‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 48 sur 240 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

comme une découverte sert toujours de point de départ pour une nouvelle découverte. Cullen avait revêtu ses idées des couleurs empruntées au système nerveux de ses prédécesseurs ; Brown, son disciple , a dû donner aux siennes une teinte qui rappelle plus ou moins Cullen. Quelle fût , en effet , l’idée-mère qui frappa Brown dans l’instant où il méditait sur les moyens de renverser les vieilles bases de l’art de guérir ? ce fut celle de fonder sa théorie et sa médecine pratique sur la propriété intrinsèque du système nerveux, qu’il nomma excitabilité . Par ce mot , il entend le pouvoir qu’a l’homme de sentir l’action de toute espèce de stimulus ou force excitante. « L’excitabilité „ dit-il , est une qualité intrinsèque de la vie , puisqu’elle réside dans l’organisme , qu’elle en constitue le caractère distinctif et qu’elle cesse seulementavec la mort. » Cependant Brown avoua toujours qu’il en ignorait la nature, qu’elle peut, selon lui , s’accumuler, diminuer d’intensité, et enfin s’éteindre entièrement par les mêmes moyens stimulans qui la soutiennent et la conservent. De là Fadage que l’on meurt en naissant.

Brown appela stimulants , non-seulement les facultés intellectuelles , les passions , le jeu des muscles , les mouvements divers des sensations , etc. , mais encore tous les corps extérieurs qui concourent à la conservation de la vie , tels que l’air atmosphérique, les aliments solides, les boissons, le sang, les humeurs blanches , les liqueurs

spiritueuses , les médicaments, etc., etc., tandis qu’il donnait le nom d’excitation (ou, pour me servir de sa propre expression , excitamentum ) à cet état de la machine humaine qui résulte de la présence des stimulants et de l’excitabilité , auquel il attribuait le fondement de la vie. De la différente proportion de ces trois puissances (y excitabilité , les stimulants et Y excitament) , il déduisait les diverses périodes de la vie , c’est-à-dire la santé , la période de diathèse , Y état de maladie et la convalescence.

Toutes les fois que les trois puissances nommées répondent d’une manière satisfaisante aux besoins de la vie , l’on est , selon Brown , dans la première période (la santé) ; mais si les stimulants agissent avec trop de force sur l’excitabilité , et de manière à produire un degré d’excitation trop élevé d’après les besoins actuels de l’économie animale , ou, comme on le dit vulgairement, lorsque la corde est trop tendue , il y a maladie sthénique , autrement il y a excès de vigueur. Le contraire prend le nom de maladie asthénique ou de faiblesse provenant du défaut d’excitation. « Dans ce cas , disait-il , les stimulants ne produisent pas sur les êtres vivants le degré nécessaire d’excitation pour en soutenir les forces. » Plus tard, Brown divisa les maladies asthéniques en directes et indirectes , idée fantasque qui en multiplie le nombre sans motif réel. Il faisait dépendre les premières de manque , et les secondes de l’excès des

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