‹ L'esprit de la nouvelle SorbonneChapitre 15 sur 35 · M. LAVISSE, DÉFENSEUR DE LA SORBONNE · texte numérisé non relu

M. LAVISSE, DÉFENSEUR DE LA SORBONNE

Le Temps publia sous ce titre, la Nouvelle Sorbonne, un article qui répond excellemment à la lettre de M. Lavisse que nous venons de citer. En voici un extrait :

... C'est pour la Sorbonne qu'a plaidé M. Lavisse, et c'est pour elle qu'il a « plaidé coupable ». Nous entendons par là, selon la terminologie des tribunaux anglais, qu'il n'a pas purement et simplement nié les faits, mais qu'il les a reconnus exacts dans une certaine mesure et s'est borné à en atténuer la gravité, en promettant des améliorations pour l'avenir. Il convient « que le soin de la composition et de la forme n'est plus aussi attentif qu'autrefois, non pas chez tous, mais chez un très grand nombre..., qu'une fois de plus on est tombé d'un excès dans l'excès contraire.. . » Il croit qu'a on exagère la crise du français », mais avoue que cette crise existe. Il ajoute qu'il l'avait constatée lui-même et Tavait spontanément signalée, soit dans des rapports

à rAcadémie, soit dans des conversations avec des étudiants. Il nous paraît donc que nous sommes, au fond, à peu près d'accord avec M. Lavisse comme avec les jurys d'ag-rég-ation des lettres et d'histoire, qui ont mis à dénoncer le mal une autorité à laquelle nous ne prétendons pas et une fermeté que nous ne pouvions dépasser.

Lorsque M. Lavisse déclare ensuite qu'a il n'est pas juste d'imputer cette crise à la seule Sorbonne », nous continuerons à entrer bien volontiers dans ses vues. Il n'est pas douteux que les nouveaux programmes de l'enseignement secondaire, qui ont réduit à la portion congrue les humanités classiques, ne contribuent à ce fâcheux état de choses, auquel l'admission des primaires dans les facultés ne sera pas pour porter remède. La Sorbonne est jusqu'à un certain point fondée à se plaindre qu'on lui envoie des étudiants presque dépourvus de culture générale et n'ayant même pas « le souci de la pureté de la langue ». Mais il lui reste une responsabilité. Premièrement, elle patronne par son esprit ce dédain de la culture générale et de ce qu'elle appelle ironiquement la «rhétorique». Elle exerce en ce sens une influence jusque sur les autres ordres d'enseignement, par ses exemples et par la formation des nouvelles g-énérations de professeurs. Secondement, elle

a tort de ne pas tenir compte des circonstances. Elle pourrait spécialiser tout de suite ses étudiants et les entraîner d'emblée aux recherches personnelles, s'ils lui arrivaient complètement préparés. Puisque ce n'est pas le cas, elle devrait leur fournir cette préparation qui leur manque. Lors de la réforme de la licence ès-lettres, on a supprimé la composition française, sauvé à grand'peinela version latine et repoussé un projet qui aurait fait de la première année d'études dans les Facultés des lettres une nouvelle rhétorique supérieure. Mais puisque la plupart des étudiants auraient g"rand besoin de cette « rhétorique prolongée », il eût été beaucoup plus sage de la leur offrir. Car l'enseig-nement, même celui de la Sorbonne, est fait pour l'élève, et non pas Télève pour l'enseignement.

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