‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 39 sur 240 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

portunité, elle cache l’erreur la plus complète; elle ne peut, à l’aide de ses propres lumières, rendre compte de la véritable action des remèdes, ni produire aucun fait positif, convaincant, qui fasse reconnaître les effets causés par les médicaments d’avec les effets ou même les symptômes des maladies que l’on cherche à combattre. Cela lui est d’autant plus impossible qu’il est maintenant certain que les effets des remèdes et ceux des maladies se mêlent, se confondent avec les effets du régime et les efforts de l’organisme pour se débarrasser de la présence des maladies. On le remarque distinctement dans les phénomènes morbifiques aigus assujettis, comme on le sait , à diverses phases ou changements. Or, quel est le médecin qui ne voit point la grande difficulté qui s’oppose à ce qu’il distingue, au milieu d’une foule d’effets, ceux qui appartiennent précisément aux médicaments? La difficulté est trop évidente pour qu’on puisse se flatter de la résoudre, et par conséquent de pouvoir connaître la véritable vertu des médicaments en suivant la voie ouverte par la méthode expérimentale impure.

D’ailleurs, tout médecin instruit sait que la dose des médicaments n’a point été jusqu’ici déterminée d’une manière fixe, et cette circonstance, utile à noter, en fait nécessairement varier les effets : une dose plus ou moins exagérée, spécialement quand il s’agit de remèdes violents, peut amener des résultats absolument opposés à ceux que l’on

attend, et lorsqu’on pense à l’habitude contractée par divers médecins d’ordonner pour une seule prescription l’union de deux, trois et même quatre substances pharmaceutiques exerçant chacune souvent une action tout à fait différente, il n’y a plus à hésiter de dire que la méthode expérimentale, tant prônée, est incapable de nous apprendre les propriétés réelles de chaque remède.

Un autre abus existant depuis bien des siècles, qu’il faut également combattre, c’est celui de prétendre juger de la vertu des médicaments par leur aspect ou par leurs qualités physiques et chimiques ; je veux dire par l’odeur, la saveur, la couleur, etc. L’action des remèdes ne dérive nullement de ces qualités. En effet, si l’on s’avisait, par exemple, d’induire de son goût amer la vertu que possède le quinquina de couper, contrairement à la vérité, la fièvre tierce, on se verrait alors forcé d’admettre que la racine de la gentiane, qui est plus amère encore, est un fébrifuge plus énergique que l’écorce de l’arbuste péruvien. Le véritable, l’unique moyen d’arriver à la connaissance de l’action réelle, de la puissance des médicaments, réside tout entier dans l’étude de leurs effets sur l’homme sain : dans l’état normal, le corps n’offre jamais cette foule d’effets étrangers à l’action positive des remèdes et qui dépendent des symptômes de telle ou telle autre maladie, du régime, des efforts de l’organisme, etc., etc. Eh bien , la grande pensée d’aller demander les résultats des médi-

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