CHAPITRE IX
la médecine pratique ordinaire , n’a pour base et pour soutien que des règles incertaines , toujours variables.
En effet, lorsqu’on examine aussi attentivement que nous venons de le faire tous ses systèmes et les doctrines sur lesquelles ils sont appuyés , on y trouve tantôt des axiomes très-vagues et des règles sans cesse vacillantes à la place de de principes vrais , stables , tantôt des théories abstraites au lieu de démonstrations rigoureuses. Comment, pourrait-elle, avec de tels éléments, exiger de ses adeptes plus de certitude qu’elle ne leur en présente ? Notez bien que ce fait si triste, si affligeant sous tous les rapports, est à la connaissance intime de tous les médecins zélés et consciencieux. Citons , parmi tant d’autres , le docteur Sainte- Marie. Ce médecin et écrivain distingué, en parlant de la thérapeutique, en son Nouveau Formulaire médical , page 21, fait l’aveu très-ingénu suivant : « La thérapeutique , dit-il , n’est pas seulement » une science nouvelle , par l’espace immense qui » s'ouvre devant nous, quand nous examinons les y> découvertes à faire, et que l’état actuel des » choses rend possibles et présumables. Cette
considération s’augmente encore de Yincertitude » qui règne dans les règles déjà établies , et que » nous avons la présomption de croire les plus in- » variables , les plus fixes , les plus infaillibles. »
Ce qu’il y a de plus à redouter aujourd’hui , c’est que cette incertitude des règles et des moyens
de la médecine pratique ordinaire se perpétue encore longtemps , si quelque génie ne vient pas lui imprimer une direction nouvelle, et ne l’arrache enfin à la fausse voie qu’elle parcourt depuis tant de siècles. Ce pronostic est la conséquence des faits dont nous allons résumer ici l’historique.
I . Tous les médecins instruits se rappelleront que la médecine pratique suivait le cours de l’observation, sous les auspices d’Hippocrate, quand tout à coup on s’avisa de s’en écarter, à une époque déjà fort éloignée , pour obéir aux inspirations de leur esprit. Ces praticiens commencèrent d’abord à raisonner avant d’observer, puis ils créèrent des théories abstraites ; en d’autres termes, ils adoptèrent la méthode à priori , qui devint l’origine des premières aberrations de l’art de guérir, et, loin de le pousser vers un but utile, l’entraina dans une route fausse. Elle souleva cette méthode, l’étrange pensée d’attaquer, selon l’expression alors adoptée, les maladies internes dans leur principe, et, pour y parvenir, l’on tenta d’en démêler l’essence, ou nature intime. Cette erreur grave jeta les médecins dans un labyrinthe d’hypothèses plus absurdes les unes que les autres. Ils ne virent plus chez les malades que des dyscrasies humorales, comme les avait créées leur imagination ; et ce qui doit singulièrement étonner, c’est que ces maladies humorales , surgies, ainsi que nous venons de le dire , d’une source impure , ne s’appuyant ni sur F expérience ni sur une démonstra-