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Lanson. On dirait tout d'abord d'un ornement badin, d'une fantaisie décorative, où un artiste inspiré s'amuserait d'un lacis de traits emmêlés,
LA SOUBO.NNK CONTUE LA CULTURE CLASSIQUE /{5
de pointillés, de courbes, de lig-nes et de chifFres. Ou bien encore d'une de ces épures d'architecte, de ces planches de haute géométrie descriptive, de ces tracés de cosmog-raphie qui remplissent d'admiration les yeux naïfs du profane... La réalité est bien plus simple. Ce qu'on a voulu représenter ici, c'est « la filiation des impressions )) des Lettres philosophiques de Voltaire, c'est-à-dire les différences qui existent entre les textes de ses éditions successives. Et vraiment, à considérer l'image d'un peu loin, n'y a-t-il point quelque symbolisme dans cette sorte d'échafaudage pour construction imag^inaire, où s'exprime la fantaisie d'un architecte de rêve?... Comment s'étonner qu'un aspect si merveilleux ait provoqué chez quelques disciples ravis une émotion quasi-mystique? L'un des plus notoires, M. Rudler, qui écrivit un volume de 5oo pages sur la Jeunesse de Benjamin Constant (parviendra-t-il jamais jusqu'à l'âg-e mûr de son auteur?), nous confie la volupté qu'il trouva en lisant l'édition lansonienne. C'est le zèle de la science qui entlamme l'honnête professeur et le fait parler en termes brûlants : « Un livre
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comme celui-là, dit-il, exilée des procédés de lecture particuliers. A vrai dire, il exige deux lectures : Tune cursiue, du texte même, où Ton s'offrira le plaisir facile des épicuriens du bon vieux temps [c'est de la lecture des Lettres philosophiques elles-mêmes qu'il s'ag-it] et l'autre, quand on se sera assimilé le commentaire. La seconde dépassera la première de toute la peine qu^on aura prise et au delà. Elle sera riche, complexe, nuancée; elle donnera seule la volupté de comprendre, absolument, de planer» » [Revue universitaire, i5 décembre 1909.)
Passons sur la poésie profonde qui, dans une âme vraiment douée, peut jaillir d'un simple commentaire de sources; ce sont là des plaisirs que les habiles seuls peuvent se donner. Pour moi, je retiens cet aveu ; la lecture des textes eux-mêmes n'offre plus désormais qu'un sens superflu; ce sont les gloses qu'ils suscitent qui leur communiquent leur prix véritable. On nous le dit avec franchise: avant M. Lanson, les Lettres philosophiques de Voltaire n'avaient qu'un intérêt accessoire. Seuls des lettrés pouvaient être assez vains pour s'y plaire.
En face de ces empiétements des recherches secondes sur l'enseignement des lettres, comment ne pas songer à cette phrase de Walckenaer, où s'exprime le contentement stérile, la résignation intellectuelle de l'étroite érudition : « On ne peut pas tout savoir , mais on peut savoir où tout se trouve. »