CHAPITRE PREMIER
Ou que l’attention du médecin (quand il n’est pas intéressé à cacher la vérité) se fixe à démêler la cause des difficultés qu’il rencontre à chaque pas dans l’exercice de son art , ou bien à pénétrer dans le dédale des opinions contraires qui divisent les praticiens en plusieurs sectes ; ou qu’elle s’arrête à l’usage trop souvent infructueux des remèdes généralement employés , il est impossible qu’elle ne s’apperçoive pas des vides de la médecine pratique ordinaire , et de l’incertitude des moyens auxquels elle a recours , puisque leur application est tantôt utile , tantôt sans effet et souvent même nuisible. Chacun sait que quand elle se trouve en défaut , comme il arrive trop souvent , elle cède aux lumières fallacieuses d’une expérience grossière ou incertaine.
Quel est d’ailleurs le médecin qui n’a pas remarqué , lu ou tout au moins entendu dire que , dans divers cas de maladies Je diagnostique est souvent une énigme , le pronostic trompeur et par conséquent le traitement empirique et la guérison un pur effet du hasard ? De fait , dans un grand nombre d’affections organiques, où la nature s’enveloppe de mystère et cache le siège du mal , si l’art parvient à le découvrir a-t-il en même temps les moyens efficaces de le guérir ? et s’il agit sans guide, ce qu’il emploie, loin de remédier, aggrave de plus en plus le mal. La théorie , il est vrai , se présente alors à lui sous les formes séduisantes de la simplicité et de l’opportunité; mais quand il
s’agit de l’appliquer au lit du malade elle devient difficile, douteuse ou impraticable.
Un état aussi pénible d’imperfection est la conséquence nécessaire de la méthode dite à priori . Du moment que les médecins de l’antiquité la plus éloignée eurent subi le joug de ce faux système en s’éloignant des traces du vieillard de Cos , ils devinrent aussitôt esclaves de leur propre imagination, ils entrevirent dans les maximes d’Hippocrate, d’autres principes abstraits et subtils qui leur firent adopter l’habitude erronée de commencer par raisonner au lieu d’observer, par conséquent de céder à l’abstraction au lieu d’expérimenter. En empêchant ainsi l’art de guérir de marcher en avant , on l’a non seulement de plus en plus encombré d’hypothèses, de théories plus ou moins incohérentes , et de subtilités métaphysiques , mais on est encore arrivé à faire d’une science d’observation un art tout spéculatif.
Un faux pas en sollicite un autre. Des médecins succédèrent aux premiers; au lieu de s’arrêter à l’étude régulière des effets ou des symptômes des maladies internes , laquelle fournit un guide plus sage pour arriver à la simple induction, ils cherchèrent infructueusement à en découvrir l’essence ou le caractère intrinsèque, comme si la nature des choses pouvait venir frapper les sens ou qu’elle 11e fut pas un mystère profond, inaccessible pour l’esprit. En effet , tant que le principe de la vie demeurera imperceptible , tant que