‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 75 sur 240 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ainsi dire forcés, d avouer hautement leur ignorance relativement à la véritable action des remèdes qu’ils prescrivent cependant à chaque instant. En suivant l’effet de leurs ordonnances, on reconnaît fort souvent , non-seulement que tel remède produisant un bon résultat sur un malade , nuit essentiellement à l’autre , quoique tous deux se trouvent atteints d’un mal de la même espèce, mais encore la diversité des effets des mêmes remèdes donnés à des individus affectés par la même espèce de maladie. Nous pourrions corroborer de nombreux exemples ce fait , si l’on ne savait déjà que le mercure guérit une personne de la syphilis, tandis qu’il est contraire à telle autre , quoique également affectée de la maladie vénérienne. Plus d’une fois les médecins se sont trouvés dans le cas de constater les ravages du mercure dans des circonstances où son emploi était parfaitement indiqué. Ils ont vu des individus devenir difformes , perdre les os palatins et ceux du nez par suite de l’administration du mercure; d’autres se plaindre de douleurs articulaires nocturnes , de gonflements aux attaches des bras et des jambes, d’exostoses, d’ulcères cutanés ou d’autres semblables affections; d’autres enfin mourir fous par suite d’une cure mercurielle : tant il est vrai que l’action directe des remèdes est encore un problème sans solution, même pour les médecins les plus expérimentés !

Une preuve que toutes les tristes affections que nous venons de nommer dérivent souvent de l’ac-

lion du mercure , c’est qu’elles s’enflamment de plus en plus par la continuation de son usage , tandis qu’elles cèdent quelquefois à la simple influence de la tisane ou de l’extrait de salsepareille. De sérieux inconvénients résultent également, de temps à autre , de l’emploi de l’iode , de l’acide prussique , de la digitale pourprée , de la noix vomique, de la strichnine, de la bella-done, de la ciguë et des autres remèdes de cette nature , dont l’action véritable se cache aux yeux des partisans de la médecine pratique ordinaire.

On nous dira peut-être que de semblables désordres, que ces graves inconvénients proviennent de l’abus et non pas de l’usage modéré des remèdes indiqués ; mais , à notre tour, nous demanderons quel est le médecin , quoique du reste fort habile , qui a su ou pu déterminer à priori , toujours avec autant de certitude et de précision , la véritable dose d’un remède quelconque? Si l’art eût appris à connaître les effets réels des substances médicinales que l’on prescrit, certes les médecins pourraient les administrer avec connaissance de cause àladose convenable, et répondre positivement du succès, ou avoir la certitude qu’elles sont dans l’impossibilité de nuire en quoi que ce soit à l’organisme des malades. Mais il n’en est pas ainsi malheureusement : l’art laisse le praticien dansl’ignorance absolue sur Faction thérapeutique des agents médicinaux qu’il indique ou prescrit.

Pareille irrégularité , pareille incertitude règne

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