CHAPITRE VIII
est constant , comme nous l’avons dit plus haut (chapitre VII), que les phénomènes de l’irritation produits sur la fibre vivante par les poisons , les miasmes et les contagions consistent purement et simplement dans certains désordres des mouvements et des sensations du système vital , et nullement dans un état d’inflammation ou d’irritation broussaisienne , il sera également vrai que l’usage de la méthode anti-phlogistique y devient inutile ou nuisible. Ainsi donc, nous le répétons , le mot irritation est fort vague, et l’on ne peut douter que l’axiome de faire naître d’irritation ou d’inflammation la majeure partie des maladies est trop exclusif, et ses généralités conduisent , ou du moins peuvent conduire, à des erreurs bien graves dans la pratique de la médecine physiologique.
Mais , ce qu’il y a de plus important à noter à ce propos , c’est que la connaissance du siège des maladies ne constitue réellement pas la base essentielle de la vraie médecine pratique; car la certitude de guérir les phlegmasies ne donne pas celle de guérir de meme les autres infirmités qui ne dépendent point, comme les phlegmasies, d’un principe inflammatoire. Que signifie , d’ailleurs , cette thèse générale de traiter- une maladie de préférence avec la méthode anti-phlogistique, parce que, dit-on, le plus grand nombre des infirmités humaines dérive d’irritation ou d’inflammation ? Sous aucun rapport , une pareille manière de raisonner ne peut être admise comme base de
l’art ; elle peut entraîner à croire d’origine inflammatoire une maladie qui ne l’est point du tout. D’un autre côté , pourquoi certaines ophthalmies, gastrites, entérites, etc., persistent-elles des mois entiers , et même des années entières, quoiqu’on les aient combattues dès leur invasion par les saignées , les sangsues et les émollients? Croyezvous que, si ces remèdes avaient été les véritables moyens curatifs , elles seraient devenues chroniques pour prolonger leur existence? De deux choses l’une : ou la connaissance du siège du mal est insuffisante pour atteindre le but de l’art , ou bien il n’est pas vrai que le plus grand nombre des maladies provienne d’irritation ou d’inflammation, puisque des maladies rangées dans la catégorie des inflammatoires résistent , comme nous venons de le voir, à la méthode anti-phlogistique.
Veut-on s’assurer si les maximes de nos maîtres sont ou non dans l’ordre de la nature, il faut s’arrêter un instant sur leurs contradictions. Sans aucun doute, Brown et Broussais ont contribué d’une manière évidente au mieux-être delà science médicale, mais ils ont légué à leurs successeurs le besoin de détruire les axiomes sortis de leur esprit , sans les corroborer par l’assentiment de l’expérience. Brown ne voyait au lit des malades que des individus affectés d’inflammations chroniques provenant de faiblesse indirecte, et , d’après cette prévention, il ne recourait qu’aux stimulants donnés à forte dose. Quand Broussais leurreconnaissaitpour