la voie la plus directe pour arriver à l’élimination de la cause morbifique , c’est élever une vaine prétention , c’est profaner, c’est fouler aux pieds les lois imprescriptibles de la nature. Nul doute que chaque système peut offrir et offre réellement , plus ou moins , un bon côté qu’il faut savoir distinguer pour ne pas en faire une funeste application , mais il n’en est aucun jusqu’ici qui puisse être l’expression pure et sincère de la vérité , la règle de conduite la plus rationnelle que puisse adopter tout médecin éclairé. Si je fais ressortir les contra dictions et les absurdités de théories plus que spécieuses , c’est que je me propose , dans la conclu-

Page 1