DE LA PRIÈRE
FTIJe ne sçai si jeme trompe , mais puisque, par une faveur particulière de la bonté divine, certaine façon de prière nous a été prescrite et dictée mot à mot par la bouche de Dieu , il m'a toujours semblé (nie nous en devions avoir l'usage plus ordinaire que nous n'avons , et, si j'en estois cru, à l'entrée et à l'issue de nos tables, à notre lever et coucher, et à toutes actions particulières auxquelles on a accoutumé de mesler des prières particulières , je voudrais que ce fust le Pâte nostre ( Pater noster) 9 que les chrestiens y employassent, sinon seulement , au moins toujours.
L'Eglise peut estendre et diversifier les prières selon le besoing de notre instruction , car je sais bien que c'est toujours même substance et même chose; mais on devoit donner à celle-là ce privilège , que le peuple l'eust continuellement en la bouche ; car il est certain qu'elle dit tout ce qu'il faut, et qu'elle est très-propre à toutes occasions.
D'où nous vient cette erreur de recourir à Dieu en tous nos desseins et entreprises, et l'appellera toute sorte de besoing, et en quelque lieu que notre foiblesse veut de l'aide, sans considérer si l'occasion est juste ou injuste*, et décrier son nom et sa puissance en quelque état et action que nous soyons, pour vicieuse qu'elle soit.
Il est bien nostre seule et unique protecteur, et peut toutes choses à nous aider; mais encore qu'il daigne nous honorer de cette douce alliance paternelle , il est pourtant autant juste, comme il est bon , et comme
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est puissant ; mais il use bien plus soumt de sa justice que de son pouvoir, et )us favorise selon la raison d'icelle, non Ion nos demandes.
Pardonne-nous, disons -nous, comme *us pardonnons à ceux qui nous ont fensés. Que disons-nous par-là , sinon te nous lui offrons notre ame exempte ; vengeance et de rancune? Toutefois ras invoquons Dieu et son aide au comot de nos fautes , et le convions à l'injuste. Uavaricieux le prie pour la conserition yaine et superflue de ses trésors :
wibitieux pour ses victoires et conduite ; sa fortune : le voleur remploie à son ie pour franchir le hasard et les difficultés d s'opposent à l'exécution de ses mesantes entreprises ; ou le remercie de l'aiace qu'il a trouvée à desgosiller un passant. Celui qui appelle Dieu à son assistance ndant qu'il est dans le train du vice, il it comme le coupeur débourse qui appel-
leroit Injustice à son aide y ou comme ceux qui produisent le nom de Dieu en témoignage de mensonge.
Il semble que nous nous servons de nos prières comme d'un jargon , et que nous fassions notre compte que ce soit delà contexture, ou son, ou suite des mots, ou de notre contenance que dépende leur effect.
Ce n'est pas sans grande raison , ce me semble, que l'Eglise défend l'usage promiscue (mêlée), téméraire et indiscret des saintes et divines chansons , que le Saint- Esprit a dictées en David. Il ne faut mesler Dieu en nos actions qu'avec révérence et attention pleine d'honneur et de respect.
Cette voix est trop divine pour n'avoir autre usage , que d'exercer les poumons et plaire à nos oreilles. C'est de la conscience qu'elle doit estre produite et non pas de la langue.
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