‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 44 sur 240 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

crifier la société à ses tristes errements? En attendant, la sotte crédulité de la masse des hommes continue à accueillir aveuglément la première panacée qu’on lui présente et qu’on lui dit d’appliquer à toutes les espèces de maladies. Nous en avons une preuve récente dans le remède de Vallance, composé d’eau-de-vie et de sel , bi'cindy and sait remedy , qu’il fait passer en Angleterre pour héroïque contre une longue série d’infirmités. Il semble que l’art vétérinaire prétend s’arroger peu à peu le titre de médecine pratique , et que les pseudo-médecins , auteurs d’aussi pernicieux remèdes , sont décidés à nous replonger aux âges heureusement perdus de l’ignorance. Leurs efforts seront vains.

Le fanatisme des personnes vulgaires qui se permettent de pratiquer la médecine est alimenté, disons plus, est légitimé parla facilité qu’on laisse de publier, encore en ce temps de raison, toutes ces funestes compilations, tous ces livres mensongers que l’on débite sous les titres de Médecine domestique , de Codes de prescriptions générales pour la cure de toute espèce de maladies , de Médecine sans médecin ? et tant d’autres insultant au bon sens autant qu’ils sont dangereux entre des mains inexpérimentées! C’est une prétention ridicule, absurde, de vouloir vulgariser, rendre trivial et usuel un art qui demande des études longues, sérieuses, une habitude réfléchie, des termes de comparaison que l’on n’acquiert qu’au lit des malades, et une

pondération de tous les instants, qui rendent digne de l’exercer et de le professer.

Un abus semblable à celui signalé pouvait être admis, et même préconisé aux tristes époques où l’esprit humain, circonvenu par les ténèbres d’alors, était obligé de s’en tenir aux remèdes secrets , aux idées abstraites ; mais aujourd’hui que l’art de guérir a pris rang parmi les véritables sciences, qu’il compte une foule d’hommes illustres, cet abus n’est plus tolérable , c’est un véritable anachronisme. Il faut laisser aux Babylonniens, qui n’avaient aucune connaissance positive en médecine , l’usage d’exposer les malades sur les places publiques, afin de recevoir des passants les remèdes dont ils avaient fait usage en pareilles circonstances. Les premiers Grecs traitaient aussi les maladies avec les remèdes que l’on savait avoir été utiles en des cas semblables, et même aux temps où la majeure partie des écrits de Galien périt au milieu du feu l’on recourut aux remèdes fortuits , et à leur défaut on s’en remettait à l’instinct des malades , on employait à leur guérison les remèdes qu’ils indiquaient eux-mêmes.

Telle fut l’origine de la médecine naturelle, de cette médecine qu’exerçaient spécialement les femmes, chargées du soin des blessés et des malades, pendant que leurs fils et leurs époux, nécessairement guerriers , combattaient sur les champs de bataille. Des mères, cette pratique passa aux filles ; des bas siècles, elle est arrivée jusqu’à

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