‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 51 sur 240 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

communiquer la direction que reçurent non-seulement les maximes de Cullen , de Hoffmann , de Bordeu , de Baglivi , qu’il sut rendre plus intelligibles, mais encore les grands préceptes de Bacon et les sublimes axiomes de Newton. Ses idées sur l’état de santé et celui de maladie , celles sur la diathèse sont rigoureuses, justes et bien fondées. Il ne nous laisse qu’un seul regret : c’est d’avoir écouté avec trop de complaisance les insinuations de son esprit philosophique, et surtout s’il n’avait pas habituellement laissé de côté l’expérience pure ou la marche de la nature. Sans cela, Brown se serait attiré l’estime et l’admiration des médecins de tous les siècles avenir. Ce qu’ils n’oublieront jamais sont ses travaux et ses longues méditations, qui donnèrent naissance à lanouvelle école médicale italienne; sans eux, elle n’eut probablement jamais été créée, puisqu’elle proclame elle-même qu’elle est fille du système de Brown.

Tout en louant avec raison et justice la conception et l’ingénieux enchaînement des idées théoriques de cet homme extraordinaire , il est de notre devoir de dire que l’entière application de son système médical au traitement des maladies est impossible, nullement praticable. D’abord cette application n’est pas régulièrement fondée , ensuite l’observation pratique la condamne comme dangereuse. Sans aucun doute, en se proposant d’établir l’art de guérir sur des bases non-

velles aussi stables que vraies, Brown a conçu une idée grande , une idée généreuse, mais sa volonté a-t-elle reçue son entier complément? Non, et pourquoi? parce que , au lieu de demander ces nouvelles bases à l’expérience et aux lois de la nature , il les a créées avec son esprit et dans le silence du cabinet. Il fut, sans doute bien malgré lui, entraîné à faire ce faux pas, par suite de la persuasion où il était que tout ce que l’on avait dit ou écrit en médecine jusqu’à son époque manquait de certitude, n’avait pas meme l'ombre de probabilité; il arriva même jusqu’à déclarer que, s’il ne brûlait point tous ses livres de médecine, ainsi que le fit Paracelse, il devait au moins les cacher et ne voir que ce que lui seul avait découvert à l’aide de son esprit. C’est à cette présomptueuse idée qu’il faut attribuer les couleurs employées par son imagination pour peindre la physionomie des maladies , au lieu de le faire sur la nature vivante, au lit du patient.

Une autre faute de Brown, c’est la maxime que tous les stimulants , tant internes qu’externes , agissent d’une manière toujours uniforme en excitant l’économie animale. Cette maxime est contredite par l’observation pratique : en effet , les acides végétaux et ceux que nous fournissent les minéraux, l’aconit, la digitale pourprée, le tartre stibié et beaucoup d’autres substances, loin d’exciter, s’opposent absolument à l’action des stimulants.

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