‹ L'esprit de MontaigneChapitre 8 sur 32 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dit LA BELIGION.

Ji tiens pour absurde et impie, si rien se rencontre ignoramment ou inadvertamment couché en cette rapsodie contraire aux saintes résolutions et prescriptions de l'Église catholique, apostolique et romaine, en laquelle je meurs , et en laquelle je suis né.

Dieu a laissé en ces hauts ouvrages le caractère de sa divinité, et ne tient qu'à notre imbécillité que nous ne le puissions découvrir. Le ciel, la terre, les élémens, notre corps et notre âme , toutes choses y conspirent : il n'est que de trouver le moyen de s'en servir; elles nous instruisent, si nous sommes capables d'entendre.

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Le nœud qui devroit attacher notre jugement et notre volonté, qui devroit estreindre notre âme et joindre à notre Créateur, ce devroit être un nœud prenant ses replis et ses forces, non pas de nos considérations , de nos raisons et passions , mais d'une estreinte divine et surnaturelle, n'ayant qu'une forme, un visage et un lustre, qui est l'autorité de Dieu et sa grâce.

Suffit à un chrétien croire toutes choses venir de Dieu, les recevoir avec recon^ noissance de sa divine et inscrutable sapience : pourtant les prendre en bonne part, en quelque visage qu'elles lui soient envoyées. Mais je trouve mauvais ce que je vois en usage, de chercher à fermir et appuyer notre religion par la prospérité de nos entreprises. Notre créance a assez d* autres fondemens sans l'autoriser par les événemens : car le peuple , accoutumé à ces argumens plausibles et proprement de son goût, il est danger, quand les

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événemens viennent à leur contraire et désavantageux, qu'il en ébranle su foi.

Les uns font accroire au monde qu'ils croyent ce qu'ils ne croyentpas. Les autres, en plus grand nombre , se le font accroire à eux-mêmes , ne sachant pas pénétrer ce que c'est que croire.

Je juge qu'à une chose si divine et si hautaine, et surpassant de si loin l'humaine intelligence, comme est cette vérité, de laquelle il a plu à la bonté de Dieu nous éclairer; il est bien besoin qu'il nous prête encore son secours, d'une faveur extraordinaire et privilégiée, pour la pouvoir concevoir et loger en nous; et ne crois pas que les moyens purement humains en soient aucunement capables. Et s'ils l'étoient, tant d'âmes rares et excellentes, et si abondamment garnies de forces naturelles es siècles anciens, n'eussent pas failli par leurs discours d'arriver à cette cognoissance.

Il n'est rien si aisé , si doux et si favorable

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que la loi divine; elle nous appelle à soi, ainsi antiers et détestables comme nous sommes ; elle nous tend les bras et nous reçoit en son giron, pour vilains, ords ( sales J, et bourbeux que nous soyons et que nous ayons à être à l'avenir. Mais encore en récompense la faut-il regarder de bon œil : encore faut-il recevoir ce pardon avec action de grâces, et, au moins pour cet instant que nous nous adressons à elle , avoir l'âme déplaisante de ses fautes et ennemie des passions qui nous ont poussé à l'offenser.

Dieu doit son secours extraordinaire à la foi et à la religion, non pas à nos passions.

C'est la foi seule qui embrasse vivement et certainement les hauts mystères de notre religion. Mais ce n'est pas à dire que cène soit une très-belle et très-louable entreprise , d'accommoder encore au service de notre foi les outils naturels et humains que Dieu nous a donnés.

Qu*est-il plus vain que de vouloir deviner Dieu par nos analogies et conjectures ? Le régler, et le monde, à notre capacité et à nosloix? Et, parce que nous ne pouvons étendre notre vue jusques en son glorieux siège, l'avoir ramené c'a bas (ici bas) à cotre corruption et à nos misères ?

On couche volontiers lès dicts d'autrui à la faveur des opinions qu'on a préjugées en soi : à un athetste, tous écrits tirent à V athéisme. Il infecte de son prepre venin la matière innocente.

Ce monde est un temple très-saint , dans lequel l'homme est introduit pour y contempler des statues , non ouvrées de mortelle main , mais celles que la divine pensée a fait sensibles , le soleil , les étoiles , les eaux et la terre, pour nous représenter les intelligibles.

O Dieu ! quelle obligation n'avons-nous k la bénignité de notre souverain Créateur , pour avoir déniaisé notre créance de ces vagabondes et arbitraires dévotions ,

et l'avoir logé sur l'éternelle l>ase de sa sainte parole?

Les choses les plus ignorées sont plus propres à être déifiées.

A peine me feroit-on accroire que la vue de nos crucifix el "peinture de ce piteux supplice , que les ornemens et mouvemens cérémonieux de nos . églises , que les voix accommodées à la dévotion de notre pensée , et cette émotion des sens, n'échauffent l'âme des peuples d'une passion religieuse de très-utile effet.

Comparez nos mœurs à un Mahométan y à un paysan 9 vous demeurez toujours audessous : là où au regard de l'avantage de notre religion, nous devrions luire en excellence d'une extrême et incomparable distance , et devroit-on dire , sont-ils si justes, si charitables, si bons? ils sont donc chrétiens.

Toutes autres apparences sont communes à toutes religions: espérance, confiance , événemens , cérémonies , pénitence ,

l La marque péculière de notre vroit être notre vertu, comme elle

la plus céleste marque et la plus

et kpie c'est la plus digne produea vérité.

t se submettre du tout à l'autorité i police ecclésiastique , ou du tout >enser. Ce n'est pas à nous à éta- >art que nous lui devons d'obéis- ,t davantage, je le puis dire, pour ssayé, ayant autrefois usé de cettt le mon choix et triage particulier,

à nonchaloir certains points de ance de notre Eglise, qui^semblent n visage , ou plus vain , ou plus

; venant à en communiquer aux i savants, j'ai trouvé que ces cho- >nt un fondement massif et très-so- ; que ce n'est que bêtise et ignoui nous fait les recevoir avec moinérence que le reste *.

it d'un écrivain qui s'énonce en ces

Dieu, qui est en soi toute plénitude et le comble de toute perfection, il ne peut s'augmenter et accroître au-dedans ; mais son nom se peut augmenter et accroître par la bénédiction et louange que nous donnons à ses ouvrages extérieurs. Laquelle louange, puisque nous ne la pouvons incorporer en lui, d'autant qu'il n'y peut avoir accession de bien, nous l'attri* buons à son nom, qui est la pièce hors de lui la plus voisine.

Dieu seul est, non point selon aucune mesure de temps , mais selon une éternité immuable et immobile, non mesurée par temps, ni sujette à aucune déclinaison, devant lequel rien n'est, ni ne sera après, ni plus nouveau , ou plus récent ; ains un

termes qu'on a voulu faire une espèce d'impie I Montaigne n'a pas conformé toutes ces pensée» à cette règle suprême, dont il reconnaît l'autorité ; mais si c'est en lui une contradiction , ce n'est pas au moins un signe d'impiété dogmatique et réfléchie, L r

réalement estant , qui par un seul maintenant emplit le toujours , et n'y a rien qui véritablement soit, que lui seul : sans qu'on puisse dire , il a esté ou il sera, sans commencement et sans fin»

Il m'a toujours semblé qu'à un homme chrestien cette sorte déparier est pleine d'indiscrétion et d'irrévérence : Dieu ne peut mourir ; Dieu ne se peut dédire ; Dieu ne peut faire ceci, ou cela. Je ne trouve pas bon d'enfermer ainsi la puissance divine sous les loix de notre parole.

Et l'apparence qui s'offre à nous en ces propositions , il la faudroit représenter plus révéremment et plus religieusement.

Il ne faut pas douter que ce ne soit l'usage le plus honorable que nous leur saurions donner, et qu'il n'est occupation ni dessein plus digne d'un homme chrestien , que de viser par tous ses estudes et pensemens à embellir, estendre et amplifier la vérité de sa. créance.

Le dire est autre chose que le faire; il

faut considérer le presche à part , et le prescheur à part. Ceux-là se sont donnés qean jeu en nostre teins, qui ont essayé de choquer la vérité de nostre Eglise par les vices des ministres d'icelle : elle tire ses témoignages d'ailleurs. Cest une sotte façon d'argumenter et qui rejetteroit toutes choses en confusion. Un homme de bonnes mœurs peut avoir des opinions fausses, et un méchant peut prescher vérité , voire celui qui ne la croît pas.

Qui trieroit de l'armée mesme légitime ceux qui y marchent par le seul zèle d'une affection religieuse, et encore ceux qui regardent seulement la protection des lois de leurs pays , ou service du prince , il n'en sauroit bâtir une compagnie de gens d'armes complette.

Dieu nous voulant apprendre que les bons ont autre chose à espérer, et les mauvais autre chose à craindre que les fortunes ou infortunes de ce monde , il les manie et applique selon sa disposition oc-

culte ( cachée ) , et nous ôte le moyen d'en faire sottement notre profit.

Quelle foi doit-ce être que la lascheté et la foiblesse «de cœur plantent en nous et établissent? Plaisante foi ! quinecroid ce qu'elle croid , que pour n'avoir le courage de le décroire.

Plus nous nous renvoyons et commettons à Dieu, et renonçons à nous, mieux nous en valons.

Nous ne prestons volontiers à la dévotion que les offices qui flattent nos passions. U n'est point d'hostilité excellente comme la chrestienne. Notre zèle fait merveilles quand il va secondant notre pente vers la haine, la cruauté, l'ambition, l'avarice, la détraction , la rébellion. A. contre-poil vers la bonté, la bénignité, la tempérance; si, comme par miracle, quelque rare complexion ne l'y porte , il ne va nj de pied , ni d'aile.

Est-ii si simple entendement , lequel ayant d'un costé l'object d'un de nos vi-

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deux plaisirs, et de l'autre, en pareille cognoissance et persuasion, l'état d'une gloire immortelle , entrast en bigue (doute) de l'un pour l'autre ? et si néfus y renonçons souvent de pur mépris.

Si nous croyions Dieu, je ne dis pas par foi , mais d'une simple croyance 5 voire?

(et je le dis à notre grande confusion) si nous le croyions et cognoissions comme une?

autre histoire, comme l'un de nos compagnons, nous l'aimerions au-dessus de toutes autres choses, pour l'infinie bonté et beauté qui reluit en lui; au moins marcheroit-il en mesme rang de notre affection, que les richesses , les plaisirs , la gloire et nos amis. Le meilleur de nous ne craint point de l'outrager, comme il craint d'outrager son voisin, son pfcrent, son maistre.

C'est aux chrestjens une occasion de croire", que de rencontrer une chose incroyable : elle est d'autaut plus selon raison , qu'elle est contre l'humaine raison.

C'est un effet de la Providence divine,

de permettre sa sainte Eglise être agitée, comme nous la voyons , de tant de troubles et d'orages, pour esveillerpar ce contraste les âmes pies (pieuses), et les r'avoir de l'oisiveté et du sommeil , ouïes avoit plongées une si longue tranquillité.

Nos raisons et nos discours humains, c'est comme la matière lourde et stérile, la grâce de Dieu en est la forme ; c'est elle qui y donne la façon et le prix.

De toutes les opinions humaines et anciennes touchant la religion , celle-là me semble avoir eu plus de vraisemblance et plus d'excuse , qui recognoissoit Dieu comme une puissance incompréhensible, origine et conservatrice de toutes choses, toute bonté, toute perfection, recevant et prenant en bonne part !%otineur et la révérence que les humains lui rendoient sous quelque visage, sous quelque nom et en quelque manière que ce fust.

Quand Mahomet promet aux siens un paradis tapissé , je vois bien que ce sont

des moqueurs qui se plient à notre bestise , pour nous emmieller et attirer par ces opinions et espérances convenables à notre mortel appétit. S'il y a quelque chose du mien , il n'y a rien de divin; si cela n'est autre que ce qui peut appartenir à cette nostre condition présente, il ne peut estrc mis en compte. Tout contentement des mortels est mortel.

L'athéisme étant une proposition comme desnaturée et monstrueuse, difficile aussi et mal aisée d'establir en l'esprit humain , pour insolent et desréglé qu'il puisse estre; il s'en est veu assez par vanité et par fierté de concevoir des opinions non vulgaires et réformatrices du monde, en affecter la profession par contenance ; qui , s'ils sont assez fols, ne sont pas assez forts pour l'avoir plantée en leur conscience. Pourtant ils ne lairront de joindre leurs mains vers le ciel, si vous leur attachez un bon coup d'espée en la poitrine ; et quand la crainte ou la maladie aura abatu et appesanti cette

licencieuse ferveur d'humeur volage, ils ne lairront pas de se revenir , et se laisser tout discrètement manier aux créances et exemples publiques. Autre chose est un dogme sérieusement digéré ; autre chose «2es impressions superficielles ; lesquelles , *iées de la ^ébauche d'un esprit desmanolié , vont nageant témérairement et incertainement à la fantaisie. Hommes bien misérables et écervellés qui tâchent d'estre pires qu'ils ne peuvent !

C'est pour le chastiment de nostre fierté, et instruction de notre misère et incapacité , que Dieu produisit le trouble et la confusion de l'ancienne Tour de Babel.

Tout ce que nous entreprenons sans son assistance , tout ce que nous voyons sans la lampe de sa grâce , ce n'est que vanité et folie. L'essence même de la vérité, qui est uniforme et constante , quand la fortune nous en dorne la possession, nous la corrompons et abâtardissons par notre foiblesse.

Il est impossible d'establir quelque chose de certain de l'immortelle nature par la mortelle; elle ne fait que fourvoyer partout , mais spécialement quand elle se mesle des choses divines, qui le sont plus évidemment que nous. Car , encore que nous lui ayons donné des principe* certains et infaillibles, encore que nous éclairions set pas par la sainte lampe de la vérité, qu'il a plu à Dieu nous communiquer: nous voyons pourtant journellement , pour peu qu'elle se démente du sentier ordinaire, et qu'elle (se détourne ou écarte de la voye tracée et battue par l'Église, comme tout aussitost elle se perd, s'embarrasse et s'entrave, tournoyant et flottant dans cette mer vaste, trouble, et ondoyante des opinions humaines , sans bride et sans but.

Dieu pourroit nous octroyer les richesses, les honneurs, la vie et la santé, même quelquefois à notre dommage; car tout ce qui nous est plaisant, ne nous est pas toujours salutaire.

C'étoit vraiment bien raison, que nous fassions tenus à Dieu seul , et au bénéfice de sa grâce , de la vérité d'une si noble créance; puisque de sa seule libéralité, nous recevons le fruit de l'immortalité, lequel consiste en la jouissance de la béatitude éternelle. Confessons ingénuement que Dieu seul nous l'a dit , et la foi : car leçon n'est-ce pas de nature et nostre raison. Et qui retentera {considérera) son être et ses forces, et dedans et dehors, sans ce privilège divin; qui verra l'homme sans le flatter , il n'y verra ni efficace , ni faculté, qui sente autre chose que la mort et la terre.

Nous ne pouvons dignement concevoir la grandeur de ces hautes et divines promesses , si nous les pouvons aucunement concevoir. Pour dignement les imaginer , il les faut imaginer inimaginables y indicibles et incompréhensibles , et parfaitement au* très que celles de nostre misérable expé* rience.

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Parce que rien ne se fiùt de rien, Die** n'aura sa bâtir le monde tans matière " Quoi, Dieu nous a-t-il mis en main les clefr^* et les derniers ressorts de sa puissance ^ s'est-il obligé à n'outrepasser les bornée^ de notre science? Mets le cas, o kommf^

que tu ayes pu remarquer ici quel

ques traces de ses eflects : penses - luqu'il y ait employé tout ce qu'il a pu , et qu'il ait mis toutes ses formes et toutes ses* idées en cet ouvrage? Tu ne vois que; l'ordre et la police de ce petit caveau oùtu es logé, au moins si tu la vois , sa divinité a une juridiction infin i* au-delà : cette pièce n'est rien au prix du tout; c'est une loi municipale que lu allègues, tu ne sais pas quelle est YumverseUe. Attache-toi à ce à quoi tu es subject, mais non pas lui ; il n'est pas ton confrère, ou concitoyen, ou compagnon. S'il s'est aucunement communiqué à toi, ce n'est pas pour se ravaller à ta petitesse , ni pour te donner le conirerolle de son pouvoir.

Combien y a-t-il de choses en notre cognoissance , qui combattent ces belles règles que nous avons taillées et prescrites à la nature, et nous entreprendrons d'y attacher Dieu mesme? Combien de choses appelons-nous miraculeuses, et contre nature ; cela se fait par chaque homme, et par chaque nation, selon la mesure de son ignorance. Combien trouvons-nous de propriété occulte et de quintessences? car aller selon nature pour nous, ce n'est qu'aller selon notre intelligence, autant qu'elle peut suivre et autant que nous y voyons ; ce qui est au-delà est monstrueux et désordonné.

Le moyen que je prends pour rabattre cette frénésie, et qui me semble le plus propre, c'est de froisser et fouler aux pieds l'orgueil et l'humaine fierté, leur faire sentir l'inanité , la vanité et dénéantisse de l'homme; leur arracher des poings les chétives armes de leur raison ; leur faire basser la teste et mordre la terre , soubs

l'autorité et révérence de la Majesté divine. C'est à elle seule qu'appartient la science et la sapience ; elle seule qui peut estimer de soi quelque chose, et à qui nous desrobons ce que nous nous comptons, et ce que nous nous prisons.

Le vrai champ et subject de l'imposture sont les choses inconnues; d'autant qu'en premier lieu l'estrangeté même donne crédit, et puis n'estant point subject es à nos discours ordinaires , elles nous ostent le moyen de les combattre. Il advient de là, qu'il n'est rien cru si fermement , que ce qu'on sait le moins , ni gens si assurés que ceux qui nous content des fables, comme alchimistes, prognostiqueurs, judiciaires, chiromanciens, médecins , auxquels je joindrois volontiers, si j'osois, un tas de gens interprestes et contrerolleurs ordinaires des desseins de Dieu , faisant estât de trouver les causes de chaque accident, et de voir dans les secrels de la volonté divine,

fs incompréhensibles de ses œuvres, ois aussi que la liberté à chacun de une parole si religieuse et imporant de sortes d'idiomes, a beaucoup danger que d'utilité, 'est pas l'estude de tout le monde j tude d es personnes qui y sontvouées, u y appelle : les méchans, les igno* émpirent.

'est pas raison qu'on permette arçon de boutique, parmi ses vains es pensemens, s'en entretienne et te. Ni n'est certes raison de voir r, par une salle et par une cuisine, livre des sacrés mystères de notre C'estoient autrefois mystères , ce résent desduits et esbats. Ce n'est passant et tumultuairement qu'il ier un estude si sérieux et vénérable, sstreune action destinée et rassise, le on doit toujours ajouter cette ie notre office , sursum corda, et

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y apporter le corps même disposé en contenance, qui témoigne une particulière attention et révérence.

Ce n'est pas une histoire à conter; c'est une histoire à révérer, craindre et adorer.

Plaisantes gens qui pensent l'avoir rendue maniable au peuple pour l'avoir misé en langage populaire! Ne tient-il qu'aux mots, qu'ils n'entendent tout ce qu'Us trou* vent par écrit?

Dirai-je plus? Pour l'en approcher de ce peu , ils l'en reculent. L'ignorance pure et remise toute en autrui , estoit bien plu»

salutaire et plus savante que n'est cette science verbale et vaine , nourrice de pré-' somption et de témérité.

L'assiette d'un homme meslant à une vie* exécrable la dévotion , semble estre aucunement plus condamnable , que celle d'un homme conforme à soi et dissolu par- 1 tout.

Fascheuse maladie de se croire si fort

DK MONTAIGNE. 5l

qu'on se persuade, qu'il ne se puisse croire au contraire; etplusfascheose encore qu'on se persuade d'un tel esprit, qu'il préfère je ne sais quelle disparité de fortune présente aux espérances et menaces de la vie éternelle.

La religion chrestiennea toutes les marques d'extrême justice et utilité, mais nulle plus apparente que l'exacte recommandation de l'obéissance du magistrat et manutention des polices. Quel merveilleux exemple nous en a laissé la sapience divine, qui pour établir le salut du genre humain, et conduire cette sienne glorieuse victoire contre la mort et le péché, ne l'a voulu faire qu'à la merci de notre ordre politique» et a soumis son progrès et la conduite d'un si haut effet et si salutaire , à l'aveuglement et injustice de nos observations et usances, y laissant courir le sang innocent de tant d'eslus ses favoris , et souffrant une longue perte d'années àmeurir ce fruit inestimable.

Ruineuse instruction à toute police , et

bien plus dommageable qu'ingénieuse et subtile 9 qui persuade au peuple, la religieuse créance suffire seule et sans les mœurs à contenter la divine justice. L'usage nous fait voir une distinction énorme entre la dévotion et la conscience.

Si quelquefois la Providence divine a passé par-dessus les règles , auxquelles elle nous a nécessairement astreints, ce n'est pas pour nous en dispenser , ce sont coups de sa main divine, qu'il nous faut non pas imiter, mais admirer.

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