DE LA COUTUME ET DES HABITUDES
Celui me semble avoir très-bien conceu la force de la cousturae , qui premier forgea ce conte, qu'une femme de village ayant appris de caresser et porter entre ses bras un veau dès l'heure de sa naissance, et continuant tousjours à ce faire, gagna cela par l'accoustumance, que tout grand bœuf qu'il estoit, elle le portoit encore. Car c'est à la vérité une violente et traîtresse maistresse d'escole,que la coustume. Elle establit en nous, peu à peu, à
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la desrobée, le pied de son aut mais par ce doux et humble con ment, l'ayant rassi et planté ave du temps , elle nous descouvre (bientôt) un furieux et tyranniqu contre lequel nous n'avons plus h de hausser seulement les yeux.
Qui voudra se desfaire de ce préjudice de la coustume, il trouv sieurs choses reçues d'une résolu dubitable, qui n'ont appui qu'en 1 chenue et rides de l'usage qui les paigne : mais ce masque arrach'é , tant les choses à la vérité et à la ri sentira son jugement, comme toi versé , et remis pourtant en bien p estât.
Les premières et universelles sont de difficile perscrutation (^ tion ). Et les passent nos maistres < mant, ou en ne les osant pas se
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chise de la coustume : là ils s'enflent, et triomphent à bon compte.
Je trouve que nos plus grands vices prennent leur piy dés nostre plus tendre enfance, et que nostre principal gouvernement est entre les mains des nourrices.
C*est passe-temps aux mères de voir un enfant tordre le col à un poulet , et s'esbattre à blesser un chien et un chat. Et tel père est si sot, de prendre à bon augure d'une ame martiale, quand il voit son fils gourmer injurieusement un paysan , ou un Iaquay, qui ne se deffend point; et à gentillesse, quand il voit affiner son compagnon par quelque malicieuse desloyauté, et tromperie. Ce sont pourtant les vrayes semences et racines de la cruauté, de la tyrannie , de la trahison. Elles se germentlà, et s'eslèvent après gaillardement, et profitent à force entre les mains de la coustume. Et est une très-dangereuse institution (éducation) d'excuser ces vilaines in-
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clinatious, par la faiblesse de l'aage, et légèreté du subject. Premièrement c'est rntore qui parie ; de qui la voix est lors pfaa pure et plus. nairVe, qu'elle est plus grerie et plus neufVe. Secondement, la laideur de la pipperie (du itol) ne dépend pas de h différence des escus aux espingles; eDê despend de so y. Je trouve bien plus juste de conclure ainsi : pourquoi ne trompe* roit-il aux escus , puisqu'il trompe au espingles? que connue ils font; ce n'est qu'aux espingles. : il n'aùroit garde de le faire aux escus.
Les loix de la conscience que nous disons naistre de nature, naissent de la coustume : chacun ayant en vénération interne les opinions et mœurs approuvées et re* çues autour de lui, ne s'en peut desprendre sans remors* , ni s'y appliquer sans applaïf dissement.
Le principal effect de sa puissance , c'esf de nous saisir et empiéter de telle sorte/
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u'à peine soit-il en nous , de nous ravoir e sa prinse, et de rentrer en nous, pour iscourir et raisonner de ses ordonnances.
J'estime qu'il ne tombe en l'imagination uraaine aucune fantasie si forcenée qui e rencontre l'exemple de quelque usage ublic, et par conséquent que nostre rai- >n n'estaye et ne fonde.
La plus contraire qualité à un honneste omme, c'est la délicatesse et l'obligation
certaine façon particulière. Et elle est articulière, si elle n'est ployable et souple. Il y a de la honte, de laisser à faire ar impuissance , ou de n'oser ce qu'on oit faire à ses compaignons.
Nous nous durcissons à tout ce que dus accoustumôns. Et à une misérable mdition , comme est la nostre , c'a esté 1 très-favorable présent de nature, que iccoustumance ( coutume ) qui endort >stre sentiment à la souffrance de pilleurs maux.
ÏJO L'ESPRIT DE MOHTAXGftt.
C'est par l'entremise de la coust que chascun est content du lieu où n la planté : et les sauvages d'Escosse que faire de la Touraine, ny les Scytl la Thessalie.
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