‹ L'esprit de la nouvelle SorbonneChapitre 3 sur 35 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

entend pourtant avec assez de précision. Il y a, dans toute nation, une réserve, un capital de forces intellectuelles, que Tinstruction supérieure a pour rôle d'entretenir et d'accroître. Notre génie français, fait d'ordre, de clarté et dégoût, a été acquis à la longue et par certains procédés de culture éprouvés(i). Y pouvons-nous renoncer aujourd'hui sans abandonner le meilleur de nous-mêmes, sans compromettre ce qui a longtemps assuré et assure encore la primauté de notre intelligence? L'expérience répond : non; elle nous montre nettementquele niveau des concours baisse de façon sensible depuis quelques années, et queTabus de l'érudition, des commentaires, des gloses et des spécialités porte déjà ses fruits.

11 ne faut pas chercher ailleurs la véritable cause du malaise de nos étudiants, du malaise de l'Université elle-même. Elle est dans ce désaccord intime des tempéraments et des méthodes qu'on leur impose.

(1) Cf. pp. 172 et sqq.

« Campag'ne réactionnaire », ont murmuré quelques boudeurs (i). Terrible ari^ument l 11 est malaisé d'avoir prise sur lui : ce n'est point un argument logique, mais sentimental, et quasiment mystique.

Il s'est formé autour de certains mots, culture classique, génie de la race, une atmosphère suspecte à quelques esprits étroits. Est-il besoin de dire que nous nous sommes placés à un point de vue purement intellectuel ? Nous défendons la culture de Tintclligence contre la culture de la mémoire, l'effort spirituel contre le labeur matériel. Nous ignorerions encore les opinions politiques de ceux que nous combattons, si quel-

(i) A vrai dire, c'est en Sorbonne surtout que se cachaient ces boudeurs. M, Aulard nous décocha ses flèches dans le Siècle. M.Bouglé, qui ensei^^ne également à la Sorbonne. écrivit en propres termes dsins la Dépêche : «Tout cela «en/ à plein nez la. cainpagne politique... C'est la peur bourgeoise qui remonte aujourd'hui et... s'en prend aux Facultés après s'en être pris à l'Ecole primaire, puis au Lycée » . Car c'est ainsi qu'on s'exprime à la Faculté des lettres en 1910; le procédé et le jargon de la lutte électorale ont envahi le sanctuaire de la science désintéressée et de la haute culture.

PREFACE ig

ques-uns ne les avaient maladroitement mêlées à leurs raisons, sans, pour cela, les fortifier. Si

pourtant notre combat doit servir les intérêts d'un parti, n'est-ce pas de la démocratie qui, plus que tout autre, a besoin d'une élite directrice, dég-agée des pures considérations utilitaires ?

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