‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 42 sur 240 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

l’art de guérir, n’opèrent pas moins des effets irréguliers, des effets inconstants dans le traitement des maladies. Il n’est point rare, effectivement, de rencontrer dans la pratique des cas où le remède qui a produit du bien à un malade réussit fort mal à tel autre, s’il ne lui nuit pas essentiellement, quoique tous les deux se soient montrés en proie à une affection de la même espèce. On doit conclure de là que les lumières apportées jusqu’à ce jour par la chimie à la matière médicale ne sont pas encore assez puissantes pour déchirer le voile ténébreux qui cache à nos yeux l’action thérapeutique des médicaments.

On annonce avec assurance, et nous le croyons, que la manière d’agir des diverses substances médicamenteuses et des poisons est la même chez l’homme que sur les autres mammifères; mais une semblable certitude , en nous faisant comprendre l’innocuité de certains remèdes , ne nous indique point la véritable nature, elle ne nous amène point à cette importante connaissance, vers laquelle nous devons tendre nécessairement.

En résumé, voulez-vous savoir à quoi se réduit l’art de guérir pour beaucoup de médecins? A prescrire ou administrer, plus souvent qu’on le pense, les remèdes qu’ils lisent aux traités de thérapeutique ou de matière médicale ! Aussi une pareille habitude pèche-t-elle sur deux points essentiels : d’abord parce qu’il n’est pas dans la nature deux maladies absolument identiques, à moins

qu’elles ne proviennent du même principe morbifique; ensuite parce qu’on ignore positivement, même aujourd’hui que tant de parties des sciences ont progressées , quelle est la véritable propriété des remèdes. Il y a donc aberration , ou tout du moins entêtement , à dire que tel remède qui a réussi sur tel malade doit produire le même résultat sur tel autre, alors même que l’affection se présente ou paraisse sous un semblable aspect.

Qui pourrait rapporter dans un nombre circonscrit de pages toutes les fautes commises par la vieille méthode, tous les désordres qu’elle a sollicités au lit des malades en recourant à des remèdes fortuits ou d’une action tout à fait inconnue? L’usage de ces sortes de remèdes, a dans tous les temps, été funeste ; il a donné accès à l’empirisme et porté un coup terrible aux véritables médecins et à la société entière. Tous les habitants de la ville de Londres se rappellent le nom de Saint- John- Long , peintre de profession , qui souleva contre lui toutes les feuilles périodiques de l’Angleterre. Cet individu se vantait hautement, et dans le style propre aux charlatans , de posséder le secret de guérir radicalement la phthisie pulmonaire. Diverses personnes qui eurent la faiblesse de donner créance à cette promesse périrent, tandis qu’elles auraient pu recevoir les vrais secours de l’art par d’habiles médecins. Les mêmes plaintes ont retenues contre un certain Morisson , auteur de pilules qu’il disait guérir toutes les sortes de mala-

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