CHAPITRE Y
dies. En France,. n’a-t-on pas eu le remède de Leroy, etc., etc.?
Tous ces prétendus spécifiques, quê Ton a vu prôner avec audace, sont nés de la vieille méthode expérimentale impure , source inépuisable d’erreurs et de mensonges! Ils ont pu, dans quelques circonstances, produire quelque guérison , mais, le'plus habituellement, ils ont été pernicieux. Dans la même catégorie, nous plaçons tous les remèdes qui n’ont pas été soumis aux étamines de l’expérience pure, la seule susceptible de découvrir tous les effets , la véritable action des médicaments ; car, ainsi que nous l’avons déjà dit , l’incertitude et l’irrégularité de cette action proviennent de ce que les remèdes ont été éprouvés sur des corps malades avant de l’avoir été sur des corps en état de santé.
De là aussi le sentiment que nous avons qu’elles sont informes, accidentelles les guérisons, obtenues dit-on, de la méthode d’un certain Vincent Priesnitz,de Græfenberg (hameau de la Silésie allemande). Cette méthode, qui consiste dans l’administration intérieure de l’eau froide et prise sous forme de bains afin de provoquer l’insensible transpiration, rappelle la pratique de ceux qui , dans les temps de l’ignorance, exerçaient la médecine naturelle dont nous parlerons sous peu. Yoicitoutle secret de la méthode vantée : on enveloppe le corps du crédule malade dans des couvertures de laine comme le sont les enfants dans le maillot; on le
couvre de lits de plumes, manteaux , etc, et lorsque la transpiration devient sensible, on administre Peau froide, qu’il faut prendre graduellement. Une fois que le corps a suffisamment transpiré , selon l’idée de Priesnitz, il fait prendre, quelques minutes après, un bain d’eau froide, dans lequel le patient reste un temps déterminé d’après la nature du mal. Et l’on assure que cette méthode hasardeuse , barbare , à laquelle on a donné le nom de hydriatriqice (1), est susceptible de guérir radicalement !...
En vérité, l’on doit rougir du crédit accordé à de pareilles supercheries dans un siècle de lumières et de progrès comme le nôtre. Prétendre guérir au hasard presque toutes les infirmités, tantôt par la sueur d’après Priesnitz , tantôt par les purgatifs violents avec Leroy, Morisson et tant d’autres se disant médecins , n’est-ce pas supposer follement que la machine humaine, dans l’état de maladie, n’est plus qu’un hideux cloaque d’humeurs corrompues et putrides , ou bien que ses dérangements proviennent de dyserasies et dissolutions humorales, alors même que ces rêveries , que ces théories délirantes sont condamnées par les médecins les plus célèbres et par la sage expérience ? Quand donc viendra le temps , attendu avec impatience , où l’on oubliera définitivement la médecine humorale de Galien , et qu’on cessera de sa-
(1) Voir Seltenhoff, Exposé de l’Hydriatrique ou de la Cure à l’eau froide.