CHAPITRE X
il lui fallut quelque temps pour revenir de sa surprise ; de ce moment il put saisir le fil pour sortir du cercle vicieux dans lequel le retenaient les explications abstraites de Cullen, il toucha du doigt et de l’œil le trésor que la nature étalait devant lui, il proclama la loi des semblables. Il voulut dès lors s’assurer de l’action naturelle des autres remèdes mis en usage, et dès 1790 il entreprit ses rigoureuses investigations expérimentales. Elles donnèrent de l’extension à ses recherches , elles développèrent sa doctrine et firent le plus grand honneur à son zèle et à son esprit philanthropique. Il eût le courage de s’administrer, toujours se trouvant dans l’état de santé le plus florissant ,
tantôt l’une et tantôt l’autre substance médica-
menteuse , et d’en étudier les effets avec une admirable constance : par ce moyen , le seul bien* fondé , le seul convaincant , il est arrivé à s’assurer que le mercure, par exemple, spécifique de la syphilis, a la propriété de développer sur l’homme sain des symptômes semblables à ceux de la maladie vénérienne ; que le soufre , spécifique de la gale, produit sur l’homme sain des pustules semblables à celles de la gale ; que l’aconit fait naître chez Fhomme en parfaite santé des effets morbifiques qui ressemblent aux symptômes de la petite vérole volante; que la belladone lui cause les symptômes de la fièvre scarlatine érysipélateuse ; que la drosera rolundifolla développe en lui tous les symptômes de la toux convulsive ; ainsi de suite
d’une foule d’autres expériences qui toutes lui ont révélé les secrets de la loi des semblables , loi invariable comme la nature elle-même qui l’a établie pour la conservation de son ouvrage, je veux dire l’espèce humaine.
Le premier principe, le principe fondamental de la science médicale de la nature est d’une importance et d’une justesse à rien égale ; la nature veut et commande par sa loi que Ton guérisse une maladie quelconque avec une force ou substance médicamenteuse capable d’en produire une semblable chez l’homme jouissant de la plénitude de sa santé. Durant de longues années, des médecins, aussi zélés que consciencieux sous tous les rapports, ont suivi l’ordre de la nature, et maintenant leur pratique est complètement justifiée.
Le second principe sur lequel repose la science médicale de la nature, c’est l’expérience pure, qui démontre que , pour guérir radicalement les maladies, il faut leur opposer les remèdes, à quel règne de la nature ils appartiennent, toujours à une bien petite dose. Ce précepte est de rigueur; car, dit Hahnemann, en combattant une maladie quelconque par le remède que l’on sait être apte à produire chez l’homme sain une maladie en tout semblable à elle ; j’ai observé, ajoutet-il, que la dose accoutumée ne convient pas pour obtenir une cure possible, soit parce que cette dose augmente le mal naturel avec trop de mal médicinal , soit qu’elle provoque des réactions