‹ L'esprit de la nouvelle SorbonneChapitre 31 sur 35 · LETTRE D'UN JEUNE AGREGE · texte numérisé non relu

LETTRE D'UN JEUNE AGREGE

... Ah! que je voudrais que la faculté des Lettres de rUuiversité de Paris, — puisqu'elle est si entichée de méthodes scientifiques — imitât un peu la réserve et le tact de sa voisine, la faculté des Sciences! II j a là une science de bon ton ; on n'en fait pas un instrument de règ-ne, propre à servir le despotisme intellectuel d'un Durkheim, la ténacité pédantesque d'un Lanson. Leurs procédés de tortionnaires n'y seraient pas de mise. On paraît oublier, dans le débat actuel, quelle aussi est la Sorbonne, qu'il y a là des Appell, des Curie, des Poincaré, qui font plus de besog-ne et moins de bruit. Ce sont eux qui auraient autorité de parler au nom des sciences et de fonder cette « pédag-ogie technologique » dont votre correspondant nous entretenait (i). Or, piquante opposition, ils se préoccupent uniquement de limiter le dogmatisme scientifique et d'en réduire l'intempérance. Quelle belle leçon de modestie ils donnent à leurs fanatiques collègues. Ce rapprochemenx, les étudiants ne manquent pas de le faire. Le public le fera aussi. 11 doit savoir que la faculté des Sciences laisse dédaigneusement à la faculté des Lettres le monopole du

(1) Cf. chap. II, p. ii3.

L SKPRIT DE LA NOUVELLE SOUBONNE

fanatisme scientifique, et qu'elle revendique plutôt les qualités littéraires de finesse, de mesure et de g'oût de l'esprit français. Qu'il sache, de plus, que cette poig'née d'historiens médiocres et ce comité de sociolog-ues terroristes ne représentent qu'une partie de la Sorbonne, celle qui parle, s'agite, dogmatise et ne fait rien. Si elle a lassé l'opinion, trompé l'espérance de l'Université tout entière (et personne ne se lèvera pour la défendre), si elle a déterminé chez ses anciens élèves et ses étudiants actuels un mouvement général de désaffection, dont elle s'apercevra de plus en plus, on sait à qui s'en prendre. Mais qu'on se le dise aussi : les étudiants sont de libres français, de libres esprits, formés par de libérales études. Ils donneront fort à faire à « la Nouvelle Sorbonne » (n'estce pas très vieille et très dogmatique et toujours théologique qu'il faudrait dire?). Ils ne sont pas disposés à lui laisser croire que son avènement marque l'apogée du bonheur pour eux.

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