CHAPITRE PREMIER
apprendre son action première sur l'organisme ; son éthiologie est encore un secret de la nature. Puisqu’il demeure certain que les médecins n’ont point su constater sa marche extérieure, tant cette maladie est variable, je pourrais dire bizarre, comment pouvaient-ils espérer nous faire connaître son caractère intime, je veux dire son essence ou plutôt sa partie secrète?
La physionomie ou l’habitude du choiera inorbus se montre tellement changeante qu’il n’est point facile de se familiariser avec elle ; les symptômes qui le dénoncent aux sens, non-seulement se succèdent le plus souvent sans ordre , mais les cas varient aussi à l’infini d’un malade à l’autre ; l’aspect actuel n’est plus le même avec celui qui le suit, quoique appartenant au même période, ce qui trouble la médication et la rend si différente d’un médecin chez l’autre. Ce désordre a forcé plusieurs praticiens à confondre le choiera morbus avec d’autres maladies offrant des symptômes à peu près semblables ; car celui qui le caractérise est l’abondance des matières fluides séreuses que le patient fournit par les selles , par les vomissements. Et cependant parfois cette évacuation n’a point lieu lors de l’invasion, et elle existe alors après d’autres symptômes qui la précèdent ; elle varie d’une manière incroyable , ce qui ne peut manquer d’induire en erreur quiconque n’observe pas le mal sous toutes ses faces et dans son ensemble. A ce sujet , il nous faut rapporter ici la remarque sui-
vante, remarque fort judicieuse des deux médecins anglais , Russel et Parry, envoyés à Pétersbourg par leur gouvernement pour étudier cette maladie. « Cette étrange maladie, disent-ils, se distin- » gue seulement avec certitude à son dernier » période , moment où le patient est saisi d’un » froid intense et dont le visage se montre de » couleur bleue. » This singular malady is only co gnizable with certainty during its b lue or cold period.
La difficulté qu’éprouvaient les médecins à bien saisir la physionomie ou partie visible de la maladie ne les empêcha point de se livrer à leurs recherches métaphysiques. En voyant les vaisseaux capillaires de la nutrition et ceux de l’absorption spécialement envahis , ils conçurent l’espoir que cette observation les amènerait à découvrir la véritable nature du mal , oubliant ainsi que l’affection de ces vaisseaux annonçait son siège spécial et non pas sa véritable nature.
Ce qui surprend bien davantage, c’est qu’il fut également infructueux l’effort tenté par certains autres praticiens d’appeler toute l’attention sur les diverses périodes que le choiera morbus parcourt comme moyen d’arriver plus sûrement à la connaissance de son caractère ; ils ne se souvinrent pas qu’une maladie, aigüe ou chronique , est toujours semblable à elle-même durant sa marche , et que la distinction de ses différents stades ne peut amener à la découverte de sa cause prochaine, ni a celle de sa manière d’être dans l’organisme.