CHAPITRE VI
bases , clans la vue d’en corriger les défauts et la diriger de manière à atteindre plus sûrement et plus directement le but qu’elle se propose. Cette noble détermination lui dicta ses Éléments de médecine pratique , qui parurent vers la fin du siècle dernier. Chacun sait que cet ouvrage lui mérita le titre de grand médecin et celui de bon écrivain. La manière de traiter les maladies qu’il y enseigne n’a point répondu , comme nous allons le voir, à l’attente des praticiens, qui l’ont malheureusement suivie , ni au plan que l’auteur s’était imposé. Cependant il est impossible de ne pas convenir que si Brown , comme homme de haute science, ne s’était pas lui-même aperçu, dès son début, de Tincertitude des moyens employés par l’art de guérir, il n’aurait pas déserté le ministère du culte pour se dévouer sans réserve à l’exercice de la médecine , et ne se serait pas engagé avec autant d’ardeur h créer un nouveau système médical. Il avait vu crouler une à une les promesses et jusqu’aux efforts de Cullen ; il avait, par la croissance de son mal , touché du doigt et de l’œil , non-seulement le défaut de la méthode du célèbre médecin écossais, mais encore les contradictions sans nombre des plus savants écrivains : aussi, en présence de tous ces faits , éclairés par ses propres investigations , il ne put résister au besoin d’apporter le fruit de ses veilles au soulagement de l’humanité souffrante. S’il n’a pas complètement réussi au gré de ses vœux , il a du
moins, en sa faveur , la bonne intention qui le fît agir. Du reste, voici le raisonnement de Brown :
« Il est certain qu’en suivant en aveugle, se disaitjd il en lui-même, en suivant la méthode de Cullen,
» mon état de maladie s’est empiré ; je n’ai pu lui » en vouloir, connaissant toute l’étendue de son » savoir , mais je dois accuser la fausseté des règles » de l’art qui l’ont dirigé dans le traitement de » ma maladie; il faut donc en chercher d’autres » plus sûres. » Telle fut l’origine du système médical de notre auteur. Quelle fut , d’un autre côté, la source où il alla puiser les principes généraux de ce système? Comme nous venons de le voir, Brown avait fait son éducation médicale à l’université d’Édimbourg , où Cullen occupait la place la plus distinguée parmi les autres professeurs , et l’on sait que ce dernier fut , après Baglivi , l’inventeur du solidisme ; il en emprunta même quelques idées à ses prédécesseurs, et sut profiter des nouvelles connaissances acquises sur le système nerveux et sur l’irritabilité hallérienne , qui le mirent en état de renverser complètement l’édifice de l’humorisme élevé par Galien , pour lui substituer le solidisme , étroitement lié aux propriétés vitales , que Cullen lui-même faisait résider dans les forces sensitives et motrices inhérentes au système nerveux. Nourri de ces idées , Brown ne pouvait pas manquer d’en profiter pour le changement qu’il méditait , et, en effet, son système médical en découle nécessairement. Voilà