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lion par voie des contraires : ainsi la vue a le blanc et le noir, l’ouïe a le grave et l’aigu, le goût a l’amer et le doux. Mais, dans le toucher, il y a plusieurs de ces oppositions : chaud et froid, sec et humide, dur et mou, et bien d’autres du même genre. On ne sait pas clairement quel est le sujet unique du toucher, comme on sait que c’est le son pour l'ouïe i. » — Plusieurs de ces passages font penser à la théorie du milieu intérieur ou organique et du milieu extérieur, de Claude Bernard. Avant lui, Aristote l’avait pressentie.
Mentionnons encore ce texte intéressant, parmi les particularités devenues superflues : « On peut se demander s’il n’y a qu’un seul mode de perception pareil pour tous les sens, ou s’il y a divers modes pour les sens divers : ainsi le goût et le toucher paraissent maintenant avoir besoin du contact, tandis que les autres organes s’exercent à distance. Mais cette différence n’est pas réelle ; car nous saisissons le dur et le mou à travers des intermédiaires, tout comme nous sentons, de cette manière, le sonore, le visible et l’odorant; et de ces sensations, les secondes sont perçues de loin, les autres le sont de près... Mais l’objet du toucher diffère des objets visibles et sonores en ce que nous percevons ceux-ci, parce que l’intermédiaire agit sur nous d’une certaine façon, tandis que nous atteignons les objets du toucher avec cet intermédiaire même... D’une manière générale, ce que l’air et l’eau sont pour la vue, l’ouïe et l’odorat, la chair et la langue le seraient pour le toucher... Si les choses tangibles étaient placées sur l’organe même, on ne les percevrait pas, mais on les sent parce qu’elles sont posées sur la chair. On en peut conclure que c’est la chair qui est l’intermédiaire pour l’organe du loucher. Les différences des corps en tant que corps sont enregistrées par ce sens : je veux dire les différences des éléments, le chaud, le froid, le sec, l’humide... Et de même que ce qui doit percevoir le blanc et le noir ne doit être, en acte, ni celui-ci ni celui-là, mais qu’il doit être tous les deux en puissance, de même aussi pour les autres sens, et pareillement pour le
1 Ibid., c. 11 ; 2.
toucher, qui ne doit être ni chaud ni froid. En outre, comme la vue s’applique au visible et à l’invisible, et que les autres sens s’appliquent également à leurs opposés, de même encore le toucher est relatif aux choses tangibles et aux choses non tangibles. On appelle non tangible la chose qui ne présente qu’une très petite différence suffisante pour la faire ranger parmi les choses tangibles, l’air, par exemple, et aussi les choses qui touchent l’organe avec une telle violence qu’elles détruisent la sensation 1.» — On comprend à présent que, pour Aristote, le toucher soit le sens vital par excellence et la base physique des autres perceptions. En ceci encore, il devançait les conclusions de l’avenir.
Le philosophe rappelle ensuite que, parmi les êtres vivants, « les plantes ne possèdent que la faculté de nutrition; d’autres êtres ont à la fois la nutrition et la sensibilité. Quand il y a (dans un être) la sensibilité, il y a de plus l’appétit; car l’appétit est désir, passion et volonté. » — Et il ajoute ces paroles si graves : « L’être qui a sensibilité a aussi peine et plaisir, selon que l’objet est agréable ou pénible; et les êtres qui présentent ces modifications ont en outre le désir, car le désir est l’appétit de ce qui fait plaisir 1 2 3 ». Il expose des idées semblables dans ce passage : « Tous les autres sens, l’odorat, la vue, l’ouïe, sentent par des intermédiaires différents d’eux ; mais quand l’être touche, s’il n’a pas la sensibilité, il ne pourra éviter certaines choses, ni en prendre certaines autres ; et, dans ces conditions, il est impossible que l’animal puisse se conserver. Voilà pourquoi le goût est une espèce de toucher; il est le sens de la nutrition; aussi la nourriture est quelque chose qui peut être touché. Au contraire, le son, la couleur, l’odeur ne nourrissent pas et ne causent dans l’animal ni accroissement, ni dépérissement 3 ». — Il avait dit déjà : « Certains animaux ont toutes les facultés organiques; d’autres n’en ont que quelques-unes;
1 Ibid., c. H; 7-12.
* L. II, c. 3; 1 et 2. — Cf. Fouillée, uuv. cité, 1. II, pp. 77-93.