I I (I MOI IC
Lorsqu'un homme a un certain mérite, en I. corn m» • par exemple , quand il peut ajouter aux qualités dont je viens de parler, celle d'êtr propriétaire d'une grandi . on d'avoir ap]
do son père Tari de faire jouer une diacord guitare, il ne travaille plus. Son honneur s'intéresse au repos do ses membres. Celui qui r assis dix heures par jour obtient précisément la moitié plus de considération qu'un autre qui n'en peste que cinq, parce que c'est sur les cha que la noblesse s'acquiert.
» Mais quoique ces invincibles ennemis du travail fassent parade d'une tranquillité philosophique , ils ne l'ont pourtant pas dans le cœur ; car ils sont toujours amoureux. »
Ainsi les Espagnols, trop catholiques, au de Montesquieu , sont par suite vaniteux , par seux, orgueilleux, amoureux.
Les Espagnols ont conquis le Nouveau Monde à la foi. Ils ont fait des efforts mémorables pour la maintenir sur toute l'étendue d'une vaste monarchie chrétienne , dans l'ancien continent ; ils ont échappé à la lèpre de la Réforme , et sont restés, aujourd'hui même, parleur religion et leur courage , les dignes fils de ceux qui détruisirent les Maures. Un jour, unis à la France, ils
pourront étonner l'univers. Mais, ce qu'ils ont fait, ils l'ont fait les bras croisés , en chantant leurs maîtresses , en pinçant de la guitare.
C'est le contre-pied de la vérité. On ne saurait être plus calomniateur ou plus léger, plus vaniteux , bien que Montesquieu ne soit pas un Espagnol. C'est lui qui joue de la guitare pour amuser le public. Et pourtant il aura longtemps encore raison auprès du grand nombre. On aura beau répéter : L'Espagnol est , sans doute, hautain et vindicatif , mais il est grand , chevaleresque ; il aime sa patrie, il sait la défendre ; il aime l'Eglise ; si sa gloire n'est qu'un souvenir, il a gardé , du moins, en un temps d'universel scepticisme, l'intégrité de sa foi... a L'inquisition ! » répondra une voix grave et menaçante, ce Mais cependant... — « L'inquisition ! » vous dis-je... « L'inquisition ! » Ce mot ira de bouche en bouche , des sommets de la société jusque dans les dernières profondeurs du peuple, aussi inconscient que l'écho sonore et prolongé. Et là même où l'on ne sait rien de l'histoire, des lèvres qui n'ont jamais prononcé le nom de Louis le Grand ou qui ignorent celui de saint Louis répéteront, comme un glas , le nom de l'inquisition.
Or, l'inquisition était simplement un tribunal
143 HOHTfff Q i i
institué , au «ir1 siècle, contre lei Alb:
ii((n rcialistes , dans le but de j de
condamner l'erreur, au nom de la royauté
is-Christ. Ce tribunal, établi aui I contre la perfidie des Juifs et d int par
li suite d'autant plus nécessaire que La Réforme faisait de plus rapides progrès. Les princes avaient besoin des théologiens , les théologiens princes, afin d'assurer la paix des consciem la paix publique, et la sécurité de L'Eglise dans la défense de la vérité. Mais on dira longtemps encore, «l'inquisition, » comme nombre d prits faibles enflent leur voix, pour dire : les jésuites! ou : le jésuitisme !
Cependant, si Montesquieu avait raison?
Laissons-lui la parole au sujet des inquisiteurs :
a Les autres juges présument qu'un accusé est innocent ; ceux-ci le présument toujours coupable. Dans le doute, ils tiennent pour règle de se déterminer du côté de la rigueur : apparemment parce qu'ils croientles hommes mauvais; mais, d'un autre côté , ils en ont si bonne opinion qu'ils ne les jugent jamais capables de mentir ; car ils reçoivent le témoignage des ennemis capitaux, des femmes de mauvaise vie, de ceux qui exercent
..une profession infâme. Ils font, dans leur sentence, un petit compliment à ceux qui sont revêtus d'une chemise de soufre, et leur disent qu'ils sont bien fâchés de les voir si mal habillés, qu'ils sont doux, et qu'ils abhorrent le sang et sont au désespoir de les avoir condamnés; mais, pour se consoler, ils confisquent tous les biens de ces malheureux à leur profit. »
Montesquieu raille pour finir :
« Les Espagnols qu'on ne brûle pas, paraissent si attachés à l'inquisition qu'il y aurait de la mauvaise humeur de la leur ôter. »
Donc, suivant l'ironique Montesquieu, l'inquisition avaitdesbourreaux, rien que des bourreaux, qui entassaient des fagots pour brûler combien de victimes! C'est effrayant. La vérité, on nous pardonnerad'insister, c'estque l'inquisition, en des temps où la loi était heureusement catholique et dépendante de la vérité , protégeait les fidèles contre l'erreur, en condamnant à la peine capitale du feu les hérétiques relaps , c'est-à-dire obstinés et coupables d'un crime social , comme la hache du bourreau venge encore la société des grands coupables qui pourraient lui nuire. Seulement la hache punit les attentats à la vie des particuliers ; dites-nous si le feu n'avait pas le
1 I i HO .iiti
droit de punir les attentats réif • l'âme
la vérité el à 1 1 p iii d l'inqui-
sition ait eu ! i n t p m l'en p
à l'institution , mais à l'homme en
passions, qui, pour se satisfaire, abusent môme des droits de la v.-i-it
Aussi bien la matière devient trop gra\
>ons-nous un peu.
Montesquieu se moque de ceux qui parlent sans rien dire , « et qui amusent une conversation pendant deux heures de temps sans qu'il soit .possible de les déceler, d'ùtre leur plagiaire, ni de retenir un mot de ce qu'ils ont dit.
» Ces sortes de gens sont adorés des femm mais ils ne le sont pourtant pas tant que d'autres qui ont reçu de la nature l'aimable talent de sourire à propos , c'est-à-dire à chaque instant , et qui portent la grâce d'une joyeuse approbation sur tout ce qu'elles disent. Mais ils sont au comble de l'esprit lorsqu'ils savent entendre finesse à tout, et trouver mille petits traits ingénieux dans les choses les plus communes. »
Ce sont les beaux esprits et bien définis. Montesquieu en était, mais il avait son dessein perfide ; il le cachait sous les agréments de ses peintures et sous les fleurs de sa politesse.
Où il semble assez raisonnable, c'est lorsqu'il parle des Invalides :
<r Je fus hier aux Invalides; j'aimerais autant avoir fait cet établissement, si j'étais prince , que d'avoir gagné trois batailles. On y trouve partout la main d'un grand monarque. Je crois que c'est le lieu le plus respectable de la terre. »
Ce dernier trait porte à faux; il est d'une âme froide, qui admire avec exagération. La moindre église de village est mille fois plus respectable que les Invalides où l'auteur n'admire guère que de glorieux mutilés. Montesquieu n'a vu , dans l'œuvre de Louis XIV, qu'une institution philanthropique , une illustre caserne d'officiers en retraite :
« Quel spectacle que de voir, dans un môme lieu , rassemblées toutes ces victimes de la patrie, qui ne respirent que pour la défendre et qui , se sentant le môme cœur, et non pas la même force, ne se plaignent que de l'impuissance où elles sont de se sacrifier encore pour elle !
» Quoi de plus admirable que de voir ces guerriers débiles, dans cette retraite, observer une discipline aussi exacte que s'ils y étaient contraints par la présence d'un ennemi, chercher leur dernière satisfaction dans cette image de la
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: ',■<•, et part iger lear i I leur esprit entre
Les devoirs de de l'art mili-
taire. »
"■ Que dirai! Montesquieu s'il voyait a l'hui
l'hôtel presque vide de b ieux habita
ceux <[ui restent , privés <l • l'honneur qu'ils avaient eu , pendant deux si de rendre
chaque dimanche, à la messe, un hommage publie au Dieu des armées '! L'hôtel des Invalid plus qu'un hospice laïque.
Si l'auteur a eu un quart d'heure de patriotisme , il s'en venye bientôt contre le catholicisme. La haine forme l'unité de son livre :
« On a beau dire qu'il n'est pas de l'intérêt du prince de souffrir plusieurs religions dans son Etat : quand toutes les sectes du monde viendraient- \ rassembler, cela ne lui porterait aucun préjudice, parce qu'il n'y en a aucune qui ne prescrive l'obéissance , et ne prêche la soumission. »
C'est, sans doute, pour ce motif, que nous avons eu le bonheur, en France et en Europe , dans ce siècle mémorable, de vivre paisiblement, sans un nuage au ciel,, sans qu'un seul coup de vent ait ridé l'Océan , troublé les résolutions du suffrage universel et mis une ombre sur la sérénité d'une heureuse politique. Charles X , les Xapo-
léons, Louis-Philippe, reposent tranquillement au cœur de la France, à Saint-Denis, ou ailleurs. .. Hélas ! On ne leur a pas môme donné pour retraite les Invalides à ces victimes de la liberté de conscience. Pourtant on n'a jamais vu autant de religions ! C'est qu'il n'y en a pas encore assez. Car a une secte nouvelle , introduite dans un Etat , est le moyen le plus sûr pour corriger tous les abus de l'ancienne. »
/Développons la pensée de Montesquieu.
Plus l'Etat est orné de religions différentes , variées à l'infini, plus l'heureuse nation qui les possède voit s'agrandir la félicité publique. Gomme il n'y a rien que nous ayons moins à cœur que notre religion , comme le sentiment religieux est le moins passionné de tous , ravis de voir d'autres hommes penser autrement que S&, nous sur les questions les plus importantes et <v dontla perspective s'étend jusqu'aux profondeurs *l/
de l'éternité, nous les embrassons avec une joio d'autant plus grande et naturelle que l'amour, la paix, la charité, ont toujours, en ce monde , reposé sur la moins étonnante des contradictions, celle des cultes les plus divers et les plus opposés. D'ailleurs, il est impossible denier que « les histoires soient remplies de guerres de
Il' MON TI8QUII1
religion qu'on
point la multiplicité produit
ces guem It d'inl qui
animait celle qui fait la dominante
n ^ Soyez franc , etdil .C'est
lui que vous b itre lui
avez écrit votre livre. Pour mieux L'atta : le détruire en sécurité, vous avez pris le visage d'un étranger, le costume, la parole d'un étranger. Vous n'avez pas osé braver la religion de 'notre pays et de nos pères, sous votre propre nom; vous avez mis un masque. Ce n'est | courageux , et vous ne méritiez point les Inv lides. Calomniateur de Jésus-Christ, sous prétexte de tolérance, je m'étonne qu'on ne vous ait pas donné une place dans les caves du Panthéon, tout près du flambeau de Jean-Jacques et de la grimace de Voltaire.
Donc, Dieu n'a pas eu le droit de s'incarner dans la nature humaine, d'élire un premier Pape et de fonder l'Eglise universelle ou catholique , comme il l'entendait. Il n'a le droit de la vérité qu'à condition de souffrir l'erreur, à la différence du soleil qui chasse impitoyablement les ténèbres. Il devra même prendre la couleur des sectes qui se partagent les lambeaux de la robe de Jésus-
Christ , comme un roi parlementaire doit élever au-dessus de sa tête le drapeau de chaque nouveau ministère , et régner, un hochet à la main , sans tonnerre , à la merci des sectes politiques récompensées tour à tour.
0 Dieu , laissez-nous faire, nous vous en supplions , laissez-nous faire et vivez en paix ; nous ne vous demandons que le silence. Respirez l'encens des Séraphins , s'il y en a, et permettez a la foule des Moïses que renferme la terre de développer, chacun à leur manière , l'idée qu'ils ont au cœur de votre divinité. Ce n'est pas à vous qu'il appartenait de la fixer en Jésus-Christ et dans une religion positive. C'est notre œuvre ; vous êtes , cela vous suffit , et vous avez abdiqué du jour où, après nous avoir fait naître, vous vous êtes recueilli dans la solitude d'un parfait bonheur. Dès lors, il vous a été permis de régner, soit, mais de gouverner, jamais!
Surtout gardez-vous bien de vouloir être adoré par les fidèles d'une religion unique. Il faudrait alors ou vous « soumettre ou vous démettre. » C'est déjà votre intolérance qui a causé les maux dans le monde depuis son origine. A quoi bon, au Paradis terrestre , ce fruit défendu? Non, nous n'y croyons pas; votre sagesse n'a pu inventer
une pareil] t) r iri :
Imaginé cette histoire. L'inquisition , il faut la
>vt'\-; au I vivre...
« Dans un petit coin sombre , » alarn . ipçonné, persécuté, ou retournera i lui l'in-
quisition qui 110 valait rien contre l'erreur. Il ne vivra pas un jour sans être ai de tout Le
mal qui se fait sur la terre. — C'est le parad< mais le paradoxe est cher aux esprits Légers, aux cœurs corrompus, à Montesquieu lui-même.
Si chacun est libre d'avoir sa religion , pourquoi chacun ne le serait-il pas d'avoir sa petite politique? Si l'on s'arrange comme l'on veut avec les pouvoirs célestes, comment ne serait-il pas permis d'en faire autant avec les pouvoirs de la terre? Ceci plaît moins à l'auteur des /. monarchiste tempéré, à ce qu'il semble, par égoïsme et préjugé nobiliaire.
Il est bien entendu que si chacun peut choisir son gouvernement, tous doivent concourir à l'achèvement de l'édifice politique. Point du tout. Le suffrage universel, dans les Lettres , ne sourit pas au Président : il ne veut pas même que la majorité décide en justice. A propos d'affaires assez malpropres dont il nourrit l'imagination de ses lec-
LES LETTRES PERSAïTES 121
teurs, sous prétexte de leur faire connaître comment on juge en France , il s'exprime ainsi :
« Dans ce tribunal, on prend les voix à la majeure ; mais on a reconnu par expérience qu'il vaudrait mieux les prendre à la mineure , et cela est bien naturel, car il y a très peu d'esprits justes, et tout le monde connaît qu'il y en a une infinité de faux. »
Reposons-nous un instant sur cette vérité; puis résumons ce que nous savons déjà de l'esprit du livre et de son auteur, Montesquieu fait bon marché des mœurs , du suicide , de la justice et des juges , des Papes et des rois, du clergé , de l'Académie, du catholicisme et d'une foule d'autres choses. Dans cet universel dénigrement, il réserve l'hôtel des Invalides , un hospice de glorieux mutilés. Il réserve aussi, je ne sais où, une place à Dieu , je ne sais quel Dieu, dans un ciel , je ne sais quel ciel, où ce Dieu régnera ou plutôt dormira, en dehors de la bataille de toutes les religions qui lui ont été imposées.
J'imagine que la terre délivrée du despotisme des Papes , des rois semblables à Louis XIV, et de l'inquisition, le ciel débarrassé de la tyrannie d'un Dieu trop actif et trop catholique , on entrera dans l'ère éblouissante où les beaux
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esprits régneront, Montesquieu en an si en un autre, un trois , ' olu-
tisme aveugle de Dieu et l'i idc ,
entre ses excès et ceux du catholii iiin,
il n'y aura place que pour !
modérés, aristocratiques. L parlementai: Les doctrinaires, les libéraux gouverneront la terre et le ciel dans un nuage doré, un peu audessus de nous, un peu au-dessous d'un I1 immobile et passif, et le monde devra mer
heureux, réduit qu'il sera en poussière bourgeoise, libérale, nobiliaire, autoritaire, et même... un peu catholique.
Faisons comme Montesquieu qui, semblable à l'abeille, court, je ne dirai pas de fleur en fleur, mais de sujet en sujet, et d'erreur en erreur, un peu au hasard, suivant les impressions de Rica et dTsbeek. ; car il n'est pas question des siennes.
Il s'agissait des juges ; il s'agit des capucins :
u L'un d'eux est venu complimenter Rica. Sa
barbe descendait jusqu'à sa ceinture; il avait les
pieds nus ; son habit était gris, grossier, et, en
quelques endroits, pointu. C'est un Provincial :
il a demandé au jeune étranger une petite habitation, auprès de Casbin, en Perse, pour deux autres religieux italiens qui y fonderaient un hospice. Son interlocuteur lui a répondu : C'est un beau projet de faire respirer l'air de Casbin à deux capucins! Cela sera très utile à l'Europe et à l'Asie! Il est fort nécessaire d'intéresser là dedans des monarques ! Voilà ce qui s'appelle de belles colonies! Allez, vous et vos semblables n'êtes point faits pour être transplantés, et vous ferez bien de continuer à ramper dans les endroits où vous vous êtes engendrés. »
Quel besoin de dénigrer la religion et les religieux! Quelle haine d'un chrétien contre la
propagation de la ioi! yuel mépris pour l'humilité! A ce calomniateur baptisé qui, sous le nom d'un mahométan, attaque et vilipende sa mère, l'Eglise, je préfère ce vaniteux dont voici i;i vive peinture :
« Il y a quelques jours qu'un homme nous accabla, pendant deux heures , de lui , de son mérite et de ses talents; mais, comme il n'y a point de mouvement perpétuel dans le monde, il cessa de parler. »
Montesquieu lui-même n'est pas moins que son vaniteux, satisfaitde sa personne. Il est modeste, le
K0NTISQCII1
cœur droit, bon •m» l r timide, distrait, spiri-
tuel,désinl ,avided ré, peu
disant, pas du tout flatteur, avec cela, le plat
humble des homni: Bj eo un mot, il 881 parfait, sauf quelques Légères imperfections qui reha
sent ses qualités. Il n'a jamais eu de chagrin ai
d'ennui. Il plane, à ce qu'il paraît, au-dessus des rancunes et des religions ; de l'aigle il ne lui a manqué rien que 1a vue perçante; il est presqu'aveugle, comme Homère. La Rochefoucauld , quia calomnié son prochain sans vergogne, déjà idéalisé autant et plus q; tesquieu, dans
une image où les grâces du sujet étaient relei par quelques points noirs vulgairement nommés grains de beauté. Du temps de La Rochefoucauld, c'était unique, et rare du temps de Montesquieu. Il n'est rien qui n'ait son commencement. Même il y eut en ce monde une première religion, celle des Juifs :
« C'est un vieux tronc qui a produit deux branches qui ont couvert toute la terre, je veux dire le mahométisme et le christianisme; ou plutôt c'est une mère qui a engendré deux filles qui l'ont accablée de mille plaies. »
(1) Voir le portrait de Montesquieu tracé par lui-même et inscrit aux Pensées diverses.
Seul, un esprit supérieur peut allier ainsi le mahométisme et le christianisme, jusqu'à en faire deux religions apparentées, deux sœurs et deux filles ingrates d'une seule mère 1 II y a lu, entre la vérité et l'erreur, une promiscuité méprisante qui devait sourire à l'impiété du xvni0 siècle. Mais j'approuve des deux mains quand Montesquieu écrit :
a Tu me demandes s'il y a des Juifs en France : sache que partout où il y a de l'argent, il y a des Juifs. »
C'est peint. Il n'y a plus rien à dire.
Détester les Juifs, soit; mais les femmes! Montesquieu les outrage. Où les a-t-il connues? Et ne devait-il point, ne fût-ce que par un scrupule de gentilhomme, s'il ne croyait pas à leur vertu, taire leurs faiblesses, après les avoir accablées de ses billets doux? Peut-être a-t-ii la fatuité, en les calomniant, de nous insinuer la multitude de ses bonnes fortunes. D'après Voisenon, le Temple du Gnide lui en valut plusieurs. C'est misérable ; mais enfin ne faut-il pas que notre siècle sache ce que fut le magistrat nommé Montesquieu?
Voici comment il parle des maris et de leurs épouses :
« Il n'y a point de pays où les jaloux soient en si
IfONTISQUtll
petit nombre que ch I . !. m- tran-
quillité n'< fondée sur I • qu'ils
ont en leurs femna . an contraire, >ur la
mauvaise opinion qu'ils '-il ont.
» Ici un mari qui aime sa femme est un homme qui n'a pas assez de mérite pour se faire aimer «l'une autre , qui abuse de la nécessité de la loi pour suppléer aux agréments qui lui manqu
qui se sert de tous ses avantages au préju d'une société entière, qui s'approprie ce qui ne lui avait été donné qu'en engagement, et qui agit autant qu'il est en lui pour renverser une c tion tacite qui fait le bonheur de l'un et de l'autre sexe. »
Le renversement de la morale, c'est donc l'établissement du vrai bonheur.
« Ce n'est pas qu'il n'y ait des dames v tueuses...; mon conducteur me les faisait toujours remarquer; mais elles étaient toutes laides qu'il faut être un saint pour ne pas haïr la vertu. »
La sainteté du mariage est une chimère, et la vertu des femmes est toute dans leur laideur. C'est un Français, sous le masque d'un Persan, qui traite ainsi sa religion, sa patrie, les femmes de son pays et son propre foyer! Historique-
ment, l'auteur est dans le faux. Le grand nombre de nos mères sauvegardait la chasteté domestique et la dignité de la famille. S'il y avait à Paris ou à la cour, une certaine corruption dans le monde des femmes encyclopédiques, le livre de Montesquieu dut l'accroître par le ridicule et le mépris d'une sotte vertu. Mais la province était remplie encore de cette noblesse honnête et rustique, souvent pauvre, toujours honorable, où l'on pratiquait sans ostentation la plus pure vertu, et que la hache révolutionnaire , affdée par l'auteur des Lettres, a décimée soixante ans plus tard. Inutile de parler du peuple fidèle des campagnes. Rien ne nous dit que la femme de Montesquieu lui-même n'ait pas été la plus honnête de toutes, sinon une des plus malheureuses. Montesquieu est un calomniateur! Il en est de moins coupables que l'on a marqués jadis d'un fer brûlant et de la fleur de lys. Je voudrais que ma plume eût assez d'énergie pour laisser une empreinte mortelle sur la mémoire de celui qui prétendit déshonorer la femme française, en riant! En effet, Montesquieu rit de ce qu'il y a de plus délicat au monde , l'honneur. Il rit de la femme qui est faible et qui n'a pas d'épée pour se défendre. Il joue avec les sacrements de
MO ■ i i t i
lise, avec la dignité de l'époux, h pudeur de L'épouse, 1 , la p i
société.
Mais il est jeune ; il faut lui Il a L'âge d'un homme fait; il a I ans; il est Président; il est mari»'*; il est père; il sait ce qu'il fait; il sait ce qu'il écrit; jamais il n'en retranchera une syllabe; j'ajoul j'ai
élagué, à dessein, ici et ailleurs, dans m tions, toutes les pourritures dont Montesquieu infecte les Leltr< s.
Revenons aux religieux et aux prêtres : Usbcck a visité un couvent de dervis ; lisez, de moines :
« Un d'entre eux, vénérable par ses cheveux blancs, m'accueillit fort honnêtement, et, a] m' a voir fait voir toute sa maison, il me mena dans le jardin où nous nous mimes à discourir.
« Mon Père, lui dis-je, quel emploi avez-vous dans la communauté
» — .Monsieur, me répondit-il avec un air ti content de ma question, je suis casuiste.
» Tout l'art des casuistes consiste à distinguer le péché mortel du péché véniel. Il y a des gens qui veulent gagner le ciel, sans aucun péché ; d'autres, moins ambitieux, se contentent d'une place modeste, en se passant de temps à autre le péché
U:s LETTRES PERSANES 129
véniel, qui offense Dieu, à la vérité, mais ne l'irrite pas au point de les priver de la béatitude.
» D'autre part, l'action ne fait pas le crime ; c'est la connaissance de celui qui le commet ; celui qui fait un mal, tandis qu'il peut croire que ce n'en est pas un, est en sûreté de conscience ; et comme il y a un nombre infini d'actions équivoques, un casuistc peut leur donner un degré de bonté qu'elles n'ont point, en les qualifiant telles; et, pourvu qu'il puisse persuader qu'elles n'ont point de venin, il le leur ôtc tout entier. »
Donc on peut pécher véniellement et aller au
ciel. Ce serait tout à fiik pvnr.t. , si l'nnt.Pim
n'oubliait le purgatoire. * On peut aussi pécher mortellement, sans soupçonner que l'on commet un péché mortel. Il suffit, pour cela, dans maintes circonstances, de se tenir en équilibre sur la pointe d'une équivoque; et la science des théologiens ou casuistes consiste simplement à nous prêter des illusions qui trompent notre conscience. Le moine ajoute :
« Je vous dis ici le secret d'un métier où j'ai vieilli; je vous en fais voir les raffinements ; il y a un tour à donner à tout, même aux choses qui en paraissent le moins susceptibles.
» — Mon Père, réplique avec sagesse Usbeck
50 MO Q 'ii.i
indigné, cela est fort boa , mai accommod le <>icl? »
irail m tgniftq pure comédie, et bj ! n'était p i
[uieu Lui-même, vêtu do la défr d'un moine, comme on voit, à 1*0 Q, cert
filous se revêtir de la robe du prêtre. R toute la théologie des casuistes à tromper l'homme et Dieu, n'est-ce pas abuser, à l'excès, d crédulité publique? El cependant l'auteur b sait moins la vérité qu'il ne voulait briller. dit d'un homme de génie, « plume d'aigle. » La plume de Montesquieu semble arrachée à la queue d'un paon.
Mais je pardonne tout à une antithèse comme celle-ci : Les libertins entretiennent un nombre infini de filles de joie, et les dévots un nombre innombrable de dervis. « Un nombre innombrable, » avez-vous jamais vu mieux? Et les dévots associés, par opposition, aux libertins ! Vous n'approuvez point? Vous n'êtes pas un homme de goût.
Si les capucins rampent, si les théologiens raffinent la religion à l'ombre de leur hypocrisie, il nous reste à savoir que les couvents dépleuplent les pays chrétiens, « grâce au grand nombre d'eunuques qu'ils nourrissent. »
* LES LETTRES PERSANES l ]\ [
« Ce métier do continence a anéanti plus d'hommes que les pestes et les guerres les plus sanglantes n'ont jamais fait. On voit dans chaque maison religieuse une famille éternelle où il ne naît personne et qui s'entretient aux dépens de toutes les autres. Ces maisons sont toujours ouvertes comme autant de gouffres où s'ensevelissent les races futures. » Parlez-moi des Romains qui « établissaient des lois pénales contre ceux qui se refusaient aux lois du mariage. » Parlez-moi des protestants dont la religion « ne souffre ni prêtres, ni dervis, » et qui rendent « la pratique du mariage universelle. » Encore un peu, les fondateurs du protestantisme eussent achevé d'ôter la barrière qui sépare, en ce point, le Nazaréen et Mahomet! Car Jésus-Christ n'est plus que le Nazaréen, sous la plume de Montesquieu ! Il est de Nazareth, comme Mahomet était de l'Arabie et Luther d'un coin de l'Allemagne. On sent bien que, dans la pensée de l'auteur, ce sont deux hommes, rien que deux hommes, un Juif et un Arabe. 0 impartialité libérale !
Sans doute, si les protestants avaient fait un pas de plus et légitimé la polygamie, les mahométans de leur côté auraient diminué le nombre de leurs concubines; ils auraient même
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aisberg. On aurait tout I
religion, n'est guère qu'un effort de ition
entre les difféi i
lion de lim ition ré 1 1
peut, comme on divise un rlnmp en justice pour satisfaire deux mauvais voisins, couper la vérité en deux. Cela fait bien. Enfin, par cet accord entre musulmans et luthériens, les protestants d'Allemagne seraient devenus eux-mêmes sobres comme des Turcs. On aurait peuplé la famille et dépeuplé la vigne.
La question du mariage tel que l'entend L'écrivain, entraîne celle du divorce. Pourquoi ne pas divorcer? C'est accroître le nombre des maria - En 1728, il n'est que temps, d'après Montesquieu et ses Lctti tanes, d'en finir avec ces unions
indissolubles, mal réussies et sans enfants, pour une cause ou pour l'autre. Dès lors, la stérilité des eunuques monastiques ne peut permettre à notre religion de subsister « en Europe cinq cents ans. » A ce compte elle n'aurait plus à vivre que trois cent quarante-quatre ans, Montesquieu avant prophétisé, à la manière d'Isaïe, en 1728. Cousin prophétisait la mort au catholicisme à plus brève échéance. Montesquieu était modéré !
Mais il s'agit du divorce. Un bossu de génie, M. Naquet, nous en dotera demain (1). Ecoutons son précurseur :
« Dans une action si libre (le mariage), où le cœur doit avoir tant de part, on a mis la gène, la nécessité, et la fatalité du destin môme. »
On n'a qu'à bien choisir.
« Rien ne contribue plus à l'attachement mutuel que la faculté du divorce.... Un mari et une femme (chez les païens) étaient portés à soutenir patiemment les peines domestiques, sachant qu'ils étaient maîtres de les faire finir. »
Pourquoi le mariage alors? Il est bien plus simple de s'unir selon les lois de la nature, et de se séparer à son aise; c'est encore, à la rigueur, une sorte de mariage, mais bien plus libre que le mariage rêvé par le Président. Le Président est un réactionnaire. Pourquoi s'est-il arrêté en si bonne voie? Soyons logiques. Plus de contrat, plus de notaire, plus de maire, plus de sacristain, plus de curé. Que de dépenses supprimées ! Les jeunes ménages en profiteraient Pauvres catholiques « que leurs
peines présentes désespèrent pour l'avenir!... Us ne voient dans les désagréments du mariage que
(1) Ceci a été écrit avant le vote définitif de la loi.