‹ L'esprit de MontaigneChapitre 12 sur 17 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Si, évoquant le souvenir de la sympathique figure qui vient de passer nous nos yeux, nous cherchons à en recomposer les principaux traits, Montaigne nous apparaîtra comme un sage, portant en toutes choses la modération, sa qualité maîtresse ; indépendant par caractère, sceptique par tempérament philosophique, plus amoureux de son repos que de ses intérêts ou de sa gloire ; tolérant parmi des fanatiques, humain dans un siècle de cruautés ; mélange séduisant de finesse et de naïveté, d'enjouement et de franchise ; esprit flottant qu'on ne peut pas toujours prendre pour guide, mais qui, comme on l'a justement dit, ne désapprend jamais le bien; moins occupé, au reste « à enseigner la sagesse qu'à désenseigner la sottise », et raillant aussi volontiers l'une que l'autre : voilà l'homme.

Maintenant, qu'apprendrions-nous sur l'écrivain à ceux qui l'ont lu ? Le premier de son époque et guidé par le seul instinct de son génie, il est resté un de nos auteurs les plus populaires ; que d'hommes illustres n'avons-nous pas vus s'inspirer des Essais /

Le grand historien de la Suisse, Jean de Muller, écrivait en 1799 à son frère : « Je relis le sage Montaigne comme on prend un calmant; il est si serein, si spirituel, si content; il répand une teinte si bienfaisante sur toutes les affaires de la vie ! Quelle éloquence unie parfois à l'aménité d'Horace ! Tâchons, comme lui, de glisser sur le fleuve rapide du temps; arrêtons-nous près des rives fleuries, et souvenons-nous pendant la tempête, que le terme de notre course est aux îles fortunées, où meminisse juvabit. »

Laissons le lecteur sur cette fraîche impression ; nous ne saurions mieux terminer notre Voyage à travers les « Essais ».

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