‹ L'esprit de MontaigneChapitre 25 sur 32 · DE LA RETRAITE ET DE LA SOLITUDE · texte numérisé non relu

DE LA RETRAITE ET DE LA SOLITUDE

Cette seule fin d'une autre vie, heureusement immortelle , mérite loyalement que nous abandonnions les commoditez et douceurs de cette vie nostre. Et qui peut embraser son ame de l'ardeur de cette vive foi et espérance, réellement et constamment,' il se bastit en sa solitude une vie voluptueuse et délicieuse, au-delà de toute autre sorte de vie.

L'imagination de ceux qui par dévotion cherchent la solitude , remplissant leur

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eonrage de la certitude des personnel & vine* en l'antre tîc $ art bien sainement assortie. Us sa proposent Diau, object infini en bonté et en puissance. L'ame a de quoy y rassasier ses désirs en tonte liberté. Les afflictions, les douleurs leur viennent à profit, employées à ftoquest d'une suite et réjouissance éternelle. La mort à ton-* hait : passage à un si parfait estât* .

Laissons à part cèttelonguecompartiioB de la vie solitaire à l'active : et, quant à ce beau mot de quoi se couvre l'ambition et l'avarice, que nous ne sommes rpasjnaiï pour nostre particulier,, ains pour le public, rapportons-<>nous-en hardiment à ceux qui sont en la danse, et qui se battent la conscience, si, au contraire, les estais, les charges et cette tracasserie du monde .ne se recherchent plustost pour tirer du public son profit particulier. Les . mauvais moyens , par où on s'y pousse en nostre siècle, montrent bien que la fin n'en vaut guères.

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La Solitude me semble avoir plus d'apparence et de raison, à ceux qui ont donné au monde leur aage plus actif et fleurissant.

Ce n'est pas assez de s'estre escarté du peuple; ce n'est pas assez de changer de place : il se faut escarter des conditions populaires qui sont en nous : il se faut séquestrer et ravoir de soyV C'est la vraye solitude, et qui se peut jouir (posséder) au milieu des villes et des cours des rois; mais elle se jouit plus commodément à part.

Respondons à l'ambition que c'est elle-' mesme qui nous donne goust de la solitude. Car que fuit- elle tant que la société ? Que cherche-t-elle tant que ses coudées franches ? Il y a de quoi bien et mal faire partout.

La plus grande chose du monde, c'est de sçavoir estre à soy.

Nous avons une ame contournable en soy-mesme ; elle se peut faire compagnie, elle a de quoy assaillir et de quoy deffendre,

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de quoy recevoir et de quoy donner. Ne craignons pas en cette soUtmde nous croupir d'oisiveté ennuyeuse. La Testa se contente de soy.

Puisque nous entreprenons de vivre seuls et de nous passer de compagnie, faisons que nostre contentement despende de nous : desprenons -nous de tontes les liaisons qui nous attachent a autrny : gaignons sur nous de pouvoir à bon escient vivre seuls , et y vivre à nostre aise.

La plus contraire humeur à la retrakte, c'est l'ambition. La gloire et le repos sont choses qui ne peuvent loger en mesme giste»

A ce que je voy, ceux-ci n'ont que les bras et les jambes hors de la presse : leur arae , leur intention y demeure engagée plus que jamais.

Mon ame se desmesle bien aisément à part , mais en présence elle souffre "comme celle d'un vigneron. Une resne de travers à mon- cheval, un bout d'estrivière qui batte ma jambe, me tiendront tout un jour

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en eschec. J'eslève assez mon courage à rencontre des inconvéniens;lesyeux,je ne puis.

Ce n'est pas une lesgère partie que de faire seurement sa retraicte; elle nous empesche assez souvent , sans y mesler d'autres entreprises.

Misérable à mon gré , qui n'a chez soy où estre à soy : où se faire particulièrement la cour : où se cacher. L'ambition paye bien ses gens, de les tenir toujours en monstre comme la statue d'un marché.

U faut réserver d'embesoignement et d'occupation, autant seulement qu'il en est besoing pour nous tenir en haleine et pour nous garantir des incommodités, que tire après soy l'autre extresmité d'une lasche oisiveté et assoupie.

La solitude que j'aime et que je presche , ce n'est principalement que ramener àmoy mes affections et mes pensées. La solitude locale , à dire vérité , m'estend plustot et m'eslargit au- dehors : je me jette aux af-

ai4 l'espeit ok movtaigzck.

frire* d'estet et Aftinfrm pins volontiers, quand je sois seul. Au Leurre et en la presse, je me resserre et contrainds en ma peau. La feule me repousse à moi. Et ne m'entretiens jamais si follement» si licencieusement et particulièrement , - qu'aux lieux de respect et de prudence cérémonieuse. Nos folies ne me font pas rire; ce sont nossapiençes {sagesses).

C'est une lasche ambition de vouloir tirer gloire de son oysiveté et de sa c*r chette : il faut faire comme les animaux, qui effacent la trace & la porté de leur tanière.

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