CHAPITRE PREMIER
Pour sortir de ces fausses routes , les médecins recoururent avec ardeur à l’anatomie pathologique ; mais les lumières qu’elle pût étaler à leurs yeux ne servirent qu’à leur montrer les désordres opérés par le mal et non pas à leur faire connaître son mode d’existence ; soit que les traces des altérations produites par cet épouvantable fléau ne se trouvassent pas généralement uniformes sur les cadavres consultés, soit que les variations suscitées par certaines circonstances concomitantes n’aient pas été connues , il est constant que le rayon de l’anatomie pathologique , qui découvre les conséquences et nullement le caractère intrinsèque des maladies , n’a été qu’oblique et non direct au profit de la pratique.
Enfin , voyant l’obstination de la nature à nous révéler l’essence du choiera morbus > les médecins crurent alors devoir s’en tenir aux conseils des théories subtiles que leur inspiraient leurs idées métaphysiques. Il n’était plus alors possible d’espérer qu’ils attaqueraient le mal au moyen d’une médication rationnelle ; aussi vit-on surgir une foule de contradictions qui décidèrent les praticiens à recourir aux remèdes les plus opposés. On a, d’une main, offert aux patients des stimulants, tandis que de l’autre on leur administrait les antiphlogistiques , et cela presque dans le même instant. Ce système, inoui dans les fastes de la médecine , fut le triste effet de la vieille méthode de l’à priori.
Jusqu’à ce que l’expérience régulière nous apprenne que les différents stades du choiera morbus sont autant de maladies de nature diverse, toutes concentrées en une seule (ce qui répugne au sens commun et aux faits légitimement acquis), il sera de toute impossibilité de justifier l’opposition des médications employées. Personne ne niera ce que nous venons de dire du choiera morbus , comme personne ne pourra se refuser à répéter avec nous que les fautes commises, pour le combattre, doivent être attribuées au raisonnement faux et grossier de prétendre guérir en recourant à la méthode de traiter les maladies à priori .