‹ L'esprit de MontaigneChapitre 6 sur 17 · II · texte numérisé non relu

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simples capitaines de son armée; desquels les descendants ont depuis si long temps duré, maintenants cette grande possession ; tant d'excellentes vertus qui estoient en luy. iustice. tempérance, libéralité, foy en ses paroles amour enA'crs les siens, humanité envers les vaincus; car ses mœurs semblent, à la vérité, n'avoir aulcun iuste reproche, ouy bien aulcunes de ses actions particulières, rares et extraordinaires: mais il est impossible de conduire de si grands mouvements avec les règles de la iustice. telles gents veulent estre iugez en gros par la maistresse fin de leurs actions... et a esté ingénieusement dict de luy : qu'il avoit de la nature ses vertus, de la fortune ses vices. »

« Qui considérera quand et quand tant de vertus militaires, diligence, pourvoyance, patience, discipline, subtilité, magnanimité, résolution, bonheur, en quoy, quand l'auctorité d'Annibal ne nous l'auroit pas apprins. il a esté le premier des hommes, les rares beautez et conditions de sa personne, iusques au miracle : ce port, ce vénérable maintien, soubs un visage si ieune, vermeil et flamboyant... l'excellence de son sçavoir et capa. cité ; la durée et grandeur de sa gloire, pure, nette, exempte de tache et d'envie... il confessera, tout cela mis ensemble, que i'ay en raison de le préférer à César mesme, qui seul m'a peu mettre en doubte du chois; et il ne se peult nier qu'il n'y ayt eu plus du sien en ses exploicts, plus de la fortune en ceulx d'Alexandre. Ils ont eu plusieurs choses eguales; et César, àl'adventure plus grandes... mais quand l'ambition de César auroit de soy plus de modération, elle a tant de malheur, ayant rencontré ce vilain subiect de la ruyne de son païs, et

de l'empirement universel du monde, que toutes pièces ramassées et mises en la balance, ie ne puis que ie ne penche du costé d'Alexandre. » (1.)

« Le tiers et le plus excellent, à mon gré, c'est Epa« minondas. De gloire il n'en a pas à beaucoup prez tant que d'aultres, (aussi n'est ce pas une pièce de la substance de la chose : ) de resolution et de vaillance, non pas celle qui est aiguisée par ambition, mais de celle que la sapience et la raison peuvent planter en une ame bien réglée, il en avoit tout ce qui s'en peult imaginer; de preuves de cette sienne vertu, il en a faict autant, à mon advis. qu'Alexandre mesme et que César ; car encores que ses exploicts de guerre ne soyent ny si fréquents ny si enflez, ils ne laissent pas, pourtant, à les bien considérer et toutes leurs circonstances, d'estre aussi poisants et roides, et portant autant de tesmoignages de hardiesse et de suffisance militaire. Les Grecs luy ont faict cet honneur, sans contredict, de le nommer le premier homme d'entre eulx ; mais estre le premier de la Grèce, c'est facilement estre le prince du monde. Quant à son sçavoir et suffisance, ce iugement ancien nous en est resté, » que iamais homme ne sçeut tant, et ne parla si peu que luy... car il estoit Pythagorique de secte ; et ce qu'il parla, nul ne parla iamais mieulx : excellent orateur et très persuasif. Mais quant à ses mœurs et conscience, il a de bien loing surpassé tous cculcc qui se sont iamais meslez de manier affaire :

(1) Rapprocher ce panégyrique de la satire viii» de Boileau qui, à l'exemple de plusieurs moralistes, a traité si sévèrement le grand conquérant.

car en cette partie, qui doibt estre principalement considérée, qui seule marque véritablement quels nous sommes, et laquelle ie contrepoise seule à toutes les aultres ensemble, il ne cède à aulcun philosophe, non pas à Socrates mesmes...

« L'ancienneté iugea, qu'à espelucher par le menu touts les aultres grands capitaines, il se treuve en chascun quelque spéciale qualité qui le rend illustre : en cettuy ci seul, c'est une Aertu et suffisance pleine par tout et pareille, qui. en touts les offices de la vie humaine, ne laisse rien à désirer de soy, soit en occupation publique, ou privée, ou paisible, ou guerrière, soit à vivre, soit à mourir grandement et glorieusement ; ie ne cognois nulle ny forme, ny fortune d'homme que ie regarde avecques tant d"honneur et d'amour... La victoire le suj^^ant comme son umbre par tout où il guidats. la prospérité de son pais mourut aussi, luy mort, comme elle estoit née par luy. »

Il ajoute néanmoins que le seul Scipion Emilien, le premier des Romains comme Epaminondas fut le premier des Grecs, « se pourroit mettre à l'encontre à l'aultre plat de la balance... (IL 36.)

Ce que Montaigne pensait des Femmes.

Après avoir montré l'homme d'après Montaigne, il me reste à dire sous quel aspect lui apparaissait plus particulièrement la compagne de ses destinées. Car, tout en laissant tomber de sa plume (sans y insister d'ailleurs et comme en passant) ce paradoxe de Platon

« que les masles et les femelles sont ietez en mesme moule, et que sauf Tinstitution et l'usage, la différence n'y est pas grande, » notre auteur n'en fait pas moins ressortir d"un bout à l'autre des Essais leurs profondes oppositions. Or, quelle opinion Montaigne a-t-il des femmes ?

Pour mieux en juger, rappelons d'abord que l'amour qu'il goûtait fort comme plaisir, n'eut jamais pour lui le caractère de cette passion éthérée qui « mesle à bien peu d'essence solide, beaucoup plus de vanité et resverie fîebvreuse. » En d'autres termes, il ne vécut point dans ce monde idéal où l'objet aimé se pare de toutes les perfections que l'imagination lui prête : « qui se pourroit disner de la fumée du rost, feroit-il pas une belle espargne ? »

Autre circonstance importante à noter : bien que l'auteur nous dise que « les aigreurs comme les douleurs du mariage se tiennent secrettes par les sages». on peut, en lisant entre les lignes, induire de quelques passages de son livre que l'époux de Françoise de la Chassagne n'avait pas eu la bonne fortune de rencontrer dans cette vertueuse personne un modèle d'aménité et de douceur conjugale. C'est ce qu'il donne à entendre, par exemple, quand à propos du besoin qu'il éprouve parfois de quitter son pays pour voyager, il rappelle l'anecdocte de ce Romain « au soulier neuf et bien formé, » qui lui blessait néanmoins le pied (1). Il parle

(1) Comme on lui reprochait d'avoir répudié sa femme, belle pourtant, et mère de beaux enfants « ce soulier que vous voyez à mon pied, répondit-il, n'est-il pas beau? N'est-il pas bien faict ? Il n'y a cependant personne de vous qui sçaclie où il me blesse. » (Plutarque, Paul-Emile).

de la conduite qu'il croit devoir tenir envers les personnes de sa famille qui ont loy de se pouvoir courroucer, et fait remarquer que « l'estrangier n'entend pas combien il vous en couste, et combien vous prestez à maintenir l'apparence de cet ordre qu'on veoid en vostre famille, et qu'à l'adventure l'achetez vous trop cher. » {IIL9).

Les Essais abondent, au reste, en traits piquants contre les femmes. L'auteur est d'avis que « les bonnes ne se trouvent pas à douzaines. « (II, 35.) A propos de celles qui se fardent, il pense que « c'est chose de peu de perte, de ne les veoir pas en leur naturel. » (I. 51). Il leur reproche aussi leur esprit de contradiction, leur opiniâtreté à soutenir leurs idées et leur besoin de dominer :

« Il est touiours proclive aux femmes de disconvenir à leurs maris : elles saisissent à deux mains toutes couvertures de leur contraster ; la première excuse leur sert de pleniere iustification, l'en ay veu une qui desrobboii gros à son mary, pour, disoit-elle à son confesseur, faire ses aulmones plus grasses. Fiez-vous à cette religieuse dispensation ! Nul maniement leur semble avoir assez dignité, s'il vient de la concession du mary; il fault qu'elles l'usurpent, ou finement, ou fièrement, et tousiours iniurieusement, pour luy donner de la grâce et l'auctorité. » (IL 8.)

« l'ai cogneu cent et cent femmes, car ils disent que les testes de Gascoigne ont quelque prérogative en cela, que vous eussiez plustost fait mordre dans le fer chauld, que de leur faire desmordre une opinion qu'elles eussent conceue en cholere ; elles s'exaspèrent à l'en-

contre des coups et de la contraincte : et celuy qui forgea le conte de la femme qui, pour aulcune correction de menaces et bastonnades, ne cessoit d'appeler son mary pouilleux, et qui . précipitée dans l'eau , haulsoit encores, en s'estouffant. les mains, et faisoit, au dessus de sa teste, signe de tuer des pouils, forgea un conte duquel en vérité tous les iours on veoid l'image expresse, en l'opïniastreté des femmes. Et est l'opiniastreté sœur de la constance, au moins en vigueur et fermeté. » (II. 32). « Ceulx qui ont à négocier avecques des femmes testues, peuvent avoir essayé à quelle rage on les iecte, quand on oppose à leur agitation le silence et la froideur, et qu'on desdaigne de nourrir leur courroux. y> Et rappelant ce mot du colérique Celius à un convive qui approuvoit tout ce qu'il disait: « Nie moy quelque chose, de parles dieux! afin que nous soyons deux: » Elles, de même, ajoute-t-il, <' ne se courroucent qu'afm qu'on se contrecourrouce, à l'imitation des loix de l'amour, » (II, 31.) Nous avons vu ce qu'il dit de leurs fureurs jalouses. Il les accuse aussi de préférer, en amour, la ;beauté physique à la beauté morale ; mais lui appartenait-il de leur adresser ce reproche, lorsqu'il faisait lui-même cet aveu : << Si Tune ou Taultre de ces beautez devoit nécessairement y faillir, l'eusse choisi de quitter plus tost la spiritnelle : elle a son usage en meilleures choses. » (III, 3.)

« le puis dire avoir veu souvent que nous avons excusé la foiblesse de leurs esprits en faveur de leurs beautez corporelles ; mais que ie n'ay point encores veu qu'en faveur de la beauté de l'esprit, tant rassis et

meur soit-il, elles veuillent prester la main à un corps qui tumbe tant soit peu en décadence. » (lU. 5.) Toutefois, il reconnaît qu'il faut, en bien des circonstances, s'en prendre à nos usages, qui les excitent au mal, des faiblesses dont on les accuse :

« Nous les dressons, dez l'enfance, aux entremises de l'amour ; leur grâce, leur attifeure, leur science, leur parole, toute leur instruction ne regarde qu'à ce but : leurs gouvernantes ne leur impriment autre chose que le visage de l'amour, ne feust ce qu'en leur représentant continuellement pour les en desgouter... »

« On les leurre, en somme, et les acharne par touts moyens ; nous eschaufïons et incitons leur imagination sans cesse ; et puis nous crions au ventre... ie ne sçais si les exploits de César et d'Alexandre surpassent en rudesse la resolution d'une belle ieune femme, nourrie en nostre façon, à la lumière et commerce du monde, battue de tant d'exemples contraires, et se maintenant entière au milieu de mille continuelles et fortes poursuites. )' (Ib.)

Ce n'est pas qu'il approuve la contrainte, ou un luxe de précautions et d'admonitions, dont le moindre inconvénient est d'être inutile :

« l'ai apperceu que les dames qui ont voulu donner aux filles de leur suitte les règles plus austères, n'y ont pas eu meilleure advcnture ; il y fault de la moderation, il fault laisser bonne partie de leur conduicte à leur propre discrétion : car, ainsi comme ainsi, n'y a-il discipline qui les sceust brider de toutes parts. Mais il est bien vray que celle qui est eschappee, bagues saufves, d'un escholage libre, apporte bien plus défiance

de soy, que celle qui sort saine d'une eschole severe et prisonnière. » « Il n'est ny parole, ny exemple, ny desmarche, qu'elles ne sçachent mieulx que nos livres : c'est une discipline qui naist dans leurs veines... que ces bons maistres d'eschole, nature, ieunesse et santé leur souffle continuellement dans l'ame ; elles n'ont que faire de l'apprendre: elles l'engendrent. » (III, 6.)

.Sur le chapitre de Vitistruction h donner aux femmes, Montaigne réagissant, peut-être plus que de raison, contre le bel esprit de mode à la cour des Valois, est un peu de l'avis du bon homme Chrysale (1). A-t-il la crainte de leur voir dérober au ménage « leur plus utile et honorable science, » le temps qu'elles consacrent à la culture de l'esprit : ou bien ne les croit-il pas façonnées pour les hautes spéculations de la pensée ? Quoiqu'il en soit, il raille celles qui « à toute sorte de propos et matière pour basse et populaire qu'elle soit, se servent d'une façon de parler et d'escrire nouvelle et sçavante... et allèguent Platon et sainct Thomas, aux choses auxquelles le premier rencontré serviroit aussi bien de tesmoing. » (III, 3). Les précieuses, ces Jansénistes de l'amour comme les appelait Saint Epvremond, sont donc de tous les temps. Est-ce que nous aurions affaire à un ennemi des lumières ? non mais à un homme qui fidèle en tout à la devise d'Aristote, ?ie quid nimis ^rien de trop), veut qu'on proportionne l'instruction aux besoins de chacun :

(1} Ne point allei' chercher ce qu'on fait dans la hme, Et s'occuper un peu de ce qu'on fait chez soi.

(Les Femmes savantes).

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a Si les bien nées me croient, elles se contenteront de faire valoir leurs propres et naturelles richesses ; elles cachent et couvrent leurs beautez soubs des beautez estrangieres : c'est une grande simplesse d'estouffer sa clarté, pour luire d'une lumière empruntée. C'est qu'elles ne se cognoissent pas assez : le monde n'a rien de plus beau ; c'est à elles d'honorer les arts, et de larder le fard. Que leur faut-il, que vivre aimées et honnorees ? elles n'ont, et ne sçavent que trop pour cela : il ne faut qu'esveiller un peu et reschauffer les facultez qui sont en elles. » Voilà qui rachète bien des critiques. Ce n'est pas dans l'arsenal du pédantisme quelles doivent forger les armes qui doivent assurer leur triomphe sur nous :

« Quaud ie les veois attachées à la rhétorique, à la iudiciaire, à la logique, et semblables drogueries si vaines, et inutiles à leur besoing, l'entre en crainte que les hommes qui le leur conseillent, le facent pour avoir loy de les régenter sous ce titre : car quelle aultre excuse leur trouverois-ie ? Baste, (il suffît) qu'elles peuvent, sans nous, renger la grâce de leurs yeux à la gayeté, à la sévérité et à la douceur, assaisonner un nenny de rudesse, de doubte et de faveur, et qu'elles ne cherchent point d'interprète aux discours qu'on faict pour leur service ; avec cette science, elles commandent à la baguette et régentent les régents et l'eschole. Si toutesfois il leur fasche de nous céder en quoy que soit, et veulent par curiosité avoir part aux livres, la poésie est un amusement propre à leur besoing : c'est un art folastre et subtil, desguisé, parlier, tout en montre, comme elles. Elles tireront aussi diverses commoditez

de l'histoire. En la philosophie, de la part qui sert à la vie, elles prendront les discours qui les dressent àiuger de nos humeurs et conditions, à se defîendre de nos trahisons, à régler la témérité de leurs propres désirs, à mesnager leur liberté, allonger les plaisirs de la vie, et à porter humainement l'inconstance d'un serviteur, la rudesse d'un mary. et Timportunité des ans et des rides, et choses semblables. Voylà, pour le plus, la part que ie leur assignerois aux sciences. » (III, 3.)

Pour un programme du XVP siècle, de la part d'un moraliste aussi peu favorable à l'émancipation intellectuelle du sexe faible, ce n'est déjà pas mal (1). J'aurai plus loin l'occasion de revenir encore sur ce sujet.

(I) Ce siècle fut, au surplus, une époque brillante pour les femmes, qui ne restèrent pas étrangères, en Italie surtout, au goût généralement répandu pour l'érudition et la philosophie. Elles faisaient du Plutarque d'Amyot, dit Montaigne, leur bréviaire, et des Essais leur meuble de sale. On voit Jeanne Gray lire, avant de mourir, le texte grec de Platon sur l'immortalité ; Marie Stuart mêler aux tournois et à la chasse la culture des arts, et les plaisirs de l'érudition. Les luttes religieuses ayant mis les controverses à la mode, on unissait la métaphysique à la galanterie, ce dernier vestige de la chevalerie. Ces tendances ne s'arrêtent pas d'ailleurs au XVP siècle ; Richelieu faisait soutenir des thèses sur l'amour, Descartes conseillait aux femmes de son temps la lecture de son discours de la Méthode, et Leibniz écrivait sa Théodicée pour la reine de Prusse. On sait aussi quel éclat jetèrent sur le XVIP et le XVIIP siècles» et de quels encouragements furent pour la culture de l'esprit les salons des Rambouillet, des Longueville, des Geoffrin, des Dudeffant, etc; et l'on se demande si les femmes ont gagné depuis en « science mesnaygiere » ce qu'elles ont perdu en influence et en autorité dans le monde des lettres.

Au point de vue moral Montaigne fait, il est vrai, l'éloge du courage, du mépris pour la mort et du dévouement qu'ont souvent montré les femmes, mais il est muet sur le dévouement maternel qui est de tous les jours et de toutes les conditions ; il garde également le silence sur celles de leurs qualités qui font le charme de relations sociales et donnent tant de prix à la vie de famille. Nous l'avons vu consacrer un chapitre aux trois plus excellents hommes ; un autre qui lui sert comme de pendant est consacré à trois bonnes feinmes. Or, ce n'est pas à celles qui se sont illustrées par leurs hauts faits, leurs talents ou leur grandeur qu'il demande des modèles ; c'est à des épouses qui se tuèrent « pour servir d'exemple et de compaignie à leur mary. » (1). Les idées de gloire ou d'illustration semblent peu conformes à l'idéal qu'il se forme des femmes, dont la vie est pour lui. d'autant plus conforme à leur mission qu'elle est plus effacée. Comme des anciennes Romaines il dirait volontiers: domum mansit, lanam fecit (2). Il semble même prendre à tâche de diminuer notre admiration pour elles, quand il nous parle du mépris de la douleur qu'elles montrent « pour peu qu'il y ait d'adiencement à espérer en leur beauté... l'en ay veu engloutir du sable, de la cendre, et se travailler à poinct nommé de ruyner leur estomach, pour acquérir les pasles couleurs. Pour faire un corps bien espagnole, quelle géhenne ne souf-

(1) L'une est Carie femme de Pétus; la seconde Pauline, mariée à Sénéque ; la troisième une inconnue dont la mort est racontée par Pline.

(2) Elle garda la maison, lila de la laine.

frent elles, guindées et sanglées, à tout de grosses coches sur les costez, iusques à la chair vifve ? Ouy, même quelquesfois à en mourir. » (I, 40.)

Dans quelques lignes empreintes d'une verve ironique, il compare les dames de son temps aux fières Romaines dont il vient de parler : « En nostre siècle, elles reservent plus communément à estaler leurs bons offices et la véhémence de leur affection envers leurs maris perdus ; cherchent au moins lors à donner tesmoignage de leur bonne volonté : tardif tesmoignage et hors de saison ! Elles preuvent plus tost par là qu'elles ne les aiment que morts : la vie est pleine de combustion, et le trespas, d'amour et de courtoisie. Comme les pères cachent l'affection envers leurs enfants, elles volontiers, de mesmes, cachent la leur envers le mary, pour maintenir un honnête respect. Ce mystère n'est pas de mon goust. Elles ont beau s'escheveler et s'estratigner, ie m"en voys à l'aureille d'une femme de chambre et d'un secrétaire : « Comment estoient-ils ? Comment ont-ils vescu ensemble ? Il me souvient touiours de ce bon mot, iaxtantius mœrent, quœ'ïninus dolent (1). » Leur rechigner est odieux aux vivants, et vain aux morts. Est ce pas de quoy ressusciter de despit; qui m'aura craché au nez pendant que i'estois, me viennent frotter les pieds quand ie ne suis plus... Aussi, ne regardez pas à ces yeulx moites et à cette piteuse voix ; regardez ce port, ce teinct et l'embon-

(l) Elles se lamentent d'autant plus bruyamment qu'elles souffrent moins. (Tac, Ann.) On sait quel parti Lafontaine tire de cette amusante satire des matrones inconsolables.

poinct de ces ioues soubs ces grandes voiles ; c'est par là qu'elle parle François ; il en est peu de qui la santé n'aille en amendant, qualité qui ne sait pas mentir. Cette cerimonieuse contenance ne regarde pas tant derrière soy que devant ; c'est acquest , plus que payement. » (II, 35.) Aussi, se souciet-il peu du bien qu'on dira de lui « non parce qu'il en sera digne, mais parce qu'il sera mort. » Après tout, ces piquantes critiques n'ont pas empêché notre moraliste de trouver un vif attrait dans le commerce des femmes. Il lui sera beaucoup pardonné parce qu'il a beaucoup aimé. Et puis enfin, que ses lectrices se disent que notre sexe n'a été guère moins épargné que le leur par ce fin railleur de ncs faiblesses et de nos travers (1).

(1) Il fallait, néanmoins, qu'il eût gardé une impression peu agréable du foyer conjugal pour se séparer à ce point en tout ceci de Plutarque, qui professait pour la femme, en général, et pour la sienne, en particulier, autant d'admiration que de tendresse ; de même aussi La Boëtie, comme nous l'apprend une lettre de Montaigne à son père.

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