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préparées depuis dix ans, ils unirent leur cause à celle de la culture classique. N'était-ce point, d'ailleurs, leur existence même qu'on menaçait? Culture classique, enseignement secondaire sont liés indissolublement.
Aujourd'hui la rumeur s'étend ; et la polémique éclate sur tous les points. La pauvreté des résultats n'a pas laissé d'inquiéter ceux-là mêmes qui adoptèrent avec enthousiasme ces doctrines modernes. Les Facultés des Lettres, en province et à Paris, sont atteintes d'un malaise qu'il est inutile de nier. Bien qu'il cache au public ses dissentiments intimes, notre haut enseignement est divisé : entre ses membres, on sent un désaccord et comme une hostilité grave. Et pour nous en convaincre, il n'est que de constater avec quelle véhémence des journaux tels que le Temps et les Débats, soutenus par toute la clientèle universitaire, ont pris décidément parti contre les réformateurs triomphants de la Sorbonne nouvelle.
Il est un fait plus significatif encore. Cette
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réaction que nous sentons s'org'aiiiser partout, il faut savoir que ce sont les étudiants eux-mêmes qui Faniment. Une partie sans cesse grandissante des élèves de la Faculté des Lettres se plaint de renseignement qu'elle reçoit. Elle est rebutée par le labeur médiocre à quoi on la soumet. Et peut-être la Sorbonne ne se rend-elle pas compte que ce qui a provoqué ce mouvement de désaffection, c'est une réforme dont elle se félicite imprudemment, c'est l'annexion de l'Ecole normale supérieure. Par cette fusion, disons mieux^ par cette confiscation^ elle s'est assuré, en effet, la direction de l'élite de la jeunesse intellectuelle ; élite qui, bien qu'exilée de l'Ecole, tient à honneur de marquer ses différences et d'affirmer sa supériorité. Or, ce sont justement ces normaliens, les meilleurs, qui semblent s'être lassés le plus vite de sa méthode autoritaire. Ils critiquent et jugent leurs maîtres. S'ils se soumettent, c'est qu'il faut réussir aux concours ; mais, l'agrégation passée, ils reprennent leur indépendance et deviennent souvent des rebelles.
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Ces doctrines font cependant des partisans, mais parmi les esprits plus médiocres, soumis et disciplinés d'instinct. Ceux-ci ne refusent point aux maîtres impérieux qui les enseignent une admiration passive quine sied guère à dejeuncLS intelligences françaises.
On a dit qu'Agathon était un vieillard aigri, quelque professeur mécontent et obscur de l'enseignement supérieur... Comment eiit-il choisi pour masque le nom d'un jeune et téméraire disciple de Socrate ? — Non, Agathon parle au nom de cette jeunesse ardente d'aujourd'hui, à laquelle il est mêlé lui-même, où se trouvent ses compagnons d'études. Il ne croit pas qu'un tel aveu diminue la portée de ses critiques : il n'est point honteux de son âge. Peut-être en a-t-il aussi tout le parti-pris ; c'est qu'il ressent avec vivacité ce qu'il exprime et porte son regard sur l'avenir, où la jeunesse a des droits...
Ici comme en beaucoup d'autres .domaines,
c'est rimitalion de rAlIemagne qui nous a obsédés. Ah! le puissant moyen d'expansion intellectuelle qu'une victoire! Nul ne songeait à mettre en doute que, le sort des armes leur ayant été favorable, c'étaient les procédés de culture, Tenseig-nement, le génie même des Allemands qui avaient eu raison des nôtres. Et la philologie germanique fut considérée comme un agent de force nationale. Par un sentiment, d'ailleurs tout français, de sincérité intellectuelle, — sentiment qui fut ici imprudemment porté à l'extrême — nous en vînmes, la première aversion surmontée, à tenir pour admirable l'entière civilisation de nos vainqueurs. Qu'il y eût un lien logique, intelligible, entre notre système d'études classiques et la capitulation de Metz, comme aussi bien entre la méthode des Universités allemandes et l'envahissement de Paris, c'est ce que tout le monde admit, sans que nul ait jamais pu d'ailleurs formuler ce lien avec la moindre précision. Découragés, nous confondîme la puissance intellectuelle avec la puissance militaire.
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Le culte de la science g^ermanique,il est vrai, avait déjà ses fidèles, parmi nous, avant la guerre de 1870. Dès 1848, quelques travailleurs suivaient passionnément les recherches d'histoire et de philologie qui faisaient la gloire de nos voisins. Tel, par exemple, le jeune Renan qui, cherchant une foi nouvelle, au sortir du séminaire, adressait à la philologie, « science suprême»,cette longue invocation en cinq cents pages qu'est l' Avenir de la Science. Pendant toute sa vie, cette bible juvénile resta le fond permanent de ses idées. Elles charmèrent et conquirent nos maîtres et nous en retrouvons indiscutablement la trace dans les doctrines qu'ils nous imposent.
Mais sans l'examen de conscience provoqué chez nous par la défaite, nous n'eussions pas abdiqué d'un cœur aussi léger notre culture traditionnelle, ni entrepris de copier nos vainqueurs. On résolut de substituer un régime nouveau d'enseignement à l'ancien régime condamné en vertu d'une mystérieuse sentence, acceptée, consentie même par la victime. « Dès
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lors, explique M. Seignobos, l'Uriiversilé allemande a passé pour le type idéal d'école supérieure (i). » Et M. Seignobos ne se demande point si ce type convient à toutes les nations ; sans doute le conçoit-il comme un type universel.
Pendant les premières années de la République, on prépara les réformes largement et humainement bienfaisantes de renseignement primaire; on ne songea qu'ensuite à renseignement supérieur.
L'Ecole pratique des Hautes Etudes, créée par Duruy, sorte de séminaire àTalIemande, consacrée à la pure érudition, paraît avoir servi de modèle à nos réformateurs (2). Cette institution a produit des savants excellents. Mais la Sorbonne, qui a pour rôle de former des professeurs, des éducateurs de la jeunesse, et non des éru-
(i) Seignobos, le Régime de l'enseignement supérieur des lettres (1904).
(a) Lucien, dans un intéressant article de la Revue politique et parlementaire prétend que c'est l'Ecole des Chartes qui a imposé son esprit à la Nouvelle Sorbonne. Au reste, ses mélho. des sont aussi celles de l'Ecole des Hautes-Etudes. (Cf. aux Annexes, pp. 266 et suir.)
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dits, pouvait-elle, sans danger, donner à son enseignement les caractères d'une école spéciale de recherches philologiques? Dans la hâte oiiTon fut d'abandonner tout le passé, on rejeta la rhétorique, la philosophie, l'histoire générale, pour contraindre les étudiants à poursuivre, dès leur entrée à la faculté, des tâches menues et spéciales d'érudition. Bon gré, mal gré, ces méthodes s'imposèrent et renouvelèrent les programmes de l'Université. Et dès 1904? M. Seignobos a pu écrire : « La Faculté des Lettres a été transformée plus profondément qu'aucune autre. Elle est devenue semblable à la Faculté de philosophie a lie mande. Elle a. moins de professeurs, moins d'étudiants ; mais, dans des dimensions plus petites, elle a les mêmes caractères, »
La transformation est encore plus complète aujourd'hui. On a rayé d'un trait, à la licence littéraire, toute épreuve de culture générale. Les nouveaux programmes sont envahis par les spécialités. L'Ecole Normale a été, pour ainsi dire, détruite par la Sorbonne,sa rivale conquérante.
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Demain, les portes de nos facultés seront ouvertes directement à des esprits de formation spéciale, aux élèves diplômés de l'enseignement primaire. Il est temps enfin de demander : Ne fait-on pas fausse route?
Nous trouverons, au cours de ces pages, les arguments invoqués communément par les adversaires de la culture classique : adaptation de renseignement aux besoins pratiques et utilitaires de notre époque; — éducation de l'esprit par les sciences, « véritables humanités modernes » ; — développement démocratique de notre société, incompatible avec la culture littéraire et philosophique. — Et à tous ces arguments, on peut répondre en détail.
Mais une question domine tout ce débat; question essentielle, encore qu'elle semble la plus lointaine : « Est-ce qu'un tel enseignement est conforme aux qualités propres de notre race ? Ne risque-t-il point de dégoûter les meilleurs esprits de notre jeunesse? » — Le génie d'une race, c'est un mot vague peut-être, mais qu'on