‹ L'esprit de MontesquieuChapitre 12 sur 51 · MO · texte numérisé non relu

MO

leur durée, et, pour ainsi dire, leur éternil

Tout académicien qi iur, il ignore q

cette n ! de vivre enseml leux

âmes à se plier l'une à l'autre , dans une mutuelle charité. D'ailleurs, l'union véritab loin d'avoir peur du temps, rêve l'éternité. Montesquieu n'aurait-il pas été heureux en mena Il continue son réquisitoire :

« Il ne faut donc pa l'on voit chez

les chrétiens tant de mariages fournir un si p tif. nombre de citoyens. Le divorce est aboli; 1" mariages mal assortis ne se raccommodent plus ; les femmes ne passent plus, comme chez les Romains, successivement dans les mains de plusieurs maris, qui en tiraient, dans le chemin, le meilleur parti possible. »

C'est cynique et dégoûtant. A ce prix, la femme n'est plus qu'un instrument de plaisir, une distraction dans notre chemin; et j'ai peine à ne pas croire que le mari, en divorçant, ne satisfasse qu'un désir, celui du changement, pour ne pas dire du libertinage et de la débauche. Et l'intérêt des enfants? Et l'honneur de la famille \ Montesquieu n'y a pas songé. D'ailleurs le mariage n'est que la figure d'une alliance plus sainte, celle de l'Eglise et de Jésus-Christ. A

cela l'autour ne comprend absolument rien, et sa personne ne gagne pas à être vue de près. Son style semble l'image de son cœur, et son cœur n'est pas un mystère : c'est celui d'un païen.

Il hait le prêtre; il méprise la femme; quel courage !

Echappons, un instant, à ces turpitudes pour nous égayer sur la mode, telle que les élégantes l'entendaient au xvme siècle. On sait que le goût et la mode font deux, même aujourd'hui; c'était bien pis au temps de Montesquieu. En voici la preuve :

« Quelquefois les coiffures montent insensiblement, et une révolution les fait descendre tout à coup. Il a été un temps que leur hauteur immense mettait le visage d'une femme au milieu d'elle-même ; dans un autre, c'étaient les pieds qui occupaient cette place; les talons faisaient un piédestal qui les tenait en Fair. Qui pourrait le croire? Les architectes ont été souvent obligés de baisser et d'élargir leurs portes, selon que les parures des femmes exigeaient d'eux ce changement; et les règles de leur art ont été asservies à ces fantaisies. On voit quelquefois, sur

un visage,

et elles dispar i. »

Enfin, nous rioi tr, un

ant. Observons néas • où

il plaisante, Montesquieu reste l'ennemi de la femme. Vous chercheri it un

endroit où il rende justice à L'admirable dévouement de la mère et de l'épouse, à cette profonde et délicate piété.... Mais pourquoi parler de la piété? Montesquieu est au-d : ou plutôt, il

n'a vu, chez la femme, que le soin de plai n'importe comment, parce qu'il n'avait, lui, que le dé>ir d'en profiter.

Du sentiment de l'honneur qui suffirait à inspirer le respect de la femme et de sa fail l'écrivain frivole des / n'a qu'une très

vague idée :

« C'est un certain je ne sais quoi; il bien difficile de faire savoir ce que c'est.... Ce point d'honneur est plus marqué eh-/. 1rs gens de guerre ; le duel en tranche les difficultés, mais les lois l'ont défendu sous des peines très sévères. En somme , si l'on suit les lois de l'honneur, on péril sur un échafaud; si l'on suit celles de la justice, on est banni pour jamais de la société des hommes ; il n'y a donc que cette

cruelle alternative , ou de mourir , ou d'être indigne de vivre. »

Ce dilemme n'est qu'une antithèse nouvelle a mettre au rebut avec tant d'autres. On n'est pas indigne de vivre , en France, pour avoir refusé de croiser l'épée avec un Français, avec un chrétien. L'Eglise est là tout entière et la conscience, pour vous honorer, si quelques-uns vous humilient. Il n'est pas absolument nécessaire de tuer son homme ou de monter sur l'échafaud pour prouver qu'on a du cœur. Mais le préjugé! Tant pis pour le préjugé. Il est bon pour la Prusse. On se bat pour son foyer, pour sa patrie, pour la vérité, pour Dieu, pour Jésus-Christ. On ne se fait pas tuer à propos de je ne sais quoi. On n'enfouit pas, avec son cadavre déshonoré par l'Eglise, son courage devenu inutile, sous six pieds de terre. Montesquieu ne sait rien de l'honneur. C'est malheureux. S'il l'eût connu , il n'aurait pas écrit les Lettres persanes qui flétrissent son nom; ou bien, fidèle à sa promesse, il en faisait paraître une édition corrigée. Car l'honneur, si je ne me trompe, consiste, surtout en France, à rester fidèle à sa parole. Il est vrai que, de son temps, l'écrivain eut des milliers de lecteurs. Est-ce qu'il prenait leurs applaudissements pour de l'honneur?

Et La rumeur qu uitour

a-t-elle jamais élevé celui qu

ime publique ou d u • a propi

Montesquieu ti-méme, en fin

que a le duel est une mani mal iiu tr d • ce qu'un homme •

plus adroit et plus fort qu'un antre, il ne s'en suivait pas qu'il eût de meilleures raisons. »

C'est par là que Montesquieu aurait dû commencer.

Des moines nous n'avions pas tout dit. Non revenons; nous y reviendrons, mais par intervalle, pour éviter la monotonie. Les plus anciens moines furent les solitaires de la Thébaîde. Qu'en pense l'écrivain?

« Les chrétiens disent des merveille- d '. urs premiers santons qui se réfugièrent à milliers dans les déserts affreux de la Thébaîde, et eurent pour chefs Paul, Antoine et Pacôme.

» Si ce qu'ils en disent est vrai, leurs vies sont aussi pleines de prodiges que celles de nos plus sacrés Imaums. Ils passaient quelquefois deux ans entiers sans voir un seul homme ; mais ils habitaient nuit et jour avec des démons. »

L'antithèse entre les hommes et les démons

met en relief le ridicule des ermites torturés par l'enfer dans leur profonde solitude , et qui préfèrent la société du diable à celle de leurs semblables. A quoi bon d'ailleurs fuir au désert pour lutter contre des fantômes?

« Ils étaient (les ermites) sans cesse tourmentés par les esprits malins ; ils les trouvaient au lit ; ils les trouvaient à table ; jamais d'asile contre eux. »

Enfin :

« Si tout ceci est vrai, il faudrait avouer que personne n'aurait jamais vécu en plus mauvaise compagnie. »

Celle d'Helvétius valait mieux , sans doute. Gomme Montesquieu semble mal assis sur le nuage d'où sa suffisance lance la grêle des plaisants propos sur les saints fondateurs de la vie monastique !

Il est vrai que Y Encyclopédie, pour ramener l'homme à sa perfection première, prétendait rire de l'enfer, jouer avec le ciel, et faire descendre les saints du calendrier de l'Eglise dans celui du ridicule.

Le sage conclut en ces termes :

« Les chrétiens sensés regardent toutes ces histoires comme une allégorie bien naturelle ,

in

qui mous j'

heur <!'• 1 1 I

dou

tations nous suivent partout; •

par les démons , i it point

encore; ces monstres, ces il!

vains fantômes de l'erreur et du : .Mon-

trent toujours à nous pour nous sédui .mous

attaquent jusque dans les jeûnes el !■•- cilic

On dirait une fable de La l tivie d<

moral". La fable, c'est la ridicule aveutui toine; le fabuliste, c'est Montesquieu. N'en doiw tcz pas; le démon n'est qu'une figure; le cilice ne sert à rien; les moines du désert n'ont cherché que la paix, s'ils ont vécu ; ils ne l'ont trouvée. Les ermites sont des allégories. Sont-ils réels, ce sont des imbéciles. A quoi bon les mortifications?

Car « je sais que l'envoyé de Dieu a purili terre , et l'a rendue digue des anges et prophètes. »

Plus de traces du péché originel. Le ciel esll sur la terre.

Changeons de thèse , et rions aux dépens dm l'Université de Paris. Les religieux ne perdront rien pour attendre, ni les simples prêtres. Mon-

LES LETTRES PERSANES 1 f 1

tesquieu a l'air de s'amuser. Avant tout, il hait l'Eglise et le sacerdoce. C'est le fond de son livre avec l'impureté.

« L'Université est la fille aînée des rois de France, et très aînée , car elle a plus de neuf cents ans : aussi rêvc-t-elle quelquefois. »

C'est « radoter » qu'il fallait dire.

« On m'a conté qu'elle eut, il y a quelque temps, un grand démêlé avec quelques docteurs, à l'occasion de la lettre Q, qu'elle voulait que l'on prononçât comme un K. La dispute s'échauffa si fort que quelques-uns^ furent dépouillés de leurs biens : il fallut que le Parlement terminât le différend; et il accorda la permission , par un arrêt solennel, à tous les sujets du roi de France, de prononcer cette lettre à leur fantaisie. Il faisait beau voir les deux corps de l'Europe les plus respectables décider d'une lettre de l'alphabet. »

Cela peut être vrai; et certainement l'épigramme du malin Président dut un jour, dans quelque lecture privée, en un des cercles féminins où il se plaisait, creuser, derrière l'éventail, la fossette de plusieurs sourires approbateurs. Les femmes aiment les plaisirs délicats , et leur vanité bienveillante a toujours su gré à quelque raffiné, comme l'était Montesquieu, de plier l'é-

142 m < » \ i ii

chine devant leur i

prit, en quatrains, en madi prose, en vers, pour leurs beaux

Et Montesquieu prétend élargir 1" tréci des faibles humains!... Pour dépens, el le ju^or comme il juge lui-mémi . n'a qu'à rappeler qu'il eut, plus d'une fois, maille à partir avec ses voisins de Ln Brède. Il soutint même, dans un but d'intérêt privé, un pro< la ville de Bordeaux qui l'avait vu juger les procès des autres. Cf n'était pas, sans doute, pour la lettre K. Montesquieu était plu il avait ses petits travers, comme l'Université de Paris.

La lettre , du reste , finit convenablement. Oubliant qu'il est Anglomane et parlementaire , le Président, de la réunion des professeurs d'un corps illustre, passe aux grandes assemblées, en général, et fait, sans y songer, la satire la plus vive et la plus vraie de sa politique préférée :

« Il semble, écrit-il, que les têtes des plus grands hommes s'étrécissent lorsqu'elles sont assemblées, et que là où il y a le plus de sages, il y ait moins de sagesse. »

Quelle vérité 1 Pour citer un seul fait, ce siècle n'a-t-il pas vu une grande assemblée, toute com-

LES LETTRES PERSANFS 1 13

posée de royalistes et de catholiques, fonder la république? La sottise a toujours, au moins, une voix de majorité dans les assemblées parlementaires; et c'est un savant, dit-on, qui a fait récemment sortir de l'urne le bonnet phrygien.

Une excellente note à l'auteur qui n'a pas vu la vérité dans le nombre, ni placé l'autorité , immuable de sa nature, sur le ilôt mobile du suffrage universel. Il me semble que, dans l'Esprit des lois, il pense autrement. C'est que l'humanité avait changé.

Est-il aussi vrai, quand il prétend que les femmes « gouvernent tout en France, et forment une espèce de république dont les membres, toujours actifs, se secourent et se servent mutuellement? » Serions-nous donc fatalement menés par la folie des hommes réunis en grandes assemblées, et le parlement intarissable des femmes ? Oui vraiment; les femmes, selon Montesquieu, sont « comme un Etat dans l'Etat; et celui qui est à la cour, à Paris, dans les provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats, des prélats, s'il ne connaît les femmes qui les gouvernent , est comme un homme qui voit bien une machine qui joue, mais qui n'en connaît point tous les ressorts. »

i i Mn I | ., I | | I

C i une monomai

cette préoccupation d , Il le p u--

tout, .

Le sujet e I eux. P «/

prêtres. Nou i l'a . L rivain <[ui

calomnie 1 1 femme, noircit l'ép il noire

le prêtre à tons les

<( .rentrai, l'antre jour, dans une église fameu qu'on appelle Notre-Dame ; pendant que j'admirais ce superbe édifice, j'eus occasion de m'entretenir avec un ecclésiastique que la curiosité y avait attiré comme moi. La conv m toml

sur la tranquillité de sa profession. « La plupart des gens, me dit-il, envient le bonheur de notre état ; et ils ont raison. Cependant U a ses désagréments. Nous ne sommes point si séparés du monde que nous n'y soyons appelés en mille occasions ; là, nous avons un rôl lifficile à

soutenir. Les gens du monde sont étonnants ; ils ne peuvent souffrir notre approbation ni nos censures ; si nous voulons les corriger, ils nous trouvent ridicules ; si nous les approuvons, ils nous regardent comme des gens au-dessous d • notre caractère. Ils nous font vivre, en un mot, dans un état de neutralité difîicile. »

Les neutres ne sont pas dans le clergé , M. le

Président; vous faussez le caractère du prêtre ; s'il est des prêtres qui soient neutres, tant pis. Le prpt.rp pst. 1 hr|mmn dn THpu^ et Dieu, c'esl»Ia Vérité. Lps neutres sont ceux qui prétendent flatter l'erreur et garder pour eux, dans leur for intérieur, une certaine part de vérité dont ils aient le mérite devant Dieu, sans en avoir la responsabilité devant le monde. C'est le jeu que vous avez joué pour réussir ici-bas, et vous n'estimez pas les prêtres, qui ne réussissent guère, d'après vous. Quel crime de ne pas réussir! On les raille, on les souffre, il en faut.

Un autre malheur des prêtres, dit le même ecclésiastique, «c'est une certaine envie d'attirer les autres dans notre opinion; » elle « nous tourmente sans cesse, et est, pour ainsi dire , attachée à notre profession. Cela est aussi ridicule que si on voyait les Européens travailler, en faveur de la nature humaine, à blanchir le visage des Africains. Nous troublons l'Etat. »

En réalité, pour réussir, il faut se tenir à la limite indécise où toutes les opinions se touchent , où chacune d'elles entre dans l'autre ; mais les prêtres n'ont pas assez d'esprit pour cela; et la raison, c'est que les prêtres n'entendent pas réussir, comme le public l'entend, mais

convaincre, el qu'il d • pr i bei I mais la vérité. S

t. L'ada e. Q i ■ qu'ils

sont, ou qu'ils ne soient pas. Montesquieu de répliquer : >< Pour être, ils devront ne pa Et le peuple se chargea d • l'affaire, plus tard, parla main du bourreau. Depuis lors l'Etat fleurit dans la paix., et nous donnons en sécuriî

Le Président est charmé de sa profondeur. C'est pourquoi il écrit : « Un homme d'esprit I ordinairement difficile da .. Il est

porté à la critique parce qu'il voit plus de cho qu'un autre, et les voit mieux. »

3Iieux que le prêtre , qui voit le fond et la superficie, la cour et la ville, les pâtres et les présidents! La vérité, c'est qu'un homme d'esprit est souvent un faiseur de paradoxes ou d'antithèses, et qui jetterait volontiers son encre la plus noire sur Dieu pour mettre en relief sa ridicule personne.

Au moins, le Président aura-t-il raison contre les jésuites. Il les raille; il les eftleure; au fond, il les respecte :

« Lisez les ouvrages du P. Rodrigucz, jésuite espagnol, dit-il; ne vous en faites faute. Vous ne pouviez dormir; vous dormirez bien.

Mais croyez-moi, tenez-vous-en au P. Caussin. »

Silence ! on essaie le remède sur un malade ; à peine son fils a-t-il commencé à lire, qu'il en éprouve l'effet tout le premier ; à la seconde page, il ne prononce plus que d'une voix mal articulée ; toute la compagnie se sent affaiblie. « Un instant après, tout ronfle, excepté le malade... qui s'assoupit à la fin....

» Le P. Caussin est à la mode pour faire dormir... mais le P. Maimbourg pour faire rattraper la respiration

» Lisez les ouvrages du P. Maimbourg, cidevant jésuite, prenant garde de ne vous arrêter qu'à la fin de chaque période; et vous sentirez la faculté de respirer vous revenir peu à peu , sans qu'il soit besoin de réitérer le remède. »

Voltaire eut été plus vif et plus piquant; il a le trait; Montesquieu le cherche; il reste compassé jusque dans ses plus grandes licences, et garde le pli du magistrat. Laissons les moines un instant....

L'Université de Paris est puérile, et les jésuites sont soporifiques. Mais les Parlements!

a Ces compagnies sont toujours odieuses; elles n'approchent des rois que pour leur dire de tristes vérités, et, pendant qu'une foule de cour-

Page 1