‹ L'esprit de MontesquieuChapitre 16 sur 51 · MON I I <U | | I · texte numérisé non relu

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politique le plus étroit cl le plua i me.

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sidcnt. Oui ne connaît aujourd'hui, parmi gêna éclairés, mieux que l li à d'autres Bavante, les origines (1 de Etomet Du reste, dès L'époque de Mont | B

avait mis fin à de vieilles légendes, sur le méchant Tarquin, par exemple, et sur la méchante ïullia qui auraient uni leur cruauté et leur orgueil. D'autresécrivains, SallieretdePouilly,endedo mémoires adressés à diverses académies, et lus dans

celle des Inscriptions, s'exerçaient sur le m sujet. L'historien, sans aucun doute, connaices documents. Aussi a-t-ileu soin d'éviter certaines erreurs ou exagérations du passé; il va jusqu'à louer Tarquin le Superbe, « qui n'a point été flatté. » Est-ce par contradiction ou par amour de l'antithèse? Pourquoi ne serait-ce point par amour de la vérité? Des antithèses, on en voit trop comme la suivante, dans Grandeur et Décadence:

(1) iNiebuhr, mort en 1831, tenta de reconstituer l'histoire des premiers temps de Rome. Depuis cette époque, Dezobry, Fustel de Coulanges, Duruy, Momsen, nous ont fait connaître Rome et les mœurs romaines plus intimement encore.

Entr'autres erreurs de Montesquieu, c'en est une de faire bâtir, à l'époque des rois, < les monuments qui donnent encore aujourd'hui la plus haute idée de la puissance ■ de Rome.

« Ce sont les chefs des Républiques qui font l'Institution, et c'est ensuite l'Institution qui/ forme les chefs des Républiques. »

Il y en a de meilleures, celle-ci, parmi d'autres qui ne laissent point de faire languir l'ouvrage, tout court qu'il est, par leur continuité et leur monotonie. Mais nous louons, en cet endroit :

« Garthagc, qui faisait la guerre avec son opulence contre la pauvreté romaine, avait, par cela môme, des désavantages : l'or et l'argent s'épuisent ; mais la vertu, la constance, la force et la pauvreté ne s'épuisent jamais. »

C'est une belle vérité, qui brille par opposition. Ces quelques pages où Rome et Carthage sont peintes et mises en parallèle, saisissent vivement l'esprit. Ce qui semble invraisemblable, au premier abord, le chapitre est bref et détaillé ; rien n'y manque, et le tout est d'une sobriété qui toucherait à la sécheresse, si l'imagination de l'auteur n'avait su mettre les choses en relief et les animer. Un défaut de ce beau passage, c'est que Montesquieu a l'air d'y parler en oracle, et par sentences (1). Il y manque une certaine force de naturel et de simplicité. On les connaît trop pour

(1) Exemple : k Les Romains étaient ambitieux par orgueil, et les Carthaginois par avarice, etc. »

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que j'insiste davai l

beaucoup de peine, pour en orner une mémoire

longtemps rebelle a la concision étudiée de l'<

vain.

Nous avons donne une idée de L'esprit du lr et de son style. Il a deux parties, la grandeur de Rome et sa décadence.

Touchons aux grands points. Les solides vertus des Romains, leur art militaire, leur discipline (1), leur constance, leur patriotisme n'échappent à personne. Ce qui est essentiel, Montesquieu a peint, en un tableau saisissant, la politique

(i) Cependant nous citerons quelques traits du chapitre II : « Pour augmenter la force du commandement, Manlius fait mourir son fils qui avait vaincu sans son ordre... La force des exercices, les chemins admirables qu'ils avaient construits, mettaient (les soldats romains) en état de faire des marches longues et rapides. Leur présence inopinée glaçait les esprits : ils se montraient surtout après un mauvais succès, dans le temps que les ennemis étaient dans cette négligence que donne la victoire : Leur principale attention était d'examiner en quoi leur ennemi pouvait avoir de la supériorité sur eux, et d'abord ils y mettaient ordre. (Chapitre II.) Ainsi : « les Romains n'avaient aucune connaissance de la navigation ; une galère carthaginoise échoua sur leurs côtes ; ils se servirent de ce modèle pour en bâtir ; en trois mois de temps... leur flotte fut construite, ■ etc. (Chapitre IV.)

heureuse du sénat. Essayons de juger le jugement de l'historien :

« Après la bataille de Cannes, Rome fut sauvée par la force de son Institution. Il ne fut pas permis aux femmes môme de verser des larmes ; le sénat refusa de racheter les prisonniers , et envoya les misérables restes de l'armée faire la guerre en Sicile, sans récompense ni aucun honneur militaire, jusqu'à ce qu'Annibal fût chassé d'Italie. »

D'autre part, « il vit combien il était nécessaire, dans cette occasion, qu'il s'attirât la confiance du peuple ; il alla au-devant de Varron, et le remercia de ce qu'il n'avait pas désespéré de la République. »

C'était habile et grand. Le fait est ..bien présenté par Montesquieu, en raccourci, avec une simplicité toute romaine. On sait aussi ce que la simplicité d'un citoyen et du sénat de Rome cachait, sans vouloir jouer sur les mots, de duplicité et d'orgueil. L'admirateur exclusif de la République n'a l'air de voir que le beau côté de la sagesse païenne. En passant, disons qu'il justifie, avec beaucoup de raison, Ànnibal contre ceux qui ont accusé sa mollesse* Bossuet avait accepté la tradition ou la légende. Le Président ne

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par les délice I ipoue. Il sndant plus

loin qu'il ne faut, dai

« Quand od examine bien c île d'obs-

tacles qui i tentèrent devant Annibal, etque cet homme extraordinaire surmonta tous, on a le plus beau spectacle que nous ait fourni l'antiquité. »

C'est une erreur. Rome est plus grand-' qu'An nibal. Rome réduite à rien, et qui ne désesj de rien, Rome qui ressuscite, pour ainsi dire, de son tombeau, parla force d'un patriotisme invincible, présente un spectacle cent fois plus grand que le général énergique d'une République marchande, et qui soutient la puissance commerciale de sa patrie, contre une ville qui aspire à la conquête du monde. En somme, le Carthaginois triomphait, avec ses troupes aguerries, des obstacles que lui opposaient des fleuves, des montagnes, des soldats. Rome, assiégée et vaincue, comme emprisonnée en un point, à la façon du Vatican actuel, était aussi grande naturellement, sans armée, devant Annibal, et sous la discipline du sénat, qu'elle l'est surnaturellement aujourd'hui sous la discipline de Jésus-Christ.

Il lui restait à vaincre la Grèce et l'Orient,

deux mondes, en quelque sorte. Montesquieu les peint, à grands traits, avec une finesse d'analyse, dont on ne saurait trop faire l'éloge; il découvre à fond les causes humaines de la force et de la faiblesse des empires d'alors, ce qui les a élevés, ce qui les a détruits. La maladresse de Philippe, roi de Macédoine, sa haine pour les Etoliens, leur haine contre Philippe, la glorieuse vanité d'Antiochus, qui ouvre les portes de l'Asie aux Romains, tout est marqué et caractérisé comme il doit l'être. Le sénat, en face d'adversaires vigoureusement unis, n'aurait pas abattu un rempart inexpugnable. Mêlant l'adresse (1) à la force, il profita, avec une habileté cauteleuse, des haines de peuple à peuple ; il les fomenta, toujours prompt à jeter ses ennemis les uns sur les autres, en irritant leurs passions contraires. Voilà le dernier mot de sa politique.

Mais Rome elle-même périt, dans la suite, victime de ses propres divisions intestines (2). Ce

(1) Cette adresse était souvent la patience : « Lorsque l'on était occupé à une grande guerre, le sénat dissimulait toutes sortes d'injures , et attendait dans le silence que le temps de la punition fût venu ; que si quelque peuple lui envoyait des coupables, il refusait de les punir, aimant mieux tenir toute la nation pour criminelle , et se réserver une vengeance utile. » (Chapitre VI.)

(2) Comment le sénat se défendait-il contre le peuple? « par sa sagesse, sa justice, et l'amour qu'il lui inspirait pour la patrie,

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fut le châtiment. En effet, pendant qu'elle « q uérait l'univers, il y avait da murailles

une haine cachée; c'étaient des feux, comme ceux de ces volcans qui sortent sitôt que quelque matière vient en augmenter la fermentation. »

C'est bien mettre au jour le principe de mort recelé dans la vie du peuple le plus puissant de la terre. Mais notre objet, avant tout, en ce moment, c'est le sénat. Appuyons notre critique sur des exemples :

Lorsque les sénateurs romains « accordaient ) la paix à quelque prince, ils prenaient quelqu'un de ses frères ou de ses entants en otage : ce qui leur donnait le moyen de troubler son royaume à leur fantaisie....

» Quand quelque prince ou quelque peuple s'était soustrait de l'obéissance de son souverain, ils lui accordaient le titre d'allié du peuple romain , et, par là, ils le rendaient sacré et inviolable; de manière qu'il n'y avait point de roi, quelque grand qu'il fût, qui pût, en mou-

par ses bienfaits... par la religion même; par l'opposition d'un tribun à un autre ; par la création d'un dictateur, les occupations d'une nouvelle guerre... enfin par une condescendance paternelle à accorder au peuple une partie de ses demandes pour lui faire abandonner les autres. » (Chapitre VIII.) (1) Chapitre VI.

rant, être sûr de ses sujets ni môme de sa famille —

» Lorsqu'ils laissaient la liberté à quelques villes, ils y faisaient d'abord naître deux factions : Tune défendait les lois et la liberté du pays ; l'autre soutenait qu'il n'y avait de lois que la volonté des Romains; et, comme cette dernière faction était toujours la plus puissante, on voit bien qu'une liberté pareille n'était qu'un nom. »

On n'ignore pas, en effet, que la Grèce dégénérée se crut rendue à son antique indépendance par quelques paroles de Flaminius. Comme si la liberté était dans un décret! Gomme si l'esclavage n'était pas dans la lutte de ces factions rivales, où Rome, toujours maîtresse, malgré les apparences, intervenait quand il lui plaisait, pour ou contre, suivant son intérêt, sans s'inquiéter, le moins du monde, de l'équité. Il y a véritablement une sagesse perfide à laquelle Dieu, dans ses desseins, laisse parfois l'empire du monde. Mais, tôt ou tard, il ressaisit sa justice. Après avoir châtié l'anarchie des mauvaises passions par la politique glaciale et cruelle du peuple romain, il humiliera ce sénat plus bas que terre ; et l'empire, s'amincissant peu à peu, ira d'Auguste à Augustule. En résumé, il y a une liberté de mal faire, suivant le

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langage commun, qui n'es! pas la liberté, maisla faculté de faire le mal; elle sert le bien, a la longue, et lei vengeances divin-

Encore deux traits de la politique d nateurs romains :

« Pour tenir les grands princes toujours faibles, ils ne voulaient pas qu'ils reçussent dans leur alliance ceux à qui ils avaient accordé la leur ; et comme ils ne la refusaient à aucun des voisins d'un prince puissant, cette condition mise dans un traité de paix ne lui laissait plus d'alliéf

N'est-ce pas un art infernal d'isoler par pure ambition son ennemi, pour le tenir plus étroitement dans l'esclavage ou le perdre sans ressources? On pense à ce condamné que l'on isolerait de tout air respirabie pour le sufïoquer jusqu'à la mort; et cela fait mal. C'est pourtant là, tiré au net, le plus clair de la gloire humaine et romaine (1 ).

Enfin « leur maxime constante fat de diviser. La république d'Achaïe était formée par une association de villes libres : le sénat déclara que chaque ville se gouvernerait dorénavant par ses

(1) Montesquieu reproche à Louis XIV de n'avoir point divisé et comme coupé en deux l'Angleterre, à son profit, en installant de force Jacques II sur le trône d'Ecosse. C'était facile.

propres lois, sans dépendre d'une autorité commune. »

Je n'ajouterais rien par de nouveaux exemples. Montesquieu pénètre jusqu'à la dernière fibre de la politique romaine, je dirais volontiers jusqu'à son cœur ; mais il n'y en a pas.

A cet art de diviser, il convient cependant de joindre quelque apparence de générosité, un air de justice hautaine (1), au fond, un orgueil implacable , une cupidité sans frein, une mauvaise foi sans bornes , une patience hypocrite et une fermeté cruelle que tout le monde connaît. Il semble que le Romain, considéré en général, et surtout dans sa politique, ait eu toutes les qualités de l'ange déchu, et que la Providence ait permis à l'idolâtrie, pour ne pas dire à l'enfer, d'élever matériellement cet immense empire, dont elle devait ensuite, en le transformant, régénérer l'esprit par sa grâce. Elle laissait accomplir à l'orgueil une œuvre gigantesque, pour la faire tour-

(1) « Le sénat s'érigea en tribunal qui jugea tous les peuples : à la (in de chaque guerre, il décidait des peines et des récompenses que chacun avait méritées ; il ôtait une partie du domaine du peuple vaincu pour la donner aux alliés, en quoi il faisait deux choses : il attachait à Rome des rois dont elle avait peu à craindre et beaucoup à espérer; et il en affaiblissait d'autres dont elle n'avait rien à espérer et tout à craindre. » (Chapitre Vf.)

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Cette fortune de Rome eut iei éciip ian-

moins. De temps en temps, un ennemi terrible venait mettre la ville en péril et même! deux do de sa perte. C'était Porsenna; c'était Annibal; c'était Mithridate. Mais ces épreuves ne faisaient

que montrer, dans tout leur lustre, les heureuses qualités que Rome avait reçues en partage de la nature. Mithridate fut, après le Carthaginois, l'adversaire le plus redoutable des Romains. Il no périt que par la trahison de son (ils Pharnace dévoué aux ennemis de son père.

« C'était un roi magnanime qui, dans les adversités, tel qu'un lion qui regarde ses blessures, n'en était que plus indigné. »

L'image est appropriée au héros ; et l'auteur, dans un court chapitre, trace, d'une main habile, la topographie des Etats du roi Parthe admirablement situés pour la guerre. Il en fait un vrai Romain, qui, pour combattre Rome, lui prend sa discipline, ses armes, sa constance et son génie. Il n'y a rien qu'à louer, en ce passage, aussi bien que dans ces phrases concises, qui ne laissent aucun doute à l'esprit, et où Rome se définit sans ombre :

« Rome n'était pas proprement une monarchie ou une république, mais la tetc de ce corps formé par tous les peuples du monde. »

On croit voir Rome elle-même « qui mit d'abord les rois dans le silence, et les rendit comme stupides (l). »

« Elle n'imposait aucunes lois générales, les peuples n'avaient point entre eux de liaisons dangereuses; ils ne faisaient un corps que par une obéissance commune ; et, sans être compatriotes, ils étaient tous Romains. »

Rome d'un côté, ses sujets de l'autre, c'est-à-dire l'univers, nous avons tout embrassé dans un abrégé saisissant. Conquérir, diviser, régner avec un semblant de douceur intéressée, voilà le fond de cette grande politique. Ce qui n'est pas Rome rampe dans l'anarchie; la religion de Rome et du monde, c'est Rome.

Pourtant à ce tableau tracé de main d'ouvrier, il manque deux choses, un Dieu dans le ciel, et la vie morale. L'auteur n'a pas d'âme. Je ne lui demande pas même, à la rigueur, de nous peindre, avec Rossuet, la Rome païenne des consuls et des empereurs ouvrant la voie à la Rome chrétienne des Papes. Non, c'est trop; et Montesquieu (1) Chapitre VI.

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