CHAPITRE VL
Du système médical de Brown.
Avant d’exposer les principes généraux de îa doctrine médicale de John Brown, médecin écossais , il est bon de connaître le motif qui l’amena vers l’étude de la médecine. D’abord sa vie fut un véritable tissu de douleurs, d’amertumes et des plus injustes persécutions. Les premières années se passèrent à apprendre le grec et le latin : aussi possédait-il parfaitement ces deux langues, quand il revint tout à coup aux études morales pour remplir les voeux de sa vocation , qui le portait au ministère du culte protestant qu’il professait. Il n’avait pas encore atteint le sixième lustre de son existence qu’il fut assailli par la goutte, laquelle le tourmenta toute sa vie , lui laissa de courts intervalles de répit et fut la cause de sa mort à l’âge de cinquante-huit ans.
Lors de la première attaque de cette maladie , Brown consulta son compatriote Guillaume Cullen , célèbre professeur à l’université d’Edimbourg. Celui-ci lui défendit l’usage du vin et des substances animales, et lui prescrivit le régime
inséparable de sa méthode antiphlogistique. Cependant, comme il s’apperçut que les accès devenaient très- fréquents, plus longs, plus cuisants que dans le premier paroxisme, Brown fut conduit de lui-même à conclure que l’application du système suivi n’était point fondée sur l’intime connaissance de la maladie qui l’affligeait. Il revint à son habitude de boire du vin , de manger de la viande : ce changement lui parut d’autant plus convenable qu’il s’en trouva beaucoup mieux. Un pareil fait frappa son esprit, et ne tarda point à lui découvrir la fausseté des règles adoptées par Cullen pour le traitement de la goutte. Entraîné par les réflexions et par les méditations qu’elles lui inspiraient , Brown se démit de ses fonctions de ministre , et se décida à embrasser la carrière médicale, à laquelle il se livra tout entier.
Dès lors on le vit suivre régulièrement et avec une religieuse attention plusieurs années de suite, tous les cours sur les sciences médicales qui se donnaient à l’université d’Édimbourg; il passa ses examens avec un succès remarquable et reçut le bonnet doctoral aux applaudissements de tous. Une fois médecin , ses études devinrent encore plus habituelles, il voulut savoir tout ce qui avait été publié avant lui ; il s’attacha surtout aux ouvrages de thérapeutique qu’il trouva plus ou moins défectueux et remplis de contradictions. Ses convictions parfaitement acquises , il conçut la pensée de donner a la médecine pratique de nouvelles