‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 67 sur 240 · CHAPITRE Y HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y HI

que la crainte , la tristesse , la frayeur, la colère, etc., ont déterminé des fièvres violentes: cependant on ne peut pas dire que ces fièvres proviennent d'une cause déterminée ou d’un foyer, comme celui de l’inflammation de l’estomac ou du tube intestinal. Voici à ce sujet une observation que nous croyons utile de citer ici. Un fort accès de colère occasionna chez un littérateur connu une espèce de fièvre que les médecins appellent bilieuse ; et justement parce que cette fièvre avait été produite par la violence de la colère , et non par l’inflammation de l’estomac ou des intestins, elle céda à l’action des émétiques et des purgatifs. Or, comme il nous importe de le faire remarquer, ces moyens de l’art , au lieu d’aigrir le mal , ainsi que les émétiques et les purgatifs, auraient du augmenter l’inflammation, et conséquemment la fièvre, d’après la maxime de Broussais; ils répondirent exactement à l’attente du praticien qui les ordonnait et à l’objet de l’indication.

Venons maintenant à l’irritation, qui est la base fondamentale de la doctrine physiologique de Broussais. Ce mot irritation est tellement vague qu’il offre un double sens, et fait naître plus d’une équivoque. On rencontre souvent dans la pratique un état d’irritation sans le moindre degré d’inflammation. Ce cas, parmi beaucoup d’autres, se présente dans les migraines spasmodiques et dans presque toutes les indigestions graves , où l’exaltation du système nerveux leur donne mal-

heureusement l’apparence d’une véritable inflammation. Nous disons malheureusement, parce qu’elle décide souvent à la saignée ou bien aux sangsues, et cette fausse application la rend fatale, ou du moins dangereuse , comme l’a tant de fois prouvé l’observation pratique. Ce triste effet a également lieu toutes les fois que l’on confond lerétisme nerveux, qui n’est pas d’ordinaire un signe indicateur des phénomènes inflammatoires, avec celui du système vasculaire sanguin , qui les précède le plus souvent. Or, nous le demandons , quel est donc le moyen certain offert par la médecine physiologique pour arriver à la distinction réelle de l’irritation nerveuse avec la sanguine?

L’irritation qu’on remarque dans la colique , dite sèche ou nerveuse, cède ordinairement à l’action de l’opium , tandis qu’elle se révolte, pour ainsi dire, contre les soustractions de sang et contre les remèdes émollients. Une autre équivoque du mot irritation se reconnaît dans les fortes piqûres produites par la présence du ténia dans le canal intestinal, lesquelles ressemblent beaucoup aux véritables irritations, et contre lesquelles l’application des sangsues serait infiniment dangereuse. D’un autre côté, ne savons-nous pas que les miasmes, les poisons, les contagions, etc., sont la cause des phénomènes de l’irritation, sans qu’il y ait aucun degré d’inflammation à combattre, et que la méthode anti-phlogistique a toujours été sans succès et même fort nuisible? Et s’il

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