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LA DÉFENSE DES PRIMAIRES

En réponse à notre article sur la Domination primaire paru dans C Opinion et qui l'orme maintenant le troisième chapitre de notre livre, le directeur de ce journal reçut

des lettres de diverses personnalités de l'enseignement primaire. En voici une de M. Drouard, inspecteur de l'enseignement primaire :

Que veut-oD dire lorsque l'on parle de « domination primaire » ? Ces mots signifient-ils que l'enseig-nement donné aux futurs instituteurs (à des adolescents, à des adultes) se rapproche de l'ancien enseig-nement secondaire spécial créé par Duruy, ou de Tenseig'nement classique moderne qui suivit, ou de celuides sections deTenseig-nementclassique actuel dont les programmes comportent si peu de latin ? Il y a beaucoup de vrai, surtout dans ce dernier rapprochement.

Mais ce n'est pas l'enseignement primaire qui pénètre l'enseignement secondaire ; ce sont les autres enseignements qui copient l'enseignement primaire, et d'ailleurs tous les lycéens qui n étudient ni grec ni latin sont de véritables primaires.

Je me suis toujours demandé pourquoi l'on opposait les trois ordres d'enseignement au lieu de les superposer. Pourtant, ils s'adressent bien à des clientèles d'âges différents : l'enseignement primaire aux enfants, l'enseignement secondaire aux adolescents et l'enseignement supérieur aux adultes. Théoriquement, chaque ordre s'applique à une partie de la vie humaine. Pratiquement, chaque ordre com-

SyO l.'ESPniT DE LA NOUVELLE SOIVBONNE

mence et finit au delà des limites assig'nées. Le lycée prend des enfants et l'école primaire se prolonge assez avant dans l'adolescence. Mais les trois enseignements sont bien distincts.

11 faut bien le dire, l'école primaire, l'école nationale, a, depuis un demi-siècle, évolué considérablement. Elle a eu des chefs, des directeurs très écoutés, des serviteurs dévoués et disciplinés. Elle a réhabilité la pédagogie, cette indispensable pédagogie, si dédaignée, si méprisée ailleurs qu'en pleine Sorbonne, à une soutenance de thèse de doctorat, j'ai entendu le doyen Himly dire qu'elle n'avait pas d'objet, et que « l'on naît professeur comme on naît rôtisseur : ou ne le devient pas ».

L'enseignement primaire est devenu un modèle. Etait-ce un modèle que les autres enseignements devaient suivre ? C'est ce que je ne puis affirmer... Mais ce qui est incontestable, c'est que l'enseignement secondaire n'a pas eu de direction et qu'il n'a pas de doctrine. Gréard a essayé de l'organiser comme il avait organisé, avec Buisson, l'enseignement primaire : il a échoué devant la mauvaise volonté des professeurs et le manque d'autorité des proviseurs.

S'il y a réellement « invasion des barbares », ce n'est pas la faute des barbares.

Mais cette invasion n'existe pas. C'est le contraire

qui existe, car l'enseig-nement primaire a pour chef, dans chaque département, un secondaire, un agrég-é, l'inspecteur d'académie. Et des inspecteurs primaires pourvus de la licence classique, du doctorat, mais d'orig-ine primaire, qui, également, pourraient être recteurs, n'ont pu sortir de leur condition. De sorte que nul primaire ne peut aller au delà de l'inspection primaire : c'est la seule administration où l'accession aux emplois élevés soit interdite à toute bonne volonté, à toute intelligence.

Et l'on parle de « domination », parce qu'en vertu des décrets du 28 avril dernier le certificat d'aptitude au professorat des écoles normales est considéré comme l'équivalent d'un baccalauréat pour l'inscription dans les facultés pour les licences ! Il n'y a pas de quoi se voiler la face. Bien au contraire, cette équivalence, pour qui sait la valeur du professorat, est un grand honneur fait au modeste baccalauréat. Les deux cultures sont bien différentes en intensité et en maturité.

Voici une seconde réponse faite par M, N. Magnin, le directeur d'une école Normale d'instituteurs :

Belfort, le 29 otocbre 1910.

... L'opposition entre la culture désintéressée des

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secondaires et l'esprit strictement utilitaire des primaires ne repose sur aucune observation des faits. Qu'on veuille bien parcourir les programmes des écoles normales , et l'on verra la place faite à la culture générale et aux classiques.

La (( pénétrante doctrine » qui consiste à dire que l'esprit est un instrument à façonner, non un magasin à remplir, est un lieu commun de la pédagogie primaire que personne ne discute parce que tout le monde l'admet.

Qu'on veuille bien considérer que les équivalences, autour desquelles on fait tant de bruit, sont admises depuis longtemps (celle de la licence et du professorat, par exemple), mais à notre détriment et sans réciprocité. Nous comptons si peu, en haut lieu ! C'est ainsi que les meilleures écoles primaires supérieures regorgent de licenciés, qui n'ont pu se caser dans les collèges ou qui les ont délaissés. Quant au professorat (lettres ou sciences) des écoles normales, c'est une valeur qui n'a pas cours dans les collèges.

Les primaires allemands prétendent qu'ils sont les coolies de TUniversiLé. Vous ne voudriez pas naturaliser cette expression en France. Vous admettrez qu'un primaire puisse avoir du mérite. Vojez le classement d'un grand nombre des nôtres aux diverses agrégations.

Croyez que nous sommes nombreux, chez nous, qui passons notre vie à réfléchir et à travailler de notre mieux au grand œuvre de l'éducation nationale — et à notre culture personnelle,

N. Magnin, Directeur d'Ecole Normale, Belfort.

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